Autopsie d’un meurtre


bassanatomy

Elle est usée, fatiguée, vieillie. Aidons la à mourir dans la dignité. Un enterrement de première classe avec tous les honneurs qu’elle mérite, car elle a été belle, combattante et aimante. Cette vieille dame dont je parle est l’expression : « cinéma d’auteur ».

Cette expression doit nous quitter car elle attaque ce qu’elle est censée défendre. Le « cinéma d’auteur » est aujourd’hui synonyme de films ennuyeux et tristes. Quelle confusion ! Mais c’est ainsi, abandonnons-la.

Feuilletons une dernière fois l’album de famille avant de le refermer. L’expression « cinéma d’auteur » est née au cœur de la douceur des années 60. Une petite bande de jeunes cinéphiles lui ont donné naissance. La bande des Cahiers, entre autres combats, avait celui de reconnaître au réalisateur le statut d’auteur. À l’instar d’un écrivain, d’un peintre ou d’un musicien, ils ne supportaient plus qu’un Alfred Hitchcock soit considéré comme un employé et que le film soit sous la bannière désincarnée d’un Studio. Ils ont donc imposé l’idée que certains films étaient l’œuvre d’auteurs. Des auteurs qui à travers leurs films dessinent une œuvre, impriment un style, une pensée.

Cette expression inclut, mais exclut également. D’où le combat : qui aura droit au Label Rouge, à l’A.O.C « cinéma d’auteur » ? D’où la dérive : qui sera le plus pur, le plus intransigeant, qui pactisera le moins avec les forces obscures du marché ? D’où la trahison actuelle : l’expression a été vidée de son sens jusqu’à devenir négative, un défaut.

On pourrait vouloir revenir à l’idée originelle et adopter la posture du gardien du temple qui « lui n’a pas trahit ». Mais pourquoi ne pas abandonner purement et simplement toute idée de classement entre les films ? Nous pourrions simplement nous poser 3 questions : ai-je pris du plaisir ? Etait-ce sincère ? Quelles lignes ont bougé dans ma tête ?

Et puis, juste avant de refermer le caveau, aidons aussi la cousine « art et essai » à rejoindre « cinéma d’auteur » pour les laisser toutes les deux reposer en paix.

Augustin B.

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