L’Apocalypse : ultime utopie ?


La fin d’une année et le début d’une autre sont des périodes propices au bilan, quel qu’il soit. Curieux d’ailleurs, à ce propos, que l’on ait besoin d’une date artificielle pour susciter un quelconque besoin symbolique de remise en perspective. Aujourd’hui en 2010, ce serait plutôt une mise en abîme, tant le fossé qui sépare notre vouloir-être de notre existence réelle semble sans fond.

Malgré ce temps qui avance inexorablement, 2009 apparaît comme une année de régression. Régression économique avec la crise, inévitable, attendue, inempêchée. Régression sociale également, en France notamment, mais aussi ailleurs dans le monde, avec l’ajustement vers le bas de notre société pour faire face à « la réalité de la situation », comme se plaisent si bien à le dire nos politiques pour justifier n’importe quelle énormité. Un nivellement par le bas donc, prenant la crise comme prétexte. Une opportunité de remise en cause si vite effacée par ceux qui auraient trop peur d’y perdre dans ce débat (Lapalissade : on n’a peur de perdre que lorsqu’on a le sentiment d’avoir. Qu’avons-nous, nous les gens du commun, si ce n’est de maigres possessions matérielles grevées de dettes et d’emprunts à la consommation qui nous donnent le faux sentiment d’exister ? A mettre en perspective avec ceux qui ont réellement).

Car si débat il y a, c’est bien celui-là, celui qui engage notre avenir et celui des générations futures. La possible remise en cause, ou tout du moins le questionnement de la finalité, d’un modèle de société a été complètement évacuée par les sophistes politiques qui lui ont préféré l’identité nationale et le port de la burqa, sujets-marionnettes incarnant le repli sur soi et la vue court-termiste de nos dirigeants, indifférents à toute la responsabilité qui est la leur et qui devraient en équité être punis pour ce refus d’assumer leur charge par le corps électoral. Si l’on ajoute à cela une véritable intention de tromper, des manœuvres dolosives, ce n’est pas devant le peuple qu’ils devraient répondre de leur actes mais devant la justice. Tiens, c’est étrange, la justice est justement en pleine réforme (encore un nivellement par le bas avec la suppression de l’indépendance du juge d’instruction). Arrêtons-là les exemples, cet article n’y suffirait pas.

Le vrai débat donc, celui de notre avenir, s’est joué à Copenhague il y a peu. Une véritable déferlante médiatique totalement inappropriée au sérieux de la question et aux divers enjeux. Ce sommet n’était du point de vue des médias de masse qu’un événement parmi d’autres, disparu des écrans la première grève de RER venue, aussi soudainement qu’il y était apparu comme une question vitale quelques jours plus tôt. Entre presque-échec et demi-réussite, nous nous garderons bien de condamner par principe cette heureuse tentative.

Toujours est-il que comme d’habitude (horrible, non ?), l’absence d’engagements clairs met en lumière la complexité et la puissance des forces du monde à l’oeuvre, le déséquilibre Nord/Sud toujours plus saillant, les économies contre les hommes et non pour l’Homme. Et toujours le primat de l’argent et du contrôle des énergies, l’injuste répartition des richesses, et le mépris inhumain de ceux qui paient les pots cassés de notre mode de vie (voir le témoignage poignant de l’émissaire des pays Africains sous-développés dénoncant cette « mascarade » au beau milieu d’un océan de bien-pensance auto-satisfaite)… en attendant que nous les payons nous-mêmes enfin dans un futur qui semble de plus en plus proche.

Nous avons beaucoup posé dans les pages de Cinethinktank la question du sens. Le témoignage du sommet de Copenhague, en tant qu’évènement faisant sens, oblige à constater la supériorité du réel sur le potentiel, d’aujourd’hui sur demain, de maintenant sur après. Après quoi ? Après moi, le déluge ? En démontrant ainsi notre incapacité totale à s’accorder pour prévoir, nous nous ravalons au rang des animaux de notre monde, à celui de la bête dans la satisfaction de nos (faux) besoins et désirs immédiats et perdons ainsi ce qui fait notre humanité : l’empathie. Empathie pour autrui ici et ailleurs, pour autrui demain. Au lieu de prévoir et tenter d’édifier un monde meilleur, nous préférons le caractère destructeur de celui d’aujourd’hui, bien plus enviable suivant notre position occidentale.

Au delà d’une crise économique, il s’agit véritablement d’une crise globale de ce qu’est « être humain » qui étreint nos consciences. Alors comment blâmer ceux qui font de l’apocalyspe le seul événement capable de faire sens dans une société vérouillée et gangrenée courant à sa ruine. Après Le Jour d’après, Roland Emmerich nous offre 2012, pot-pourri mondialisé de traditions millénaristes à la sauce new-age. On constate encore une fois qu’Hollywwod est à la pointe de la compréhension des ressorts sociaux, accompagnant par l’image du désastre la pensée de plus en plus partagée de ceux qui en viennent à vouloir que le monde s’écroule pour lui permettre de changer, et peut-être faire émerger l’homme nouveau (s’il survit ?), responsable, conscient des erreurs du passé, tout en étant tourné vers l’avenir (incroyable d’ailleurs qu’Hollywood soit capable de mettre en scène sa propre disparition sans y voir le moindre sens, à moins d’admettre que la machine n’ait pas de conducteur, à l’image du capitalisme qu’il promeut ? cf Le Capitalisme est-il moral ? d’André Comte-Sponville)

Comme l’écrit si bien Manuel Rodriguez Rivero dans El Pais : « Obscurité et peur, en définitive, sont le reflet de l’absence d’espoir. […] Peut-être avons-nous besoin d’organiser notre pessimisme en force ? ». Entre animalité et catastrophisme, je vous souhaite, en 2010, l’espoir d’aller vers le meilleur, et la force, chacun à son échelle, de le réaliser.

Mathieu V.

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2 réponses à L’Apocalypse : ultime utopie ?

  1. Augustin B. dit :

    2 idées, sans lien l’une avec l’autre, que ton article m’a inspiré.
    – Ce matin, sur France Inter, Pierre Rosanvallon, qui dirige la « République des idées » se demandait pourquoi notre société évolue vers une telle acceptation des inégalités. Il ne se demande pas si les inégalités sont bien ou mal; nécessaires ou à combattre mais pourquoi un peuple considérait comme inadmissible certaines situation d’injustices et pourquoi ces mêmes situations d’injustices sont tolérés.
    En 1970, la CGT proposait dans son programme à l’attention du gouvernement de limiter l’amplitude des salaires de 1 à 6 (personne ne pouvant gagner 6 fois plus qu’un autre). Encore une fois, l’idée n’est pas de juger de la pertinence de cette proposition mais de s’interroger sur le fait qu’à cette époque personne trouvait cette idée insensée ou utopique. On pouvait être pour ou contre, mais il fallait argumenter et elle était prise au sérieux. Aujourd’hui où les traders mais également l’étage au dessus de nos têtes dans les bureaux peuvent gagner 100 fois plus, on peut légitimement se demander: qu’est qui a pu bien se passer?!?

    – Comme tu le dis à propos de 2012, Hollywood et le Capitalisme ont cela de commun qu’ils ne sont que des ventres: ils vont là où il y a de l’argent à manger. Rien d’autre. Comme le dit André Compte Sponville que tu cites, le capitalisme n’est ni bon, ni mauvais, il est a-moral. C’est un ventre. Si tu proposes à Hollywood qui est sûr de faire un maximum d’entrées mais dont le sujet est de dire que Hollywood c’est Satan, Hollywood dira « banco ». Peu importe le sujet, c’est le profit qui compte (surtout dans une industrie qui en permanence à la recherche du jackpot). D’ailleurs, les films 100% Hollywoodien qui égratignent la machine à rêves sont légions: « Les ensorcellés »; « The players »; « Sunset boulevard »; « Le dernier nabab…Des films géniaux au passsage….

    Augustin B.

  2. marie collins dit :

    Les animaux ne sont pas capitalistes. Pitié pour eux ! Le mépris des bêtes, lui, est en quelque sorte capitaliste… et monothéiste.

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