1h18 de tragédie


18809068_w434_h_q80

Voici un film mettant en scène Edmund de douze ans au lendemain de la capitulation allemande. Voici un film sur l’errance d’un jeune garçon malmené dans les rues dévastées de Berlin. Voici un film sur le désespoir et la culpabilité d’un être ouvert au monde qui, à force d’être blessé moralement, rejeté, floué et brutalisé à l’aune de son existence, décide de se donner la mort. Voici un film tragique auquel chacun peut s’identifier, un film qui rappelle la douleur et ravive les vieilles plaies : il n’est pas commun de voir un enfant cassé par tant de douleur, d’humiliation et d’injustice, un visage d’ange baignant dans l’inhumanité. Rossellini oublie la fiction et donne naissance au réel. A chaque nouvelle mésaventure, on assiste à la dégradation progressive de l’état mental d’Edmund. Que va-t-il à nouveau subir ? Quel nouveau profiteur malsain va-t-il se présenter à lui ? Et quel apaisement peut-il trouver dans ce décor d’apolcalypse ? Rossellini n’en sait rien, alors Edmund n’évolue vers rien, marche nulle part, tape dans les cailloux, tâche en vain de trouver de la compagnie, poursuit sa route, se cogne la tête contre ses pensées, contre la mort du père, contre des décisions prises pour le bien-être d’une famille qui crève de faim. Voici un film tragique et beau qu’il est permis de supporter des dizaines de fois, comme si, à chaque nouvelle séance, l’on comprenait mieux pourquoi Edmund en vient à commettre l’irréparable. Alors, le titre ? Allemagne année zéro.

Matthieu Z.

Publicités
Cet article, publié dans The Movie Library, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour 1h18 de tragédie

  1. Mathieu V. dit :

    Cette belle critique d’un film basé sur l’image de l’enfant innocent, livré à la violence naturelle sans limites des adultes, me ramène en flash sur un autre film, plus contemporain et qui je pense, est son héritier direct en émotion, : »Le Livre de Jérémie »d’Asia Argento (« The Heart Is Deceitful Above All Things » ). le petit Jérémie y subit la violence psychologique et physique d’une mère à la dérive, et devient ensuite presque lobotomisé par l’éducation religieuse fanatique de ses grands-parents. Les deux partis se l’arrachent comme une chose dans une spirale sans fin… »il y a toujours plus profond que le fond »; et on y trouve l’homme, bourreau comme victime.

  2. Augustin. B dit :

    Je garde pas un grand souvenir de Allemagne Année Zéro. Ce qui me passionne avec ce film, c’est qu’il a crée un style Il faut trouver un nom à tout donc on a désigné ça le néo-réalisme. C’est un moment rare la création d’un style (voir ce que dit Céline sur ce sujet), 5 ou 6 fois par siècles… Je ne parle pas d’un style personnel mais d’un style qui s’impose à tous. Plus personne ne pouvait sérieusement faire du cinéma sans prendre ne compte le film de Rossellini. C’est un film charnière. Tout (ou presque) écrivain, musicien, cinéaste a la volonté de révolutionner à jamais son Art, la majorité arrive au mieux à avoir leur « patte ». Il n’y a pas de mépris dans ce que je dis. La création d’un style, c’est la rencontre d’un Moment, d’une Technique, d’un Homme et d’un Public. Dans le cas de Allemagne année zéro: l’Allemagne d’après guerre, une caméra plus mobile, Rossellini; les cinéphiles français. Quelle sera la prochaine révolution stylistique?

  3. cinethinktank dit :

    Augustin:
    Oui. J’ai justement voulu éviter de parler de “néo-réalisme” en livrant cette vision du film tant la création d’un style, il me semble, n’était pas, pour Rosselini, une priorité. Je pense en effet que ca n’est pas par le simple fait de vouloir créer un style qu’on y parvient: il doit seulement exister une nécessité profonde et une manière singulière de l’exprimer. Après, le reste (ce “style”, même), c’est beaucoup d’analyses d’experts…
    Mathieu:
    “L’homme, bourreau comme victime”, la violence sans limite d’une humanité par ailleurs capable d’aimer, la schizophrénie maladive de l’homme…c’est le vrai sujet sur lequel on cherchera toujours à travailler, qu’on ne résoudra sans doute jamais. Allemagne Année zéro est au mieux une bonne piste de réflexion… mais quelle est la clé? Je pense aussi, en sortant de “La Vie moderne”, de Depardon, que je viens de voir au cinéma, à cet homme qui progresse/régresse, qui aime la terre mais fait tout pour s’en écarter…l’homme, ce petit truc paradoxal, c’est infernal!
    Matthieu Z

  4. Augustin. B dit :

    Ce n’est pas est pas une bataille d’experts…Je pense qu’il y a une première vision d’une oeuvre: brute, émotionnelle, personnelle. La plus importante. Il y a également une deuxième, également importante, celle qui replace l’oeuvre dans l’histoire son propre Art. Car on comprend bien un artiste quand on sait contre quoi et avec quoi il a crée. Je pense que nous ne somme pas d’accord là-dessus. Mais il ne faut pas mépriser le travail de « passeur » (ce que tu appelles « experts »), puisqu’ils transmettent, avec tout le côté professoral dont on peut bien se moquer, en donnant envie aux autres de découvrir les oeuvres qui les ont marqués. CTT est en cela un passeur. L eloueur de vidéo club est un passeur. Et toute cette ligne de passeurs fait qu’aujourd’hui nous parlons de Allemagne Année Zéro.

  5. cinethinktank dit :

    Attention, je ne confonds pas passeur et expert. Je m’intéressais ici, simplement, à ce que l’on appelle un « style », qui n’est pour moi qu’une dénomination souvent livrée par « l’expert » et qui ne reflète pas toujours la volonté de l’auteur à l’heure de créer… mais je t’accorde qu’il est bien nécessaire de devoir « classifier » tel ou tel type d’artistes pour se repérer dans toute cette création!
    Matthieu Z

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s