Slumdog vs The Wrestler : la vie en noir, blanc ou gris ?


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Hollywood vient de consacrer lors de la cérémonie des Oscars la victoire écrasante de Danny Boyle (pas moins de 6 récompenses) avec le film Slumdog Millionnaire. Cette victoire est significative à plus d’un titre. En dehors de toute appréciation de la valeur artistique du film, elle entérine le rapprochement des deux plus grosses économies cinématographiques mondiales, Hollywood et Bollywood, le premier attiré en ces temps de crise par le formidable marché que représente le second, et le second tout heureux d’accéder à une renommée enfin mondiale, monopolisée jusque là par le premier, en dépit des barrières culturelles. On pourrait donc en déduire un peu simplement que les Oscars de cette année ne sont encore une fois qu’« une affaire de de gros sous » et une opération marketing de premier plan dans une industrie mondialisée. Mais au dela de la finalité financière évidente, que voyons-nous vraiment dans ce film ?

Obéissant aux canons BHollywoodiens désormais communs, on ne pouvait d’abord faire sans l’inévitable happy end, deviné après seulement quinze minutes, et qui marque une finalité insidieusement rassurante au regard du monde plus que jamais incertain dans lequel nous vivons. Cependant, ce qui apparaît par dessus tout dans cette oeuvre, et qui rassemble vraiment les deux industries, c’est la simplicité et l’unilatéralité réductrice des personnages dans leur relation à la vie. Le héros Jamal Malik possède un double en négatif, son frère. Compagnon d’infortune, ce grand frère protecteur absorbe pour notre héros toute la noirceur du réel à laquelle le terrible quotidien indien les confronte. Réceptacle de tout ce noir (en vérité, le réel) jusqu’à la mort, il permet à Jamal de rester dans le domaine du rêve et d’accéder à la lumière des projecteurs. Noir disparaît inévitablement, ne reste donc que le pur blanc. Par ce truchement (un destin, deux personnages), Danny Boyle évite les écueils de la description d’une personnalité complexe au profit d’un personnage monolithique attachant mais déconnecté du réel. En d’autres termes, il sert une vision de la vie fantasmée et binaire au dépens de la complexité irréductible de l’existence.

Lors de cette même cérémonie des Oscars lui était opposé le film de Darren Aronofoski, The Wrestler. The Wrestler, c’est d’abord l’histoire d’une vie, de la vie. Celle de Randy « The Ram » le catcher au bout du rouleau, celle de Mickey Rourke, l’acteur magnifique à la vie sinusoïdale, celle de chacun enfin, dans les gloires et les chutes, les heurts et les peurs que nous rencontrons tous. Une vie bien plus difficile à appréhender en somme, bien plus réelle. Randy s’apparente à « la bête » au sens le plus pur des films de Walt Disney. Un monstre physique au coeur fragile (au propre comme au figuré), à l’heure du bilan. Randy n’a pas toujours fait les bons choix, et tente de les corriger avant qu’il ne soit trop tard. Randy est d’une humanité bouleversante, car ni blanc ni noir mais bel et bien gris, avec des fulgurances vers une couleur ou vers l’autre, qui incarnent l’ambiguïté fondamentale de chacune de nos actions lorsqu’elles sont réalisées. Randy est fort et faible du corps et du coeur, bon et mauvais dans l’esprit et le comportement. Il se bat contre des adversaires monstrueux mais c’est la vie qui l’emporte au dernier round. La vie à la fois rude et sublime, avec les actes en suspens, le gôut des choses inachevées qui fait que notre destin nous échappe.

Ni The Wrestler ni Mickey Rourke n’ont gagné d’Oscar. Randy : trop humain, trop réel ?

Mathieu V.

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4 commentaires pour Slumdog vs The Wrestler : la vie en noir, blanc ou gris ?

  1. Merlin dit :

    La dream machine Hollywoodienne n’a pas fini de nous lobotomiser les consciences…..jusqu’a avoir tous la meme ?

  2. Aurélie D. dit :

    Mais enfin nous voilà cyniques au point de ne plus pouvoir apprécier un comte magique et poétique! C’est ça Holly-Bollywood! Croire que les rêves se réalisent si on y croit très fort! En tuant Dieu on a supprimé le fantastique et le merveilleux de nos vies, heureusement Holly-Bollywood ont pris le relais! C’est vital pour l’être humain. Vous ne pouvez pas comparer ces deux films, ils n’ont pas la même fonction, le même public. N’oubliez pas que le cinéma est d’abord un art POPULAIRE, il a été inventé dans des barraques forraines par des prestidigitateurs! Alors laissez les gens rêver si ça leur fait du bien, et allez plutôt à Cannes ou Sundance pour le réalisme et la réflexion.
    En attendant, champagne pour Slumdog et merci Aronowsky pour ton catcheur, ton cinéma digne des Cassavets et compagnie.

  3. Mathieu V. dit :

    Hello et merci pour ton commentaire

    Effectivement comparons ce qui est comparable. le but n’est pas de faire une critique de ces films mais de montrer l’orientation et les choix de l’industrie du cinéma à travers un éclairage que j »espère original. Cela ne veut absolument pas dire que Slumdog est mauvais (j’ai bcp apprécié ce film) mais simplement qu’Holywood privilègie une certaine forme d’idéologie qui peut se réveler néfaste si l’on ne l’approche pas avec le recul nécessaire

    Mathieu

  4. Aurélie D. dit :

    Hello et merci de la réponse

    c’est surtout le commentaire de Merlin qui m’a fait réagir. Hollywood nous lobotomiserait le cerveau? Enfin, c’est quand même là bas que sont le mieux défendu les droits des homos dans ce pays (Sean Penn/Gus van Sant) par exemple.
    En tout cas ces films déclenchent plus de passion que le cinéma français, et ça c’est déjà un constat intéressant.

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