Sachons gré à François Ozon d’avoir livré à une journaliste américaine un indice supplémentaire que les écarts de comportement de Dominique Strauss-Kahn ne sont finalement qu’une manifestation de l’exception culturelle française.
En effet, les aventures hôtelières de Dom à New-York et à Lille pouvaient laisser penser que l’image du French lover allait en prendre un petit coup. Heureusement, de doctes connaisseurs des mœurs gauloises nous expliquèrent que tout ceci n’était qu’un malencontreux quiproquo, l’art français de la séduction étant simplement plus vigoureux que la moyenne internationale. Soit. Admettons que finalement j’ai pu louper quelques occasions et perdre un peu de temps ici ou là (il est vrai que j’ai toujours été un peu lent).

French Lover des 30 glorieuses French Lover de récession
Et voilà qu’à l’occasion de la présentation cannoise de Jeune et Jolie, l’auteur de 8 femmes et de Potiche trébuche lors de sa « promo » américaine. Le dernier opus d’Ozon, diversement accueilli par ceux qui l’ont vu, met en scène une étudiante qui se prostitue hors de toute contrainte économique et sociale. Bref, elle tapine parce que ça lui plaît, comme une certaine autre le faisait parce qu’elle était trop comblée (Séverine/Catherine Deneuve dans Belle de Jour de Luis Buñuel, 1967). Ça aurait pu gentiment s’arrêter là, mais Ozon semble avoir cédé à la tentation du buzz lors de l’interview donnée à une journaliste américaine du Hollywood Reporter : selon lui, la prostitution serait un fantasme partagé par de nombreuses femmes, et pas seulement par la fraction finalement assez réduite de la bombinette étudiante issue d’un milieu favorisé ou de la bourgeoise diaphane qui a eu la malchance d’unir son destin à celui du prince charmant : « Je pense que les femmes peuvent vraiment être connectées à cette fille (Isabelle, interprétée par Marine Vacth), parce que beaucoup de femmes fantasment de se prostituer. Ce qui ne veut pas dire qu’elles le font, mais être payée pour une relation sexuelle est quelque chose de patent dans la sexualité féminine (…). Je pense que vouloir être un objet sexuel, être désiré, être utilisé, est quelque chose de très courant. C’est le genre de passivité que les femmes recherchent ».

Le bordel : une espèce de réunion Tupperware version CSP+
Reconnaissons que la proposition est plus ambitieuse que les seuls postulats des films susmentionnés, mais pas forcément plus pertinente : d’ailleurs, l’intéressé est revenu sur ses propos peu après et a présenté des excuses. C’est ainsi que l’affaire fut close, par repentance du bonhomme. Ceci étant, on relèvera quand même un point commun entre les défenseurs du strauss-khanisme sexuel et les fins connaisseurs de la libido féminine que prétendent être François Ozon et bien d’autres : ils sont, les uns comme les autres, dépassés par leurs fantasmes.
David El Mechali
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