Bilan d’un matin de décembre (08)


Au terme d’une nuit agitée, malade, deux films ont surgi :

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Flandres de Bruno Dumont, à voir comme on observe un tableau, un plaisir pour les yeux et une merveille d’animalité dans l’interprétation, une œuvre qui se passe volontiers de dialogues qu’on a de toute manière du mal à comprendre. L’homme est brutal, l’homme est petit, lui qui est, pourtant, si apte à saisir la manière dont il déraille. On fait ici partie intégrante du film, on vit, on est, d’avantage qu’on parle, qu’on cherche à comprendre. C’est tant mieux : se passer des mots soulage, parfois.

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Le Premier venu de Jacques Doillon parle, lui, bien plus. D’ailleurs, il est d’abord énervant pour sa mise en scène alliant assez mal spontanéité du jeu des acteurs et écriture très étudiée des dialogues. Ce côté à la fois authentique et artificiel, un peu précieux mais totalement assumé, des cinéastes de la nouvelle vague – on pense à Eric Rohmer (Ma Nuit Chez Maud, Conte d’été…). Un malaise qui se dissout vite, cependant, grâce au singulier Gérald Thomassin : petit homme démuni et violent, brut et mal foutu, qui éclipse tout le reste, donnant tantôt l’épaisseur nécessaire à la tragédie, tantôt la légèreté utile à la comédie. Et Doillon de savoir enfin capter un morceau de la condition humaine, la personnalité d’un être oscillant entre deux états paradoxaux, l’être hésitant, l’être qui se ravise.

Dans le bilan d’un matin de décembre, il y a aussi la peinture ci-dessous, Chartres, de Gérard Garouste, qui me pousse à m’interroger sur le lien de l’artiste avec les surréalistes, et Dalí en particulier.

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Une vision « surréaliste » complétée par l’écoute, presque instinctive, des Gnossiennes d’Erik Satie, dont l’intensité magique résistera probablement plus au temps que n’importe quelle composition du début de ce XX° siècle français, Debussy, Ravel, Fauré, Saint-Saëns compris. L’œuvre éternelle d’un précurseur où résonnent simplicité, impertinence et liberté artistique totales. Questions, soudain, encore : peut-on être nostalgique d’un mouvement, d’un courant artistique, sans les avoir vécus ? Peut-on se passer de contexte ? Peut-on exister sans l’histoire ? Comment crée-t-on un courant ? En somme nous capables ou est-ce le contexte qui en est responsable, en nous conduisant à agir en réaction à ? Dans les rues de Montmartre, où il est permis de se promener le samedi après-midi, nous n’oublions jamais de passer rue Cortot, où Satie écrivit, à la fin du XIX°, ses Gnossiennes. Rue Junot aussi, où Tristan Tzara se vit ériger une bâtisse aux formes triangulaires sans doute aussi improbables pour l’époque qu’aujourd’hui.

Matthieu Z.

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