Une nuit à l’Assemblée Nationale


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Chemise boutonnée, coup de peigne dans les cheveux, voilà je suis prêt, allons à l’Assemblée Nationale ! Qu’il n’est pas glamour mon sujet du jour ! Ce lieu où se joue mal la comédie de la démocratie est pourtant aujourd’hui l’objet de deux débats techniques mais passionnants.

Première loi.

Jamais un sujet n’avait provoqué de telles réactions sur Internet depuis le référendum européen de 2005. Il s’agit de la loi Création et Internet ou la loi contre le téléchargement illégal. Je la fais courte : il s’agit d’un système de sanctions graduées passant par l’avertissement puis la coupure de la connexion Internet pendant quelques mois et finalement le paiement d’une amende de quelques centaines d’euros.

Ma position est qu’il faut récompenser le travail. Un film, un disque, c’est souvent 3 ans de travail pour plusieurs personnes, beaucoup de galères, de verres vidés, des nuits blanches et pour ceux qui débutent (et les débuts durent longtemps dans ces métiers), des pâtes en guise de compagnon quotidien. Tout travail mérite salaire. Point.

Et en même temps comment ne pas se réjouir que l’utopie de la démocratisation totale de la culture puisse enfin avoir lieu ! François Truffaut, Bob Dylan sont accessibles par tous, tout le temps et intégralement. Ca n’est pas la plus petite avancée pour la civilisation…

Le Far West d’Internet ne sera pas apaisé par cette loi. En l’état, elle ne sert qu’à sauver l’industrie musicale et cinématographique en place (ce qui n’est en aucun cas une urgence) et à enrichir Apple Store (le gros mammouth de demain).

Il faut être plus inventif. En vrac : 1) Faire en sorte que l’argent soit bien reversé aux créateurs ; 2) Baisser et graduer les prix : 50 cts pour les films de plus de vingt ans, 1 euros pour les films de plus d’1 an et 3 euros pour les films récents ; 3) Faire un principe de carte 12-25 avec d’importants discounts pour compenser le faible pouvoir d’achat des jeunes ; 4) Faire des chèques-cadeaux offerts pour les entreprises ou des bons de 50 euros offerts par les mairies pour les familles les plus pauvres ;  5) Éviter le monopole d’Apple et favoriser la création de plateforme de téléchargement où chacun aurait sa spécialité, ses coups de cœur, sa touche.

Reste des icebergs entiers que la loi ne traite pas : la gratuité qui est indissociable d’Internet, le « streaming », l’accès à Internet comme droit fondamental.

Deuxième loi.

L 622-1 du Code Pénal : « Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 Euros. »

Le film Welcome nous montre avec intelligence la stupidité et l’inhumanité de cette loi qui interdit d’aider un sans papier. Pour distinguer les passeurs de l’aide civique et fraternelle, Philippe Lioret propose que cette loi soit amendée en ajoutant quatre petits mots : « à des fins financières ».

Je réalise qu’une loi est un texte froidement juridique mais qui dessine les contours d’un nouveau monde possible, d’une nouvelle relation entre les hommes. L’origine de la loi est la crainte mais elle est source d’espoirs.

Augustin B.

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