La « Trilogie sexuelle » de Michael Douglas (1/3)


Le 7 septembre 2014, dans un entretien à Vanity Fair, Michael Douglas confiait que 3 de ses films composaient ce qu’il appelait sa « trilogie sexuelle ». Il s’agissait de Liaison fatale (Fatal attraction d’Adrian Lyne, 1987), Basic Instinct (de Paul Verhoeven, 1992) et Harcèlement (Disclosure de Barry Levinson, 1994). Si l’expression se justifie par des scènes hot où le comédien se retrouve bien souvent filmé de dos, le pantalon sur les chevilles, faisant l’amour dans des lieux non prévus à cet effet, dans ces 3 films son personnage est d’abord aux prises avec des femmes de caractère qui le séduisent et/ou le menacent… comme autant de voyages au pays de l’égalité impossible ?

TrilogieAffichesAlex Forrest (Glenn Close), celle qui est punie

Susan Faludi a analysé Liaison fatale dans Backlash, la guerre froide contre les femmes (Des Femmes, 1993). Elle résume ainsi cet air du temps réactionnaire : il s’agit de montrer que les femmes seraient les victimes du féminisme et de leur libération, victimes de leur ambition pour concilier leurs vies sexuelle, professionnelle et familiale.
Alex Forrest, interprétée par Glenn Close, en est l’archétype : célibataire de 37 ans -donc malade mentale-, elle s’oppose à une épouse idéalisée (Anne Archer) en affrontant le mari et amant d’un soir pourtant lavé de tout péché. Parce que Dan Callagher (Michael Douglas) n’aurait fait que profiter de l’absence de sa femme pour la tromper… faut dire qu’elle l’avait bien cherché, car, la veille, elle avait accueilli dans le lit conjugal leur petite fille de 5 ans, interdisant tout rapport sexuel entre les époux ! Pour lui donc, l’affaire est simple : « L’occasion s’est présentée, on en a profité ». Et lorsqu’il se voit obligé de tout raconter à sa femme, il explique : « C’était simplement une nuit, ça voulait rien dire ». La façon dont Dan réduit sa relation avec Alex à une histoire de cul vient contredire le slogan figurant sur les affiches françaises annonçant « Une terrifiante histoire d’amour » avec l’avertissant glaçant : « L’amour, quand c’est trop fort, ça peut faire peur, très peur ! » En fait, c’est Alex qui fait la confusion entre le cul et l’amour, prenant au sérieux ce que Dan considère comme une passade sans lendemain destinée simplement à maintenir l’ordre éternel conjugal.
La preuve, dès que sa famille est en danger, Dan devient beaucoup plus grave. À plusieurs reprises, il menace de mort une Alex se transformant peu à peu en psychopathe : « Si tu parles à ma femme, je te tue » puis, retrouvant la distance du vouvoiement en version française, « Si jamais vous vous approchez à nouveau de ma famille, je vous tue, c’est clair ? ». D’ailleurs la réconciliation des deux époux se fait par le meurtre d’Alex, d’abord insuffisamment noyée dans la baignoire avant d’être achevée d’un coup de feu !
Fatal Attraction 1987 Adrian Lyne Glenn CloseSusan Faludi nous apprend que Liaison fatale devait être, à l’origine, un film féministe. Mais, à force de réécriture scénaristique, Alex est devenue cette femme punie pour n’avoir pas su trouver l’homme de sa vie (« Je me demandais pourquoi tous les hommes intéressants étaient mariés »), pour n’avoir pas su fonder une famille à temps (se prétendant enceinte de Dan, elle veut garder l’enfant, car, à 37 ans, c’est sa « dernière chance ») et surtout pour refuser de culpabiliser et de s’adapter à cette société où les hommes conserveraient leur statut.

Marc Gauchée
À suivre…

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« 1900 » : Quand l’extrême-droite se fait chaton


Le chat, du fait de sa douceur, n’a jamais été associé à l’extrême-droite. Dans La Bête est morte (1944) de Victor Dancette et Edmond-François Calvo, les nazis allemands sont représentés sous forme de loups alors que les fascistes italiens sont des hyènes et les impériaux japonais sont des singes. En fait ce sont les Iraniens qui sont dessinés sous les traits des chats. Du point de vue des démocrates ou des républicains de tous les pays, il n’était alors jamais question de représenter les forces de l’Axe ou l’extrême-droite sous les traits d’animaux sympathiques.

Attila (Donald Sutherland), le contremaître mussolinien de 1900 (de Bernardo Bertolucci, 1976), n’hésite pas à écraser d’un coup de tête un chat qu’il compare au communisme : « Le communisme est adroit. Il vous attrape au sentiment comme ce joli petit chaton ».

1900a

Et si, dans Mauss (d’Art Spiegelman, 1986-1991), les nazis sont dessinés sous l’aspect de chats, c’est d’abord parce que les Juifs sont représentés par des souris, l’auteur reprenant à son compte les images véhiculées par la propagande antisémite. Et en ce cas, le chat se caractérise par son sadisme, jamais par sa tendresse, ni par sa douceur.

1900b

Mais dans la guerre culturelle actuelle que livre l’extrême-droite française pour se couper de toute filiation historique sulfureuse, une récente anecdote est venue mettre à mal ces catégories animalières. En septembre 2014, les journaux ont ainsi rapporté l’histoire suivante : le chien de Jean-Marie Le Pen aurait dévoré la chatte de sa fille, Marine, dans le domaine de Montretout à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) précipitant le départ de cette dernière vers sa propre résidence à La Celle-Saint-Cloud (Yvelines) ! Sans tomber dans une interprétation psychanalytique humaine d’un fait divers avant tout animalier, le parallèle est tentant. Et la mort de la féline filiale dévorée par le canin paternel illustrerait alors la menace toujours présente de ce père accro aux dérapages, décidément infréquentable, « indédiabolisable » et « imbanalisable ». Reste à savoir si un coup de boule va suivre et qui, du père ou de la fille, le donnera.

Joe Gillis

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Mais, vous avez, mais vous avez, oui vous avez toute la vie


RomanPolanski

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Roland Dumas et Jean-Jacques Bourdin : les Muppets en pas drôle


Sur le fond, les propos de Roland Dumas au sujet de Manuel Valls qui serait «probablement» sous «influence juive» sentent le moisi. Lundi 16 février 2014, sur BFM, l’ancien président du Conseil constitutionnel a expliqué que cette «influence» s’exercerait par l’intermédiaire de sa femme, Anne Gravoin : «Chacun sait qu’il est marié avec quelqu’un, quelqu’un de très bien d’ailleurs, qui a une influence sur lui». Ces propos sentent le moisi parce que l’expression a une histoire. Elle a été utilisée dans l’exposé des motifs du premier statut des juifs du 3 octobre 1940 signé par Philippe Pétain : «Partout, et spécialement dans les services publics, si réelles que soient d’honorables exceptions dont chacun pourrait fournir un exemple, l’influence des juifs s’est fait sentir, insinuante et finalement décomposante».

Muppets

Sur la forme, l’impression de moisi persiste. Jean-Jacques Bourdin a eu l’intuition que Roland Dumas avait le dérapage sur le bout de la langue, il fallait juste l’aider à le formuler. «J’ai senti qu’il avait envie de dire ça » confie l’intervieweur au micro d’époque (Canal+, 17 février 2015)… avant de se draper dans son professionnalisme pour dire qu’il n’allait pas « s’excuser de poser des questions» !

Le niveau de langage s’est tellement détérioré en France -et il ne s’agit pas ici de jeunes rappeurs supposés «analphabètes» ou de «barbares» banlieusards, non il s’agit de vieux messieurs en costumes cravates- que le point Godwin est atteint en quelques minutes, pas après des heures de débats, sans le moindre recours à l’insulte. Il a suffi d’une conversation entre hommes tout bien comme il faut, entre notables qui jouent à celui qui fera le plus l’intéressant, entre vieux qui ont trouvé une façon pas drôle de retomber en enfance.

Marc Gauchée

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Le Déclin de l’empire romain


JeuBerlu

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« Les Mains en l’air » : un geste qui sauve ?


LesMainsEnLAir

En 2010, Romain Goupil réalise Les Mains en l’air. Le film raconte comment une bande d’enfants cache et protège Milena, leur amie d’origine tchétchène menacée d’être expulsée par la police comme précédemment leur autre ami Youssef. Le film est bâti sur un long flash back puisque c’est Milena qui raconte, depuis l’année 2067, ce qui s’est passé en 2009. La charge est directement dirigée contre cette politique de répression bien réelle, dénoncée par le Réseau éducation sans frontières (RESF), qui aboutissait alors à des arrestations aux portes des écoles. C’est Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement, qui tentait d’instaurer, en 2007, des tests ADN pour les candidats au regroupement familial. C’est Éric Besson qui prenait le relais en 2009 en devenant ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire et qui lançait le débat sur l’identité nationale… Puis Nicolas Sarkozy donnera le ton le 30 juillet 2010 à Grenoble, en renouant avec un discours sécuritaire et en reprenant certains des thèmes de l’extrême droite, annonçant ainsi l’orientation de sa campagne présidentielle à venir. Le film entretient d’autres liens avec son présent le plus direct : Cendrine, la jeune mère solidaire, est interprétée par Valéria Bruni-Tedeschi… sœur de Carla Bruni. Mais il entretient aussi des liens avec le passé.

En effet, le titre du film renvoie à la scène représentée sur l’affiche où les enfants, traqués par la police, sortent de leur cachette « les mains en l’air ». Ce geste n’est pas expliquée par la narratrice autrement que comme un geste spontané. Romain Goupil connaît l’histoire, il sait que la représentation d’enfants les mains en l’air fait immanquablement penser au cliché pris par les nazis lors de la liquidation du ghetto de Varsovie en avril et mai 1943 où un jeune garçon lève les bras entouré de soldats armés.

Ferguson

« Les mains en l’air » est ce geste qui exprime la vulnérabilité des victimes exposées à la disproportion des forces. Il a d’ailleurs été encore récemment repris par les manifestants de Ferguson (Missouri) suite à la mort de Michael Brown, 18 ans, tué en août 2014 par un policier alors que, selon les témoins, il levait les mains. Depuis, un rapport du ministère de la justice a dénoncé les pratiques racistes de la police locale, depuis, le chef de la police, le juge du tribunal municipal et le « city manager » (l’administrateur de la ville) ont démissionné… et le policier ayant tiré les 6 coups de feu mortels n’a pas été condamné. Si « Les mains en l’air » est un geste qui sauve les âmes, il ne sauve pas les corps.

Marc Gauchée

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Tempora mutantur


5Gaullisme

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