Le mystérieux geste de Bob Dylan


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Pochette de l'album "Nashville Skyline"

C’est un des mystères les moins connus de l’histoire de la musique : que s’est-il passé le 29 juillet 1966 sur la route de Woodstock dans l’Etat de New York ?

Des milliers de lignes ont été écrites sur l’idôlaterie. Des saints religieux aux stars du cinéma, l’Homme a toujours eu besoin d’admirer, apaisant ainsi les plaies d’un sur-moi atrophié. L’admiration renvoie à la quête de sa propre identité. Un guitariste débutant voit en Hendrix le guitariste qu’il voudrait être. Admirer c’est se tendre à soi-même un miroir magique où on peut s’imaginer soi-même en mieux. Il n’est pas étonnant que l’admiration survienne dans les deux périodes les plus propices aux questions existentielles et aux doutes : l’adolescence (admirations souvent artistiques) et la vieillesse (admirations souvent religieuses). La recherche identitaire comme clé d’analyse de la relation spectateur-artiste n’est que la face psychologique d’un dé qui en comporte bien d’autres, mais elle est le bon point de départ pour comprendre le besoin que nous avons de brûler les idoles…

La veille de ce bientôt fameux 29 juillet 1966, Bob Dylan est une idole absolue. Contre sa volonté, il est désigné porte-parole de sa génération. La jeunesse de cette époque projette en lui ses colères, ses désirs de libertés et ses besoins d’émancipation. Dylan va consciencieusement briser tous les miroirs qu’on lui tend. Dylan a d’abord été un chanteur folk racontant des histoires munies de sa simple guitare sèche et de son harmonica. Il fuit une première fois. En 1963, il arrive au célèbre festival de musique folk de Newport avec une guitare électrique et un groupe provoquant des « judas » du public. Dylan était aussi considéré comme le plus grand songwriter de cette époque. Ses textes étaient fortement engagés socialement. Rebelote, il brisa ce miroir en écrivant, dans les albums Highway 61 revisited et Blonde on blonde, des textes poétiques, complexes et dénués de tout engagement. Malgré ces deux ruptures, Bob Dylan incarne plus que jamais la modernité de la jeunesse. Un danger le guête…  

… car les idoles se brûlent ou sont brûlées. La presse people est pleine de ces mises à mort, exhibant les problèmes de drogues de l’un, les problèmes amoureux de l’autre et les pathologies de tous. Cette jouissance malsaine de voir chuter ce qui brille et qui a été porté aux nues relève à mon sens de la punition populaire. Le peuple punit celui qui a eu l’outrecuidance de sortir du lot, de faire rêver et de s’être trop amusé. Le peuple lèche, lâche et lynche. Il suffit de voir la fascination pour les années « beurre de cacahuètes » de Elvis ou celles « bistouris » de Michael Jackson pour se convaincre que, pour les gens, il n’y a pas de belle grandeur sans belle décadence. Voir cette vidéo où on sent la presse qui tourne autour de Dylan comme un vautour autour d’une animal agonisant :

Bob Dylan a-t-il pressenti ce triste sort ? Revenons à ce 29 juillet 1966. Les médias annoncent un grave accident de moto de Dylan. Tournée mondiale annulée. Cet accident a été au moins très exagéré, voire totalement inventé. Aucune photo de blessures ou de la Triumph 500 encastrée n’a été publiée.

Il profite de sa fausse convalescence pour disparaître. Il s’enferme plus d’un an dans une maison avec son groupe et compose sans fin et sans volonté de faire un disque. Il reste de ces milliers d’heures de musique ce qui fût le premier et le plus mystérieux disque pirate, Basement Tapes, qui finit par sortir officiellement en 1975.

En 1968, le monde entier s’époumone et s’engage d’un côté ou d’un autre. Seule la radicalité vaut respect, seule l’idéologie compte. C’est dans ce bouillonnement et dans ce bruit contestataire que Dylan revient avec deux sincères et sublimes albums country Nashville Skyline et John Welsey Harding enregistrés dans le Tennessee, lieu de l’Amérique éternelle, du parti Républicain et de Johnny Cash. Prenant cela comme une provocation, le public se détourne de Dylan, le laissant sain et sauf !

Souvent les gens pensent que Dylan est mort. Je pense que c’est le cadeau qu’il s’est offert : être libre de juste faire sa musique et de la jouer en concert… Fascinant cadeau, Bob.

Augustin B.

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