Le temps qui passe


garcin-2

Photo de Gilbert Garcin

De simples échanges avec des personnes issues de tous horizons (chauffeurs de taxi, enseignants, commerciaux, employés de bureau etc.) suffisent pour réaliser à quel point l’actualité nous affecte quotidiennement. L’actualité politique, surtout, à en juger par ces quelques exemples cités en vrac : querelles éternelles au sein du PS, fils de « mon Papa » Sarkozy catapulté au conseil d’administration de l’EPAD, affaire Dominique de Villepin, affaires Frédéric et Jean-Christophe Mitterrand, quotas de sans papiers à expulser, racisme non dissimulé de dirigeants UMP, débat sur l’identité nationale, bassesses à gauche comme à droite comme partout, calculs, déclarations mesquines, manipulations, tentatives de déstabilisation. Bref, rien qui soit en mesure d’assouvir le désir d’authenticité que recherchent les français. Rien qui soit en mesure de leur faire gober que leurs préoccupations sont entendues. Et rien qui soit en mesure d’éviter de se poser cette question : mais par qui sont élus ces dirigeants responsables d’une actualité si délétère pour le moral ?

La manière dont l’information circule doit-elle être incriminée ? Certainement. Nous vivons une ère où l’on en est arrivé à penser que tout, absolument tout, était question de communication. Une ère, donc, où nous ne sommes plus que l’image de nous mêmes. Il suffit de voir Jean Sarkozy, jeune homme de 23 ans au discours et à l’attitude formatés, s’exprimer au journal de vingt heures face à un David Pujadas avide de scoop, pour faire le constat que rien, absolument rien, n’est véritable dans cet entretien. Rien n’est vrai. Et rien du discours de Jean qui ne soit pas de Nico. Sarko père, Sarko fils, mêmes mots, mêmes expressions, mêmes mimiques. Des clones au service d’une politique sans relief. Un discours de sitcom, larmoyant, et des réponses, toujours les mêmes, qui font tout sauf répondre franchement aux questions.

Une ère, aussi, où l’individu se définit en tant qu’entité numérique (qui n’est pas détenteur de comptes Facebook, Twitter, Myspace et d’un I-Phone a du souci à se faire pour l’avenir) et dont les capacités de réaction sont censées suivre la cadence infernale du web. La notion de temps est bouleversée. Rien n’a plus d’importance sur le long terme. Tout s’exprime en phrases courtes et tout s’envisage dans la perspective de l’événement à suivre. A entendre Martine Aubry déclarer qu’elle ne s’abaissera à ces « petites phrases » qui font l’actualité d’aujourd’hui, l’on comprend mieux les déboires que connaît actuellement le PS. En somme, si l’on ne joue pas le jeu de l’actu inconsistante, on n’a aucune chance de se faire entendre.

On aurait tort de mettre ce mal-être sur le dos de la « société qui va trop vite ». La société, c’est nous. Nous faisons l’actualité. Nous décidons de la vitesse à laquelle elle va. Nous délaissons l’essentiel pour privilégier le futile. Nous façonnons cette information instantanée, au reste très attirante, mais qui dans le même temps nous mine.

Alors que faire ? Agir ? Sans aucun doute. Cependant, il faut réfléchir à une forme d’action qui ne s’apparente à celle « vendue » par les médias, principaux relais du pouvoir en place. Agir, tout d’abord, n’induit pas forcément un résultat immédiat. Agir, ça n’est pas non plus se contenter de faire la promotion de l’action face aux caméras (« j’agirai jusqu’au bout de mon mandat ! » vas-y petit…). Enfin, il ne s’agit pas de se borner à fixer des objectifs chiffrés : les salariés de l’entreprise moderne en font quotidiennement les frais. Dans le système individualiste des sociétés occidentales, il devient aujourd’hui vital, avant d’agir, de considérer et d’apprécier le temps qui passe. Dans la culture de l’instant, il faut nuancer l’instant. La crise économique témoigne de l’obsolescence de certaines valeurs : urgence de l’information à connaître, urgence du résultat à atteindre. Celles-ci doivent laisser la place à d’autres valeurs, basées sur le dialogue et l’écoute, et au temps qu’ils requièrent. Ce sont ces valeurs qu’il est urgent de retenir dans notre quête obsessionnelle de rentabilité.

Matthieu Z.

Ce contenu a été publié dans Politique & Société, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s