“Les Maçons du coeur / Extreme Makeover Home Edition” : deux autres facettes de l’Amérique


Ty, présentateur-vedette des Maçons du Coeur

Ty, présentateur-vedette des Maçons du Coeur

Comme le dit si bien Augustin B., chroniqueur dans ces pages, il existe deux Amériques : l’Amérique rêvée et l’Amérique vécue. A fortiori lorsque la vision vient d’un observateur extérieur, européen par exemple. Mais une autre dualité coexiste également avec cette vision et la complète, celle d’une Amérique de fiction et d’une Amérique réelle, entre le Way of Life supromu de la télévision nationale américaine et le vécu de populations si hétérogènes, une distance donc, une mise en abîme de ce décalage entre le réel et le fantasmé. Le meilleur et le pire sont ainsi offerts dans une similitude de valeurs et d’intensité sur le petit écran. L’émission Les Maçons du coeur, diffusée sur TMC via la TNT pour notre plus grand bonheur français incarne à la perfection cette apparente dualité. Le titre lui-même tel que traduit est un appel au commentaire sans fin de cette Amérique qui nous fascine par sa richesse humaine, et nous effraie de sa froideur toute Orwellienne. Le concept de l’émission consiste à détruire puis construire et équiper entièrement en sept jours une maison dont les occupants ont été choisis pour avoir été particulièrement confrontés aux rigueurs de la vie ou, pour ne citer personne, « aux coups de hâche du destin ». Les heureux élus donc, souvent en grande détresse financière voire sanitaire, se voient ainsi offrir une deuxième chance en recevant un cadre à même de les promouvoir en tant qu’individus. L’originalité de cette télé-réalité « sociale » tient à la combinaison, totalement naturelle aux yeux d’un américain, mais toujours surprenante pour un autre, de l’initiative privée et de la solidarité sociale. La maison est construite par des entrepreneurs qui contribuent gratuitement à la construction, souvent aidés de la police ou des pompiers locaux. Une aide symbolique (ex: planter quelques arbres du jardin) vient également du voisinage et des amis. La chaîne de supermarchés Sears fournit gratuitement l’électroménager et les éléments intérieurs. Voisins, producteurs de l’émission, officiels, travaillent main dans la main pour fournir à la famille les clés d’un nouveau bonheur. Le présentateur parle systématiquement de communauté pour désigner indifféremment les individus gravitant autour de la famille. Cette dernière peut être, suivant les cas, et parfois conjointement, la communauté de race, d’origine géographique, de religion, de quartier. L’émission montre la réalité tangible de ce niveau social intermédiaire, entre l’individu et la société, comme palliatif naturel à l’absence de l’état. A titre d’exemple, c’est le maire de la commune lui-même qui vient inaugurer le parc municipal rénové du quartier, laissé à l’abandon par les pouvoirs publics et que l’émission a permis de rénover en plus de la maison ! Peut-être l’européen traditionnel que je suis y verra une manifestation éclatante et surtout navrante du libéralisme dégénéré, à moins que la communauté ne soit en fait le ciment de ce mode de fonctionnement sociétal, avec une activité réelle et une très forte emprise sur le quotidien, bien plus significative que dans nos vieux pays occidentaux. Peut-être même aussi une réflexion sur sa nature constitue, non forcément une solution, mais bien une piste de réflexion sérieuse pour notre propre solidarité sociale en déréliction ? La diminution de l’emprise de l’état dans la société française actuelle et des organismes sociaux n’est malheureusement pas encore aujourd’hui compensée par l’essor de structures intermédiaires de solidarité sociale. Du fait de l’inadaptation culturelle à l’évolution du système, le vide apparaît chaque jour plus béant. L’on redécouvre cependant en ces temps de crise, les vertus de l’entraide par le voisinage et l’on s’échange mutuellement les bons tuyaux permettant de s’en sortir « pour moins cher », signe que cette solidarité ne demande qu’à être encadrée, favorisé et développée par de micro-actions concrètes au niveau du quartier ou de la ville.

Les Maçons du coeur apparaît donc comme une émission paradoxale et intrigante au premier abord, avant de devenir un axe original pour observer cette Amérique infiniment diverse, riche de sa complexité, malgré la grille de lecture souvent unilatérale et réductrice que nous lui imposons. Pour information, Extrême Makeover est également le nom d’origine d’une autre émission, beaucoup plus trash celle là, et également diffusée sur Teva : Relooking extrême, qui montre dans les moindres détails les multiples interventions chirurgicales (une dizaine en moyenne) qui vont également changer la vie des cobayes humains élus. Formidable Amérique.

Mathieu V.

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