Produced by David O. Selznick


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« La différence entre les autres producteurs et moi, c’est que je m’intéresse aux mille et un détails qui entrent dans la fabrication d’un film. C’est leur ensemble qui fait un grand film ou qui le démolit. Personnellement, je considère qu’il m’appartient d’être responsable de tout. »

Cet extrait est tiré du plus passionnant livre sur le cinéma. Ce livre est unique, son titre, lui, ne l’est pas : David O. Selznick – Cinéma Mémos.

Présentons rapidement le roi David. Il fait parti de ces immenses producteurs qui ont fondé Hollywood et qui ont fait du cinéma américain le premier du monde. Il a fait ses classes en travaillant pour tous les Grands Studios avant de fonder, en toute modestie, la « Selznick International ». Il a produit des centaines de films et parmi eux un film assez confidentiel et expérimental, Autant en emporte le vent

En quoi ce livre est exceptionnel ? Selznick avait plusieurs pathologies dont celle de passer ses nuits à dicter des mémos qu’il adressait à la terre entière. Des équipes entières de secrétaires prenaient le relais pour noter cet inépuisable monologue intérieur. La mention « Dictées mais non relues par David O. Selznick » était ajouté puis transmis à son destinataire. Un double était conservé. Rudy Belhmer eut le courage de s’atteler aux 2000 boîtes d’archives contenant les légendaires mémos, et d’en ressortir le nectar le plus savoureux. La lecture de ces mémos est passionnante. Comparaison n’est pas raison, mais c’est un peu comme avoir accès à la boîte mail de Luc Besson.

Selznick est maladivement perfectionniste, orgueilleux, colérique, impatient, bref, un bon producteur. Il s’occupe de tout, tout le temps et toujours. Imaginez la pire personne avec qui vous ayez travaillé : multipliez-la par 10, divisez par 2, puis multipliez par 1000 : David O. Selznick. Dieu merci pour le cinéma, le harcèlement moral n’existait pas à cette époque.

Ces notes sont de véritables bijoux. Aucune mention aux courants esthétiques, au génie d’un réalisateur, à la magie du cinéma. Ce qu’on y apprend, en plus de nous éclairer sur le mystérieux métier de producteur, c’est comment se fabrique un film et comment se gère une compagnie qui fait des films : les costumes, l’histoire, les budgets à tenir, le choix des acteurs, la publicité, les décors, la couleur de l’image…

« Les costumes dont je me suis plaint précédemment sont des chefs d’œuvre de coupe, comparés aux horribles costumes que je lui ai vu essayer samedi. Encore un tas de vêtements mal coupés et peu seyants que je n’avais jamais vu porter à un ouvrier, et encore moins à une vedette… »

Cerise sur le gâteau, ce livre est aussi une véritable leçon pour apprendre à dire « va te faire foutre » dans un mail tout en restant courtois et raffiné. Ça peut servir…

« Monsieur Hitchcock, je couche cela par écrit car il semble que le service de production éprouve quelques difficultés à exprimer clairement nos doléances, et je veux qu’il n’y ait aucun malentendu à aucun niveau, s’il devenait en définitive nécessaire d’en parler, soit à cause de votre incapacité, soit (et je deteste penser cela) de votre refus de comprendre ce dont nous nous plaigons… » Sacré David…

Augustin B.

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