« Gomorra » : l’homme-animal


L'homme-animal

Portrait de l'homme-animal

Des humains, aujourd’hui, dans leur vie de tous les jours sauf que… on est en Italie, dans le cœur en béton de la camorra, à Scampia, une cité navire, une cité monde, de couloirs interminables en appartements poussiéreux la même misère. Le dédale d’une humanité qui se perd, s’évide dans l’écho froid des coups de feu. Scampia fait l’effet d’une malédiction séculaire, reproduite à chaque génération, la suivante toujours plus féroce que la précédente. Dans Gomorra, on nait condamné. Condamné à l’inhumanité. La lutte à mort contre l’Autre, fut-il du même camp, fut-il votre frère. La lutte que l’on sent, pressent, prépare, subit, encaisse, réplique. La lutte chaque instant. Gomorra ne laisse respirer le spectateur qu’à la fin du combat. Le monde est animal dans Gomorra et le pire toujours ce qui se produit. L’instinct prédomine et les armes le moyen de le suivre. Chez l’homme-animal, le mal n’existe pas, le combat est si intense qu’il ne permet pas le questionnement. L’interrogation ne peut venir qu’après la survie. Dans Gomorra, l’homme-animal ne cherche pas à fuir son milieu, il se laisse bercer doucement par l’instant, comme si ce que lui a enseigné la nature, à travers les générations, l’empêche de s’adapter à son environnement. Un environnement qui a changé, désormais hostile parce que désespéré. Alors Gomorra, au delà de la triste réalité, miroir exacerbé de ce que nous vivons à un moindre degré et à plus grande échelle? Gomorra montre des humains de laboratoire, une humanité qui mijote dans sa marmite hermétique où l’on étouffe. Le plat a le goût de la mort. Le film montre également des êtres humains qui ont cessé de se comporter en tant que société, qui ont régressé. Les comportements collectifs sont temporaires et seulement guidés par les impératifs du moment: la proie trop grosse pour un seul est mise à mal par le groupe. On s’arrache les restes de la dépouille, chacun repart avec ses lambeaux les dévorer dans la pénombre.

Mathieu V.

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2 commentaires pour « Gomorra » : l’homme-animal

  1. VONBRAUNSTUTZER dit :

    Une hypothèse et une observation, appuyées par la préface, par Jean-Claude Michéa, du livre de Christopher Lash « La Révolte des Elites » (que tu m’as passé hier) et par le film « La Fabrique des sentiments » de Jean-Marc Moutout, sont entrées en interaction à la lecture de ce titre, « L’homme-animal »:

    – on peut imaginer que l’obstination de l’homme moderne à souhaiter vivre « à la marge » le conduise finalement, bien malgré lui, à demeurer dans la norme. On peut aussi supposer que c’est à l’instinct animal qu’il doit l’emprisonnement né du besoin permanent de transgresser les règles. Car si l’homme qui pense était conscient de l’issue d’une telle attitude, il choisirait, raisonné qu’il est, le comportement inverse (rester dans la norme). Or s’il crée des règles qu’il feint de récuser (en vivant sans cesse à la marge), c’est qu’il est peut-être plus guidé qu’il ne le pense par le primate qui sommeil en lui. Il faudrait mettre cette animalité en perspective avec une citation lue, je crois, dans les « Nouveaux écrits de Rodez » d’Antonin Artaud : « la contradiction est la condition nécessaire à l’équilibre de l’homme ».

    – Elsa Zilberstein est à la fois l’être ultrasensible en mal d’amour, heurtée par les petits événements de l’existence, et la personne brillante, assurée et quelque peu autoritaire d’un cabinet de notaire réputé, où elle est en passe de devenir associée. Soit deux facettes de l’homme moderne que nous côtoyons à longueur de journées, en entreprise et en dehors (quand l’entreprise nous accorde le répit que l’on prétend juger insuffisant), cet individu normé à la psychologie ambivalente, à l’animalité schizophrénique.

  2. augustin dit :

    Gomorra est une claque. Ca arrive de temps en temps…un film qui montre le monde tel qu’il est et tant pis si ça gratte…comme si on t’obligeait à renifler une merde…Impossible de faire semblant de ne pas voir ni de ne pas savoir…On retourne (après avoir tenter pendant quelques siècles de se civiliser, et donc d’échapper à sa simple animalité) à l’aspect le plus primaire de l’être humain: la survis, impliquant de traquer pour ne pas être traquer…la loi de la jungle…L’homme-animal dont tu parles…La Camorra n’est qu’une catharsis du monde actuel…

    Si la Mafia italienne est aussi monstrueuse que ce film la dépeint, pourquoi existe-t-elle depuis 150 ans? Gomorra présente magistralement l’aspect tragique de certain destin individuel mais mal la raison d’être collective de la Mafia. La mafia défend les intérêts , protège, soigne, ceux qui y adhèrent…La Cosa Nostra est une identité, c’est une appartenance, des valeurs, tout un corpus qui structure. Car si l’homme est animal (bien représenté dans le film), il est également social (moins bien représenté). L’homme vit en meute et défend son groupe. Il y a de la fausse naïveté dans ce que j’écris, mais je m’interroge sur la longévité d’une mafia présentée comme simplement monstrueuse…elle doit remplir par ailleurs une fonction bénéfique mais que mes peu de connaissances sur le sujet m’empêchent de définir précisément….

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