« Head-On » : sommes-nous seulement des électrons ?


Head-On sonne d’abord comme une interrogation. Pourquoi le choix de ce titre pour le film allemand réalisé par Fatih Akin, issu de l’immigration turque ? Est-ce parce que ses personnages principaux sont des êtres fulgurants, qui foncent la tête la première contre/vers leur destin ? Ou bien plutôt parce que c’est ce même destin qui leur assène de véritables coups de tête d’une rare violence ? La vision du film ne permet pas d’apporter une réponse claire à ces questions. Head-on raconte une histoire d’amour impossible entre deux individus aux trajectoires diamétralement opposées. Lui, brisé par la mort précoce de sa femme, seul, sans amis, vivotant de boulots minables, sans projets, animé d’une pulsion autodestructrice certaine. Elle, animée de cette même pulsion mais pour des raisons contraires, bridée par les traditions familiales, et dont seul le mariage permettrait émancipation. Il ne pense qu’à mourir, elle ne pense qu’à vivre. Leur rencontre est le fruit du hasard, et l’union apparaît comme le moyen le plus sur de leur survie immédiate. Comme des électrons, ils s’attirent au premier contact, se tournent autour dans un manège d’attraction-répulsion, et pourraient physiquement fusionner dans un bonheur commun. Comme en physique quantique, ils sont potentiellement ensemble et/ou séparés, mais l’intrusion de l’observateur externe (l’environnement réel) détermine leur état, et la possibilité de réalisation de la fusion attendue. Le monde donc, inévitablement d’abord, inexorablement ensuite, les sépare pour des raisons extérieures à leur volonté. Comme soumis à une attraction trop forte, à une force centrifuge qui les éloigne désormais l’un de l’autre, ils suivent la trajectoire assignée par un destin dont la finalité leur échappe. Ils subissent, ils souffrent dans leur corps et dans leur âme de ne pas comprendre, de ne pas pouvoir emprunter un autre chemin. Un autre chemin, oui, une divergence possible à cette voie tracée d’avance qui un instant leur fut offerte, mais s’est évanouie sans même leur laisser une chance de l’emprunter. De ce noir constat Fatih Akin tire peut-être et paradoxalement un message positif et réaliste. Meurtris, séparés, ses personnages finissent cependant par vivre dans la mère patrie turque, comme si, sans même se réaliser, l’idée que le bonheur était accessible aurait suffi à les sauver. A moins qu’ils ne soient désormais des êtres fantômes, incapables d’éprouver le moindre sentiment pour en avoir déjà trop vécu. K.O. par Head-On ? Libre à vous de choisir. J’ai choisi. Et j’ai pleuré.

Mathieu V.

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Un commentaire pour « Head-On » : sommes-nous seulement des électrons ?

  1. DeepEast dit :

    Film poignant, voir révoltant pour certains. Il met en avant une facette de la société turque d’aujourd’hui. Finalement, il est bon d’être un électron, tout dépend de l’atome autour duquel on tourne. Des histoires comme ça il y en a beaucoup, mais qui malheureusement n’ont pas la chance de connaitre l’amour comme ces deux personnages. Je l’ai trouvé très bien fait, très réaliste, à part quelques moments d’égarement trop artistiques, mais c’est la touche de F. Akin. Je vous conseil son autre fil: « De l’autre côté ». En tout cas, c’est un réalisateur prometteur. DeepEast

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