Le noir constat & l’espoir de l’Autre


L'essence du dialogue...espoir pour 2009

L'essence du dialogue... espoir pour 2009

Evidemment, inévitablement presque, on ne pouvait finir cette année 2008 catastrophique et commencer la suivante sans un conflit armé de grande ampleur, afin de rappeler à tous que l’espoir semble parfois si vain. Tant de peine et de douleur, à travers ces images qui, malgré la répétition et la censure nous atteignent toujours (Les salauds, ils nous en ont presque gâché Noël ! On était si bien autour du sapin symboliquement rassurant !). Tant d’incompréhension et d’absence dans le fanatisme partagé que la conscience qui fait de nous des hommes apparaît comme un accessoire inutile, un appendice atrophié de ces corps qui ne pensent qu’à se détruire. Tant de mépris enfin, de cette civilisation plurimillénaire envers sa propre histoire inextricablement mêlée, dans la reproduction de ces tragédies, fondatrices de l’inconscient collectif, et dans l’ignorance des leçons qu’elles apportent.

Il ne s’agit pas ici de dénoncer un combat inique et sans issue, ce qui au mieux engendrerait la polémique dans la logique du « pour ou contre » ou « qui de l’œuf ou de la poule a commencé le premier ? », mais plutôt de chercher les éléments et les signes permettant le retour de l’homme vers sa propre nature, une nature fondamentalement empathique, consciente de l’autre, une nature dont il s’est tellement éloigné qu’il en a perdu la notion du sens pour ne plus tourner qu’à vide.

Ce noir constat s’applique aussi bien dans ce conflit que dans la sphère économique par exemple. La financiarisation de l’économie l’a détachée de la production réelle de biens et services, pour ne plus vivre que par et pour elle-même, et par là elle a détruit le lien physique qui l’unissait à l’activité de l’homme, à l’unité de travail, tangible et mesurable. Ce que nous subissons aujourd’hui n’est que la conséquence de ce détachement entre la performance et l’activité réelles d’une part, et la valorisation déviante, trompeuse, qui en est faite par les agents du marché d’autre part. De la même manière que l’homme a perdu le lien qui l’unissait à la planète, il a détruit désormais le lien, compréhensible par tous, qui pouvait unir l’homme au système qu’il a lui même institué, au profit de fils cachés dont on ne sait qui réellement les tire (cf. la question de la traçabilité des flux financiers, centrale dans cette déconnexion). En d’autres termes, l’homme moderne s’échappe à lui-même, par le fanatisme d’un point de vue religieux et politique, par le consumérisme d’un point de vue économique.

Lui que l’on a tourné vers la culture du « toujours plus » éternellement insatisfait, vers l’individualisme sans frein collectif, vers la vénération du principe d’un futur meilleur, il en a perdu son sens et sa place. Dans sa quête d’accomplissement du moi, il en est venu à considérer l’autre comme un moyen, par principe. C’est cette transgression, cette méprise encore que l’on voit à l’œuvre dans la politique ou dans l’économie. C’est le « Moi » étatique, aveugle à la souffrance, d’Israël à ceux qui ne sont pas de son peuple ; c’est le « Moi » également aveugle du trader sur la place, qui joue avec les matières premières et plonge le monde dans la famine. La suprématie du « Moi » au fond, c’est la négation de la conscience, c’est la fin de l’éthique, ce que traduisait magnifiquement Christopher Lasch dans La culture du narcissisme.

Lorsque Emmanuel Kant nous demande de traiter toujours autrui comme une fin et non comme un moyen, il aspire en fait à nous faire considérer autrui comme un autre soi en puissance, avec peut-être des aspirations on ne peut plus contraires, mais avec la même légitimité à la parole et à l’action. L’impossibilité du dialogue israélo-arabe aujourd’hui ne vient-elle pas du fait que de chaque côté, l’autre, l’adversaire, est instrumentalisé dans sa propre argumentation, qu’il n’est pas considéré comme un humain en égal, susceptible de recevoir, d’accepter de promouvoir le dialogue et y apporter une réponse valable ? Lorsque les acteurs du système financiers n’accordent plus leur confiance qu’à eux mêmes en tant qu’agents individuels et non plus au système, autrui n’est plus qu’un instrument de sauvetage du « Moi », le système panique, détruit la valeur ajoutée de la confiance accordée, et s’effondrerait sur lui-même sans action concertée (qui reste souvent insuffisante), comme on l’a vu cette année.

Puisque l’autre est un moyen, sa parole n’est qu’un instrument sans valeur qu’on ne peut considérer. On ne peut espérer d’autrui qu’il prenne en compte nos propres considérations, à partir du moment où nous lui refusons ce droit. Oui, l’homme s’échappe alors à lui-même et, sans le garde-fou que représente la légitimité accordée à l’existence d’Autrui comme fin, la dialectique est rompue, et l’homme évolue sans autre but que l’accomplissement vain du soi par soi, et menace ainsi la survie de l’espèce toute entière. Comme un individu les yeux bandés, il ne peut savoir si ce qu’il touche est l’inoffensif bonbon-récompense ou le détonateur de la bombe qui nous détruira tous car la pièce-monde est remplie des objets les plus divers, des plus sensibles aux plus vils, des plus innocents aux plus ultimes qu’on ne peut connaître qu’en les touchant. Il ne dispose plus des moyens d’apprécier ces caractères en refusant la parole (avertissement, encouragement, conseil) de celui, tout aussi aveugle, qui perçoit la chose sous un autre angle.

On voit ici que seule l’approche duale permet la résolution du problème. Alors, avant même le dialogue, qui constitue l’unique chemin vers la solution, qu’elle soit économique, religieuse ou politique, repensons d’abord notre rapport à l’autre et à la manière dont nous le considérons, interrogeons-nous sur la place qu’il convient de lui donner et la légitimité que nous lui accordons comme interlocuteur. Essayons de retrouver en 2009 ce qui fait de nous des hommes, tout simplement. Et cela commence avec ceux qui nous entourent.

Mathieu V.

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