La pensée large de Pierre Boulez


Action-painting, Jackson Pollock

Ce qu’il faut reconnaître au compositeur Pierre Boulez, au travers de l’exposition, mêlant oeuvres graphiques, littéraires et musicales, qui lui est actuellement consacrée au Louvre, c’est avant tout le talent de chercher à établir des passerelles entre les arts. Pierre Boulez rend ici hommage aux liens qui existent entre différents mondes artistiques, mettant en rapport Messiaen, Klee, Debussy, De Stael, Pollock. Mais l’exposition ne se cantonne pas à la recherche d’influences. Ce qui ressort surtout, c’est une conception de l’art qui interroge le concept même de création. Pour Boulez, comme pour d’autres défricheurs tels, aujourd’hui, John Zorn, Sonic Youth, Lars Von Trier, Anne Teresa De Keersmaeker, Jérôme Bel, ou de leur temps, Gainsbourg et Miles, le décloisonnement est un impératif, et se vit comme une nécessité. Et si ce principe s’applique au monde de l’art, le spectateur, ou l’auditeur, ou n’importe qui, doit y voir une leçon de vie. Evidemment, cette « pensée large » ne fonctionne sans une certaine forme de « renaissance » qui lui est indissociable. Le compositeur l’explique de manière détournée dans une interview accordée à Télérama : « Sauf en médecine et en chirurgie, le spécialiste, voilà l’ennemi d’aujourd’hui ». Cette méfiance à l’égard du spécialiste, c’est la même que celle de Gilles Deleuze à l’égard d’experts dont il avait subit les attaques pour avoir, sans être philosophe, osé faire de la philosophie. On peut en effet voir dans l’expertise, si celle-ci est mal « pratiquée », le risque de s’enfermer, de ne pas voir ce qui est exploitable ailleurs. D’où l’importance de se ré-inventer, de porter un regard neuf, de se faire violence, de renaître, c’est-à-dire, comme l’explique Boulez, de recouvrer une « sauvagerie primitive » ou, en allusion aux pratiques des civilisations durant la révolution culturelle de Chine, de « se purger de son sang quand on se sent menacé de congestion ». Et, enfin, de s’interroger sur le fait même de l’existence de l’oeuvre, l’un des axes de l’exposition. Quels sont les stades de l’oeuvre ? Inachevée ? Finie ? Qui peut le dire ? Personne. L’oeuvre existe, envisagée comme processus, à n’importe quel stade.

Matthieu Z.

Publicités
Cet article, publié dans Passerelles entre les arts, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s