Droito-Gaucho : NO ! EURO-ECO !


Green europe

Au lendemain des élections européennes, les commentaires fusent sur la véritable « vague bleue » qui déferle sur l’Europe. On peut tout d’abord s’interroger sur les raisons de ce succès des programmes libéraux et conservateurs.

Le premier élément de réponse, dont on a déjà tant parlé sur CINETHINKTANK (« Obama : le retour du sens » ou encore « Le noir constat et l’espoir de l’autre »), c’est avant tout le réflexe de crispation en période d’incertitude et le repli vers les valeurs conservatrices, qui apparaissent comme des éléments rassurants face aux aléas de l’avenir.  Dans la même optique, l’Europe étant déjà majoritairement bleue, la nécessité de la continuité et la peur du changement ont également pu jouer.

Le deuxième élément est qu’il n’y a en revanche aucune unité (hors ce réflexe automatique) dans la victoire des diverses droites en Europe, qui obéissent quasiment chacune à des ressorts purement internes (faiblesse du parti socialiste et dispersion de l’électorat en France, demi-victoire en Italie, condamnation de la politique de Gordon Brown en Angleterre…). Il s’agit donc moins d’un plébiscite idéologique et d’un véritable choix de société pour l’avenir qu’un vote conjoncturel sur la période à venir.

Mais c’est peut-être pourtant sur ce point que le bât blesse. Comment en effet ne pas penser qu’une chance unique s’est envolée de faire émerger au plus au niveau des institutions une autre approche de la politique ; et ce d’autant plus que ces institutions européennes concentrent désormais un pouvoir supérieur dans bien des domaines et qui s’impose au niveau national ? Force est de constater que l’Europe demeure incomprise et froide, c’est à dire appréhendée non pas comme un véritable organe de pouvoir sur lequel peut peser en toute légitimité le citoyen européen, mais un organisme tentaculaire et technocratique qui grignote à petit feu notre souveraineté nationale et devant lequel nous restons passifs.

Pour preuve, notons le taux d’abstention record proche des 60%, qui, soit dit en passant, relativise la victoire des droites et met en lumière l’absence d’alternatives réellement crédibles de l’opposition. En toute logique, ce taux faramineux suffirait en lui même à invalider toute élection dans un système peut être plus respectueux des citoyens et oblige à constater l’absence de consensus, tant au niveau européen que national, d’une part sur la nécessaire compréhension et correction des erreurs passées en dépit des discours faussement novateurs « du changement » servis aujourd’hui, et d’autre part sur une volonté claire et innovante dans la direction à prendre pour l’avenir. Certains ont mis en cause les médias, accusés de ne pas nous faire vivre l’Europe, souvent présentée comme source de désagréments plutôt que comme une véritable aventure historique. D’autres ont critiqué les politiques et leur discours populistes, se servant de l’Europe comme éxutoire de toutes les frustrations nationales.

Dans cette mélasse confuse et illisible émerge cependant quelque espoir. Le score historique des partis verts (quasiment au niveau du parti socialiste) peut être vu comme une amorce de changement, une concrétisation des valeurs par le vote. Le vote vert est passé en une décennie d’une lubie de quelques isolés à une alternative solide et crédible portée par des hommes capables de la réaliser. On a souvent parlé dans ces pages de la problématique du sens et de l’attente immense qui anime aujourd’hui l’homme moderne face à la chute des idéologies. Englués dans une politique « structurellement » conjoncturelle, les partis du centre, de gauche et de droite se sont coupés de la transcendance historique qui caractérisait leur origine (qu’on pense par exemple au Front Populaire en 1936, pas si lointain !). En France depuis 1981, seules les extrêmes, avec les néo-communistes/anticapitalistes à gauche, et avec les réactionnaires/nationalistes à droite sont encore porteurs d’un « idéal » au sens premier du terme. Las, ces idéologies dont la nocivité n’est plus à prouver (de par leurs tentatives sanglantes et désastreuses d’expérimentation historiques, de par leur extrémisme même) ne sont pas capables d’apporter une vision, un futur fédérateur, capable de mobiliser les énergies et dépasser les clivages des hommes.

Ce qui est infiniment porteur d’espoir dans ce résultat, même s’il demeure encore une réalité lointaine, est que pour la première fois depuis la chute des grandes idéologies extrémistes, apparaît une formation politique soutenant une véritable projet de société, pour aujourd’hui et pour demain, respectueuse des hommes et des choses, soucieuse des équilibres économiques et humains à l’échelle du monde, et qui prend d’autant plus de sens que notre situation apparaît de plus en plus désespérée et que les modèles passés ont objectivement prouvé leur inefficacité à nous conduire vers un monde meilleur. Alors ne serait-ce que pour cela, il faut se réjouir de ce rendez-vous raté avec l’Europe. Mais le temps presse…

Mathieu V.

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2 commentaires pour Droito-Gaucho : NO ! EURO-ECO !

  1. Pierre qui se fait iech dans le nord dit :

    invalider toute élection dans un système peut être plus respectueux des citoyens

    >> Non mais mathieu les gens n’ont qu’a se bouger et à se respecter eux memes. On va bientot nous faire croire que l’abstention c’est un choix qui a du sens et qui veut dire quelque chose, qui montre le désaccord des citoyens, qu’il n’y a pas d’alternatives.

    Personnellement les gens que je connais et qui ne sont pas allés voté et ca voulait dire:

    – cuite la veille
    – retour de vacances
    – flemme de bouger son cul, en plus il pleuvait
    – ils n »ont meme pas regardé les listes (alors bon ils ne savent meme pas s’il y a des alternatives)
    – ca les interesse pas, ils sont bien comme ils sont, la vie va comme elle va

    Les gens pour les interesserer il faut du show,des paillettes (hélas), un peu de débat (et pas le faux truc de chabot, d’une heure, 48h avant les élections)

    Le PS a pas tout compris et il a présenté des inconnus total!
    Daniel CB a bien joué, lui, en choisissant Eva Joly.
    Eva Joly c’est nouveau (comme le modem en sont tps), c’est la norvege donc c’est green, c’est elle qui a mis à genoux les gens de chez Elf et tout ca, elle fait « honnete » comme femme, les autres « c’est tous des pourris », pas elle.

    D’ailleurs ce n’est pas un hasard si elle apparaissait sur les affiches dans les 8 circonscriptions à coté du candidat « local ». (le score aurait été différent si on y avait collé José Bové ^^)

    Bon apres les gens ont peut être aussi regardé les programmes.
    Perso, j’ai voté pour eux aussi, je suis assez content.
    effet de mode ?

    wait & see

    • CINETHINKTANK dit :

      Hello pierre, et merci beaucoup de ton comment qui prouve tout l’interet que tu as porté à cet article. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur la questiàon du choix des personnalités (très bien vu, tu devrais faire de la com !). En revanche, sur la question de l’abstention, je crois que le débat reste ouvert; Il y abien sur la possiblite du vote blanc qui lui démontre une réelle opposition mais je crois également que notre éducation civique minimale crée également l’association vote abstention=blanc=contestation, pour la confusion que l’on sait. merci encore pour ton comment, les suivants seront autant bienvenus ! A bientot,
      Mathieu

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