Le train n°7562 à destination de Cunlhat va partir


Film Paris_3816

Simple interrogation : Quel est l’intérêt de filmer (encore) Paris ?

Ce matin, je me promenais aux Buttes Chaumont et comme souvent, ça n’a pas raté : deux tournages de films. Idem pour le Canal Saint-Martin. Sentiment confirmé par les chiffres du C.N.C : en 2008, un film français sur deux est tourné à Paris, soit 110 films. 

Le nombre important de tournage à Paris s’explique par de réelles raisons pratiques (les gens du cinéma y vivent) et économiques (aides au tournage de la Mairie de Paris et coût plus faible du tournage). Essayons d’aller un peu plus loin que ces explications pragmatiques.

Jean Luc Godard dit que le but n’est pas de filmer un bel objet mais de bien filmer un objet. Paris est un trésor magnifique qu’on ne cesse de découvrir. Est-ce pourtant un bon cadre pour un film ? Si Paris n’avait jamais été filmé, je dirais oui bien sûr ! Mais quand on est le millième …

Peut-être a-t-on le sentiment qu’en filmant un lieu beau et agréable, le résultat à l’écran sera beau et agréable. Malheureusement ou plutôt heureusement, la relation bonheur ressenti bonheur à l’écran n’est pas automatique. Elle est peut-être même inversement proportionnelle : les lieux sans charmes sont souvent plus photogéniques. Les films américains se passent rarement dans de beaux endroits (et pourtant le pays n’en manque pas), mais plus souvent dans des banlieues sans intérêt, sur des routes sans passage, dans des bars sans ambiance. Pourtant, ces lieux sont sublimés par la caméra. C’est la revanche qu’offre le cinéma à la réalité. Le RER n’est pas loin.

Quelle que soit l’histoire que l’on choisit de raconter, le choix du lieu influencera cette histoire. Une histoire ne pourra pas se raconter de la même manière si on la filme à Paris ou à Orléans. Le métier des personnages, leurs vies, leurs conversations, leurs problèmes seront différents. A la lumière du chiffre d’1 tournage sur 2 à Paris, le danger de parisianisme du cinéma français est évident. Le TER n’est pas loin.

En parlant de son dernier film, La vie moderne, Raymond Depardon disait que filmer, c’est rendre éternel. En filmant les paysans de moyenne montagne, Depardon rend impossible leur disparition qui pourtant, en réalité, est imminente. Ainsi, le métier de réalisateur peut être vu comme celui qui consigne, témoigne et montre. Filmer ce qui n’a jamais été capté, montrer ce qui n’a jamais été vu, aussi belles soient-elles, les Buttes Chaumont n’y parviendront plus. Le TGV n’est pas loin.

Augustin B.

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