Roland Dumas et Jean-Jacques Bourdin : les Muppets en pas drôle


Sur le fond, les propos de Roland Dumas au sujet de Manuel Valls qui serait «probablement» sous «influence juive» sentent le moisi. Lundi 16 février 2014, sur BFM, l’ancien président du Conseil constitutionnel a expliqué que cette «influence» s’exercerait par l’intermédiaire de sa femme, Anne Gravoin : «Chacun sait qu’il est marié avec quelqu’un, quelqu’un de très bien d’ailleurs, qui a une influence sur lui». Ces propos sentent le moisi parce que l’expression a une histoire. Elle a été utilisée dans l’exposé des motifs du premier statut des juifs du 3 octobre 1940 signé par Philippe Pétain : «Partout, et spécialement dans les services publics, si réelles que soient d’honorables exceptions dont chacun pourrait fournir un exemple, l’influence des juifs s’est fait sentir, insinuante et finalement décomposante».

Muppets

Sur la forme, l’impression de moisi persiste. Jean-Jacques Bourdin a eu l’intuition que Roland Dumas avait le dérapage sur le bout de la langue, il fallait juste l’aider à le formuler. «J’ai senti qu’il avait envie de dire ça » confie l’intervieweur au micro d’époque (Canal+, 17 février 2015)… avant de se draper dans son professionnalisme pour dire qu’il n’allait pas « s’excuser de poser des questions» !
Le niveau de langage s’est tellement détérioré en France -et il ne s’agit pas ici de jeunes rappeurs supposés «analphabètes» ou de «barbares» banlieusards, non il s’agit de vieux messieurs en costumes cravates- que le point Godwin est atteint en quelques minutes, pas après des heures de débats, sans le moindre recours à l’insulte. Il a suffi d’une conversation entre hommes tout bien comme il faut, entre notables qui jouent à celui qui fera le plus l’intéressant, entre vieux qui ont trouvé une façon pas drôle de retomber en enfance.

Marc Gauchée

Publié dans Gros son, Politique & Société | Marqué avec | Laisser un commentaire

Le Déclin de l’empire romain


JeuBerlu

Publié dans Pipole, Politique & Société | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

« Les Mains en l’air » : un geste qui sauve ?


LesMainsEnLAir

En 2010, Romain Goupil réalise Les Mains en l’air. Le film raconte comment une bande d’enfants cache et protège Milena, leur amie d’origine tchétchène menacée d’être expulsée par la police comme précédemment leur autre ami Youssef. Le film est bâti sur un long flash back puisque c’est Milena qui raconte, depuis l’année 2067, ce qui s’est passé en 2009. La charge est directement dirigée contre cette politique de répression bien réelle, dénoncée par le Réseau éducation sans frontières (RESF), qui aboutissait alors à des arrestations aux portes des écoles. C’est Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement, qui tentait d’instaurer, en 2007, des tests ADN pour les candidats au regroupement familial. C’est Éric Besson qui prenait le relais en 2009 en devenant ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire et qui lançait le débat sur l’identité nationale… Puis Nicolas Sarkozy donnera le ton le 30 juillet 2010 à Grenoble, en renouant avec un discours sécuritaire et en reprenant certains des thèmes de l’extrême droite, annonçant ainsi l’orientation de sa campagne présidentielle à venir. Le film entretient d’autres liens avec son présent le plus direct : Cendrine, la jeune mère solidaire, est interprétée par Valéria Bruni-Tedeschi… sœur de Carla Bruni. Mais il entretient aussi des liens avec le passé.

En effet, le titre du film renvoie à la scène représentée sur l’affiche où les enfants, traqués par la police, sortent de leur cachette « les mains en l’air ». Ce geste n’est pas expliquée par la narratrice autrement que comme un geste spontané. Romain Goupil connaît l’histoire, il sait que la représentation d’enfants les mains en l’air fait immanquablement penser au cliché pris par les nazis lors de la liquidation du ghetto de Varsovie en avril et mai 1943 où un jeune garçon lève les bras entouré de soldats armés.

Ferguson

« Les mains en l’air » est ce geste qui exprime la vulnérabilité des victimes exposées à la disproportion des forces. Il a d’ailleurs été encore récemment repris par les manifestants de Ferguson (Missouri) suite à la mort de Michael Brown, 18 ans, tué en août 2014 par un policier alors que, selon les témoins, il levait les mains. Depuis, un rapport du ministère de la justice a dénoncé les pratiques racistes de la police locale, depuis, le chef de la police, le juge du tribunal municipal et le « city manager » (l’administrateur de la ville) ont démissionné… et le policier ayant tiré les 6 coups de feu mortels n’a pas été condamné. Si « Les mains en l’air » est un geste qui sauve les âmes, il ne sauve pas les corps.

Marc Gauchée

Publié dans Crisis ? What crisis ?, Politique & Société | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Tempora mutantur


5Gaullisme

Publié dans Politique & Société | Marqué avec | Laisser un commentaire

Et moi, je suis Brad Pitt


AudreyKim

Publié dans Marre ! | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Birdman : vol au dessus des Oscars


Birdman

Courez, que dis-je, volez voir Birdman ! Le dernier film d’Alejandro G. Iñárritu (Babel, 21 grammes) est d’une poésie et d’une maîtrise remarquables qui lui ont à juste titre valu les faveurs de l’académie. Birdman raconte l’histoire de Riggan Thomson, acteur sur le retour qui voudrait se défaire du costume de super-héros à plume qui l’a fait connaître du grand public avec la trilogie Birdman, pour s’épanouir dans un registre beaucoup plus littéraire en montant une pièce de Raymond Carver sur Broadway. Michael Keaton est magistral dans le rôle de Thomson, super-héros rangé des voitures, tiraillé entre son désir de reconnaissance du milieu qui risque de virer au fiasco si sa pièce n’arrive pas à séduire la critique, et son mauvais génie plumé qui lui conseille de rempiler pour un Birdman IV.

Ajoutez, une dose de crise de la cinquantaine, une pincée de relations père-fille conflictuelles, un agent – Zack Gafilianakis – au bord de la crise de nerfs et de la banqueroute, une pièce rapportée – Edward Norton – qui menace de le pousser à bout, une femme, une maîtresse, une critique exquisément perfide – Anna Thomson – et vous serez loin d’avoir utilisé toutes les possibilités de Birdman !

Le reste du casting est à l’avenant, sans dérapage et toujours sur la mesure. Filmé comme un long plan-séquence et ponctué par les syncopes d’une batterie débridée, Birdman est un film jazz à la partition sublime qui change des blockbusters trop convenus. C’est sans doute le meilleur qu’Hollywood est à même de nous offrir.

Guillaume L.

Publié dans The Movie Library | Marqué avec | Laisser un commentaire

Béziers, Coluche et leurs amis


Béziers fait à nouveau l’actualité. La ville dirigée par l’extrême droite s’est fait connaître (notamment) par son célèbre arrêté du 19 mai 2014 qui interdit d’étendre le linge aux fenêtres du centre-ville entre 6h et 22h. La justification est que ce linge nuit à « l’attractivité économique et touristique de la ville et notamment en matière d’ordre esthétique ».

Quoi ? Le linge qui pend au fenêtre serait laid et repoussant ? Ce n’est pourtant pas ce que disait Coluche en 1974. Dans Je me marre, il vantait « les vieilles ruelles avec le linge qui pend aux fenêtres » dans ces pays où on aime aller en vacances : la Grèce des colonels, l’Espagne de Franco et le Chili de Pinochet. Il ajoutait que l’autre caractéristique de ces pays était d’avoir une milice « armée jusqu’aux dents, prête à bondir ». Grâce au nouveau maire de Béziers, la ville n’aura plus de linge au fenêtre, mais elle aura une police municipale qui a quasiment doublé ses effectifs et s’est dotée d’une brigade canine. Dernièrement, la ville vient de faire savoir par voie d’affichage qu’en plus ladite police était armée.

Beziers

« Le nouvel ami » en question ne renvoie pas à l’amitié trop facile et superficielle des réseaux sociaux. Ce serait plutôt le genre d’amitié vantée par le sergent Hartman (Ronald Lee Ermey), l’instructeur des Marines, dans Full Metal Jacket (Stanley Kubrick, 1987). Quand Hartman hurle aux jeunes recrues : « Priez ! », elles répondent en chantant : « Ceci est mon fusil. Il y en a beaucoup d’autres comme lui, mais celui-ci c’est le mien. Mon fusil est mon meilleur ami ». Une amitié virile, une amitié qui en a, une amitié qui sait vider les douilles et les carafons. Entre l’extrême droite qui fait d’une arme un « nouvel ami » et Fortuneo qui ose nous inculquer « J’aime ma banque », il manque quand même un peu d’humanisme à cette France-là.

Joe Gillis

Publié dans Marre ! | Marqué avec , | Laisser un commentaire