Ponyo : l’essence de la perception


Ponyo

Chaque film de Hayao Miyazaki est présenté comme son « nouveau chef d’oeuvre ». Je ne l’invente pas, c’est dans la bande-annonce du film. Encore une campagne marketing rondement menée me direz-vous. Et bien « que nenni » cher lecteur, le personnage en question ne fait que des chefs-d’œuvre, et cela depuis très, très longtemps. C’est l’une des rares fois où la publicité est à la hauteur de l’oeuvre et en tant que telle, mérite d’être signalée.

Alors, naturellement, on s’interroge déjà sur l’objet de ce nouvel opus. Si l’animation semble spontanément destinée au jeune public, elle tend de plus en plus à pénétrer le monde des adultes (comme on en a déjà parlé dans « Valse avec Bachir : l’animation du réel » ). La filmographie prolixe de Miyazaki traverse des questions fondamentales : la relation de l’homme à la nature (Princesse Mononoke), le sens de l’histoire (Le Tombeau des Lucioles), la vie en société et les rapports politiques (Le Château ambulant) entre autres exemples.

Il advient également de manière récurrente dans ses oeuvres que le questionnement jaillisse du regard des enfants qui la traversent, un bourgeonnement de conscience sincère et lucide, une perception virginale et ô combien plus juste de l’essence des choses.

Dans Ponyo pourtant, le questionnement achoppe. Ce n’est pas un film mais un être à la logique propre. Même si l’hommage au compte d’Andersen est appuyé, Ponyo possède outre les caractéristiques de la fable toutes celles d’ une personnalité. Ce n’est pas un film mais un ami franc et sincère auquel il n’est pas utile de poser de questions. Une douce confiance lui est acquise et c’est en guide qu’il nous emmène avec lui dans le monde des possibles, le monde de Ponyo.

Miyazaki nous offre cette fois le commencement, nous montre le « premier » dans ce qu’il produit ensuite, l’amorce de ce que sera plus tard cette réflexion, comme une régression au seuil de l’enfance, lorsque la candide naïveté se teinte petit à petit de la réalité du monde.

Un retour donc vers la source du bonheur, vers cet état ou le merveilleux est accepté au même titre que le réel (on notera comme exemple l’attitude révélatrice des adultes de ce film, qui, à l’instar des peuplades indigènes, accorde autant de consistance au surnaturel qu’à son envers), lorsqu’un simple objet possède autant de vie que n’importe quel corps animé, lorsque l’imagination débridée sert d’étalon pour évaluer le réel. Le regard sans préjugés, le regard immédiat, l’essence de la perception, voilà ce que nous offre Miyazaki. A travers ce film, Il ouvre de nouveau au spectateur adulte la porte du regard de l’enfant sur l’infini des choses et des êtres, comme une madeleine bien connue, un parfum de ce que l’on a été, qui réenchante notre perception du monde. Mieux que cela, il réintroduit le rêve, le lyrisme le sublime, le métaphysique, dans cet univers froidement déterministe et soi-disant déterminé que l’on se plaît à décrire comme le nôtre.

Paradoxalement, en utilisant l’image extrêmement forte de la perception authentique du monde par l’enfant, Miyazaki rejoint la sphère du message bouddhiste, ou même chrétien, pour qui l’essence du bonheur, l’infini de la joie se trouve là où le regard daigne se poser, de la plus petite à la plus fragile des choses… comme Ponyo par exemple. Tout est dans tout, il suffit de savoir l’extraire. Avec le regard comme clé ? A chacun de se le prouver.

Mathieu V.

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