HOPE


Antoine-Olivier Pilon dans Mommy, le dernier film de Xavier Dolan. A voir de toute urgence (comme tous les autres films de Xavier Dolan).

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Testez votre cinéma


Alison Bechdel est une dessinatrice américaine. Dans sa bande-dessinée Dykes to Watch Out For (1985), elle imagine ses deux personnages féminins se posant 3 questions. 3 réponses négatives à ces questions permettraient d’identifier un film sexiste : « Le film comporte-il au moins deux personnages féminins dont les noms sont précisés ? » ; « Ces deux femmes se parlent-elles ? » et « Parlent-elles d’autre chose que d’un homme ? ».

the-bechdel-testC’est ainsi qu’est né le « test de Bechdel » parfois appelé aussi « test de Bechdel-Wallace » du nom d’une amie qui lui a inspiré, elle-même inspirée de l’essai de Virginia Woolf, Une chambre à soi (1929). Ce genre de test en 3 questions pourrait servir pour savoir si un film est français : « Y-a-t-il une scène dans un café parisien ? » ; « Cette scène comporte-telle un homme quelconque assis à une table avec une femme superbe et plus jeune ? » ; « Le scénariste a-t-il puisé dans ses propres souvenirs pour écrire cette scène ? ». 3 réponses positives indiquent qu’il s’agit là d’un film français.

Joe Gillis

P.S. : Si, en plus, le scénariste est aussi réalisateur, il s’agit même d’un film français d’auteur.

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Amour pas toujours…


Liaisonfatale

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Les lendemains (de la gauche) qui chantent


Opposition intermittente des députés communistes à la politique du gouvernement de Jean-Marc Ayrault depuis 2012 ; départ des ministres écologistes après la nomination de Manuel Valls comme premier ministre en mars 2014 ; mouvement des « frondeurs » socialistes hésitant à voter les textes budgétaires ; multiplication des « courants » et autres regroupements ; accusation de ne plus « être de gauche » ou difficulté à nommer la politique gouvernementale entre « socialisme », « social-démocratie » et « social-libéralisme »… La majorité est traversée par des mouvements divers et la gauche semble à la recherche d’une nouvelle définition. Cette définition oscille entre deux pôles qui furent incarnés politiquement en 1906 par Jean Jaurès et Georges Clemenceau et musicalement 2014 par Au fil d’Ariane et Pas son genre.

En juin 1906, Jaurès et Clemenceau s’affrontent à la Chambre des députés. Le premier défend l’insurrection, il dénonce la timidité des réformes sociales du gouvernement des gauches au pouvoir et la répression impitoyable contre les manifestants du 1er mai et les grévistes, suite à la catastrophe de Courrières dans le bassin minier du Nord. Le second défend l’idée que l’État républicain est le seul cadre possible de toute réforme sociale et condamne donc les rêves révolutionnaires et leurs traductions violentes.

AuFilAriane

Ariane (Ariane Ascaride), dans le film de Robert Guédiguian, s’enfuit le jour de son anniversaire et arrive « au pays des merveilles » (selon l’entretien avec le réalisateur dans le dossier de presse). Son voyage la mènera jusqu’au Frioul, île aux allures de théâtre antique où elle interprète Comme on fait son lit, on se couche de Bertold Brect et Kurt Weill adapté par Gotan Project.

Jennifer (Émilie Dequenne), coiffeuse et mère célibataire dans le film de Lucas Belvaux, tombe amoureuse d’un homme de lettre parisien. Au karaoké, elle interprète I Will Survive (de Gloria Gaynor, 1978), véritable annonce de ce qui va se passer : elle va partir se reconstruire ailleurs plutôt que de vivre la fin de sa relation impossible, la réalité de la différence de classes ayant raison de l’utopie amoureuse.

PasSonGenreEn 1906, Clemenceau raillait Jaurès : « Vous avez le pouvoir magique d’évoquer de votre baguette magique des palais de féerie. Moi, je suis le modeste ouvrier des cathédrales, qui apporte obscurément sa pierre à l’édifice auguste qu’il ne verra jamais ». D’un côté la gauche de Jaurès, réduite à une vaine réaction protestataire. De l’autre la gauche de Clemenceau, réduite à une action constructive toujours trop infime. Comme, d’un côté, Ariane s’évade par le rêve. De l’autre, Jennifer ne quitte jamais la réalité. François Hollande, lors de son discours du Bourget le 22 janvier 2012, avait tenté une énième synthèse en citant Shakespeare (Nicholas, chef de la rubrique littéraire du Telegraph et non pas de William, le dramaturge) : « Ils ont échoué parce qu’ils n’ont pas commencé par le rêve »… avant d’être rattrapé par la situation française.

Après leurs chansons, véritables tournants des histoires des deux héroïnes et qui, à ce titre, figurent en intégralité dans les deux films, Ariane et Jennifer ne s’en sortent pas de la même façon : Ariane retrouve sa famille et ses amis, tout un environnement fraternel et solidaire, mais Jennifer disparait sans explication et perd ses amies. L’une s’en sort en faisant société, l’autre s’en sort avec le seul ressort individuel. Précisément, les deux pôles entre lesquels la gauche du XXIe siècle doit se redéfinir.

Marc Gauchée

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Quand la mort plombe l’ambiance…


À partir de 1792, les révolutionnaires promettaient « La liberté ou la mort », l’avenir était donc une alternative. Puis le XXe siècle amputa l’un des termes de cette alternative et imagina un avenir forcément radieux oubliant toute fin fatale. C’était la promesse communiste des « Lendemains qui chantent ». D’abord au singulier dans la chanson Jeunesse de Paul-Vaillant Couturier (1937) : « Nous bâtirons un lendemain qui chante », citée, ensuite, au pluriel, par Gabriel Péri dans sa correspondance avant son exécution en 1941.

À la différence de ce XXe siècle aux discours remplis d’« homme nouveau » et de « grand soir », le XXIe siècle semble vouloir s’enfermer dans un tête-à-tête avec la mort, comme ce chevalier (Max von Sydow) du Septième Sceau (d’Ingmar Bergman, 1957) jouant aux échecs avec la Faucheuse (Bengt Ekerot).

LeSeptiemeSceau

C’est ainsi que Manuel Valls affirme, le 14 juin 2014, devant le Conseil national du Parti socialiste, que « la gauche peut mourir », que nous risquons d’entrer dans « une ère dans laquelle la gauche peut aussi disparaître ». C’est Luc Chatel qui lui emboîte le pas en expliquant que « la question, c’est celle de la survie de notre mouvement » et que l’Union pour un mouvement populaire (UMP) « peut disparaître » (Le Monde, 24 juin 2014). C’est enfin ces caricatures d’écologistes qui masquent mal leur détestation de toute activité humaine en prêchant la fin du monde. Comme au XXe siècle, il manque encore un terme de l’alternative mais, ce coup-ci, c’est celui qui donne l’envie de vivre et d’inventer l’avenir.

Les responsables politiques savent pourtant que c’est la vision des lendemains qui donne des raisons d’agir dans le présent. Mais ils ont oublié que ce n’est pas parce que nous savons que c’est la Mort qui gagne à la fin qu’il faut anticiper son règne.

Marc Gauchée

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Nicolas Sarkozy fait aussi du scooter : les Français en vacances sont-ils toujours pris pour des cons ?


Est-ce que qu’il reste quelqu’un dans l’entourage de l’ex-président Nicolas Sarkozy pour lui dire d’arrêter de prendre les Français pour des cons ? C’est pas comme ça qu’on l’aimera, c’est pas comme ça qu’il reviendra. Il faut en effet lui dire que, dans notre pays – qui est aussi le sien – il y a une école gratuite, laïque et obligatoire jusqu’à 16 ans ; l’éducation nationale est le premier budget de l’État ; chaque jour, nous pouvons avoir accès à des œuvres qui nous ouvrent à de nouvelles pensées et de nouvelles esthétiques littéraires, cinématographiques, picturales ou musicales ; la France a atteint le taux de 99,3% de couverture du haut débit en une décennie ; 82 % des ménages sont connectés à l’internet en 2013, etc, etc… Mais c’est plus fort que lui. Il reste dans le souvenir de sa campagne brillante et victorieuse de 2007, oubliant que sa machine à communiquer s’est sérieusement grippée depuis 2012. Or, le 24 juillet 2014, il pose en couverture de Paris Match en scooter. Voici donc les 3 raisons pour lesquelles, avec cette couverture, Nicolas Sarkozy continue à nous prendre pour des cons.

ScooterSarkozyLa première relève de la communication positive. L’allusion est évidente. Le scooter, c’est la liberté : on passe partout et, en plus, on s’affranchit de porter le casque pourtant obligatoire. C’est l’amour : il est préférable d’avoir une fille en jupe à l’arrière pour que la vitesse dévoile ses belles jambes. L’image rappelle Vacances romaines (de William Wyler, 1953) et l’escapade amoureuse d’une princesse (Audrey Hepburn) enfin libérée du carcan de ses devoirs de représentation grâce à Joe Bradley (Gregory Peck). Ou encore Pulp Fiction (de Quentin Tarentino, 1994) et la fuite libératrice de Butch (Bruce Willis) et Fabienne (Maria de Medeiros) en chopper. Peu importe que l’Union pour un mouvement populaire (UMP) reste endettée à plus de 74 millions d’euros, cernée par les affaires et minée par les luttes intestines, il faut imprimer dans la tête des Français l’image d’un homme libre accompagné d’une femme séduisante qui n’a donc aucun lien avec tout ça.

La deuxième relève de la communication revancharde. Sans casque, estival, avec une fille à l’arrière et tout sourire, Nicolas Sarkozy est ainsi l’exact opposé des clichés volés par Closer le 10 janvier 2014 où François Hollande était seul, casqué et hivernal. Il fallait ringardiser l’image de ce président s’échappant de l’Élysée pour aller rejoindre son amoureuse. Comme dans Easy Rider (de Dennis Hopper, 1969) ou La Grande évasion (de John Sturges, 1963), l’échappée a mal fini : François Hollande est désormais célibataire quand le couple Sarkozy-Bruni peut exhiber son bonheur conjugal. Et toc !

ScooterHollandeLa troisième relève de la contre-communication. Le 9 juillet est sorti en salles Les Vacances du petit Nicolas de Laurent Tirard. Il était évidemment urgent pour l’autre Nicolas de marquer sa différence.

Marc Gauchée

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Le « Trône de fer » aux sources de l’addiction


Il suffit de surfer sur le net pour découvrir les témoignages de ces spectateurs de la série Le Trône de fer (Game of Thrones de David Benioff et Daniel Weiss, depuis 2011) qui, d’occasionnels, sont devenus « addicted » et ne veulent désormais plus manquer un épisode. Il est vrai que la série a bénéficié de moyens considérables et d’un battage publicitaire conséquent pour son lancement. Pourtant cette série ne fait que mettre en scène une énième lutte entre clans rivaux, selon un schéma qui enchaine intrigue, violence et cul de façon souvent artificielle, mécanique et cumulative (Attention lecteurs : des spoilers se cachent dans la suite de cet article).

Mais le succès est là. En fait l’addiction des téléspectateurs et internautes vient du mélange subtil entre deux procédés : la « reconnaissance » et la « disruption ».

GoT

La reconnaissance est un procédé typique de la littérature populaire. Umberto Eco dans De Superman au surhomme (Grasset, 1978) a expliqué que ce mécanisme régit le roman populaire depuis le XIXe siècle. Il s’agit d’offrir aux lecteurs le plaisir sans cesse renouvelé de la reconnaissance d’un schéma d’histoire, d’une situation-type ou de héros-types. Il se fonde sur des codes établis à l’avance. Ici règnent donc la citation et la référence toujours identifiables, il n’y a pas de dépaysement. Comme l’écrit Martial Bouilliol, les femmes y sont réduites aux rôles de « reines ou prostituées » (et parfois les deux). L’esthétique est à dominante publicitaire en ce qu’elle se contente, justement, d’accumuler les signes de reconnaissance : la musique, la lumière, les comédiens, bref tous les éléments de la mise en scène servent le même discours, sont redondants, vont dans le même sens. À la différence d’Alfred Hitchcock, les scènes de meurtre sont tournées comme des scènes de meurtre et les scènes d’amour sont tournées comme des scènes d’amour.

L’impact de ces approches standard est faible avec une population gavée d’images. C’est donc là qu’apparait le second procédé venant du marketing : la disruption. Ce procédé a été décrit par Jean-Marie Dru dans Disruption, briser les conventions et redessiner le marché (Village mondial, 1997). L’objectif est de créer une rupture avec les approches standards pour se différencier et apparaître original. La série Le Trône de fer n’en finit pas de jouer avec ces contrepieds, la mort de ceux que l’on prenait pour des « héros » étant le point d’orgue des saisons 1 (épisode 9) et 3 (toujours épisode 9). La littérature populaire se contentait de « cliffhanger » à la fin de chaque chapitre, dans Le Trône de fer, chaque épisode de la série contient de multiples « cliffhangers » comme autant de transgressions.

Les images de disruptions transgressives, intervenant au milieu de signes de reconnaissances classiques, finissent par créer une addiction, la jouissance d’un monde connu puis la jouissance de le quitter sans ménagement pour l’inconnu. Addiction qui est la déclinaison industrielle, télévisuelle et sans humour, de ce qui nous avait fait aimer, au cinéma, Pulp Fiction de Quentin Tarentino (1994).

Le décryptage des procédés de cette addiction lui fera perdre de son attrait, comme la brillante communication de Nicolas Sarkozy, qui avait tant fasciné avant 2007, a fini par sombrer dans la vacuité et la confusion en 2012, entre « président des riches » (reconnaissance) et « casse-toi pauv’ con » (disruption).

Joe Gillis

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