Cinéma d’évasion contre tourment d’information


L’apaisement éprouvé durant la période des fêtes, au cours desquelles certains auront cherché à se défaire du flux envahissant de l’information, n’aura pas duré bien longtemps. Dès la rentrée, en effet, la nécessité de se tenir à la page de l’actualité aura vite repris le dessus. Tout comme la fatigue consécutive à la quantité d’informations déprimantes à digérer. Tout comme l’irritation ressentie face aux annonces d’un gouvernement qui, loin d’être le précurseur qu’il désire incarner, colle bêtement à l’époque d’une insupportable compétition entre les hommes.

Mais ce qui irrite d’avantage, c’est que cette compétition est vendue par le pouvoir en place, avec ses opportunités, ses promotions, ses carrières, ses ambitions, comme une sorte de Graal à décrocher, tant il tient pour acquis que l’unique préoccupation du citoyen moyen, dorénavant, est la recherche du « plus haut niveau », sans le moindre égard pour des collaborateurs perçus comme de simples concurrents. Des rivaux, en somme, pour une conception bien peu évoluée de la vie en société. On assiste à un déplacement du système de l’entreprise en politique comme dans les autres secteurs de l’économie ou les milieux universitaires, et l’on est en droit de soupçonner que les ententes du gouvernement avec le patronat, qu’il n’a d’ailleurs jamais cherché à dissimuler, contribuent à cet état de fait.

La compétitivité largement répandue aujourd’hui en France va de pair avec une forte pression exercée sur les concitoyens face à l’urgence d’un mal à résoudre. C’est à ce niveau que les médias interviennent, multipliant les annonces autour de mesurettes lancées à tout va, dans la précipitation, et qui heurtent l’indépendance des institutions dans tous les domaines (économie, justice, éducation, audiovisuel, culture… en 15 jours à peine !). Et tout cela afin de résoudre une crise dont on subit, certes, les effets, mais que le climat d’anxiété généré par l’information à outrance ne fait qu’aggraver. Bref, il ne s’agit que de communication dirigée, celle-ci même qui conduit les masses à éprouver un sentiment d’insécurité. Et qui les pousse à se sentir redevables d’acquis pour lesquels elles se sont battues, tout en leur faisant croire à la nécessité de réformer pour qu’elles puissent en conserver une partie des bénéfices.

Ce constat m’amène à me poser la question suivante : l’homme, à force d’être sans cesse dérangé par une information nouvelle, ne met-il pas en danger sa capacité de réflexion, à long terme, sur un sujet donné ? Je pense en tout cas que cette réalité exige d’une part une réelle prise de conscience et la dénonciation qui s’ensuit, tout comme elle exige au quotidien un rôle actif d’isolement, par quelque moyen que ce soit. Le cinéma, dans cette perspective, joue un rôle essentiel.

Je pense au dernier film d’Agnès Varda qui, sans le vouloir, évoque la nostalgie d’une période où l’on prenait le temps. Je recommande vivement d’aller voir Les Plages d’Agnès car le film fait la promotion, sans le vouloir encore, de l’étonnement de la nature humaine, de la naïveté, de l’authenticité, contre la méchanceté, valeurs basiques qui paraissent aujourd’hui, à tort, dépassées voire méprisables. La sensibilité de la cinéaste est une poche d’oxygène dans un monde de la compétitivité et de la réussite à tout prix : c’est une valeur qui à tendance à se perdre, à l’image de celles du monde agricole que décrit La Vie moderne, le dernier film de Raymond Depardon. Et dire qu’il ne tient qu’à nous que de tels bijoux tiennent la dragée haute, au box-office, aux productions formatées, made-in TF1, qui mettent en scène le couple nauséabond Boon-Marceau… Mais d’abord faudrait-il reconnaître que si le cinéma est un art, la télévision, elle, n’est, pour l’heure, guère davantage qu’un meuble.

Matthieu Z.

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