Quel remède à l’Apocalypse ?


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Depuis la nuit des temps, l’homme est hanté par l’Apocalypse. A l’ère du développement durable, elle constitue paradoxalement une source d’inspiration fondamentale pour des auteurs de tous horizons.

En témoignent les films américains qui chaque année reportent la date de la fin du monde. Aux dernières nouvelles, c’est pour 2012, à grand renfort d’effets spéciaux plus destructeurs que jamais. Selon les frères Larrieu, c’est, plus modestement, le 19 août prochain que la France verra s’écouler Les derniers jours du monde. Et tout le monde y passera, Mathieu Amalric et Clothilde Hesme compris, c’est dire.

Dans la même veine, il y a surtout eu, en 2007, le superbe ouvrage de Cormac McCarthy, La Route, qui sonde les tréfonds de l’humanité, tout au long du parcours d’un enfant et de son père sur une terre dévastée. On mord la poussière, c’est glauque, triste à mourir et incroyablement beau. Mais la grande qualité du livre se situe au delà : dans la manière dont l’auteur définit la nature même de l’homme, en suivant ce reliquat d’humanité, ces deux êtres au corps chaud, pourtant responsables, lorsqu’ils étaient en masse, de ce qui a rendu leur environnement glacial.

En digressant un peu, il est aussi possible de citer la belle exploration d’Inferno (volet de La Divine Comédie de Dante) par Romeo Castelluci dans un spectacle du festival d’Avignon en 2008. Et si l’on souhaitait trouver une BO à l’Apocalypse, on pourrait préconiser les sons ténébreux de l’anglais Xela (www.myspace.com/learnwithxela) ou ceux, non moins obscurs, du norvégien Svarte Greiner (www.myspace.com/svartegreiner). Pas sûr qu’à l’heure du jugement dernier la musique soit épargnée, mais bon, sait-on jamais.

Si l’on en juge par les perspectives déprimantes que nous offre l’actualité dans les domaines politiques, économiques et sociaux, toutes les raisons sont bonnes de se complaire dans le pessimisme génial de ces créations (enfin l’essai reste à transformer pour 2012 et Les derniers jours du monde…).

De la même manière, toutes les raisons sont bonnes de vouloir trouver des alternatives pour échapper aux visions cauchemardesques qui les inspirent.

L’une des solutions les plus réalistes pour éviter le marasme réside sans doute dans une forme de « réhumanisation de la civilisation », qu’évoque avec pertinence le philosophe Edgar Morin dans sa visionnaire Politique de civilisation (publiée en 1997). Dans une interview récente, l’auteur s’attarde notamment sur le besoin urgent de « revitaliser les campagnes, d’encourager l’agriculture fermière et l’alimentation de proximité autour des villes » et de « régénérer de la solidarité en redonnant vie aux villages disparus ». Mais au-delà des solutions proposées pour sortir de cette « crise de l’humanité », ce qui est singulier, chez Morin, c’est la confiance que le philosophe place dans les capacités de l’homme. Morin croit en l’homme, c’est ce qui rend sa théorie passionnante. Et s’il y a lieu de déplorer une prise de conscience trop tardive face aux ravages écologiques que le capitalisme continue d’engendrer, s’il y a lieu de dénoncer un « tout-bio » qui reste à beaucoup d’endroits l’instrument d’un modèle économique qui a montré ses limites, l’optimisme l’emporte ici face au catastrophisme.

Cela ne doit pas empêcher de se demander s’il convient aujourd’hui d’accepter de consommer bio comme on nous le propose ou s’il s’agit plutôt de faire le choix de la radicalité en boycottant, par exemple, les produits provenant de la grande distribution. Cette question, en réalité, en appelle une autre, d’ordre philosophique : doit-on décider de s’engager au sein de la société, et mener une lutte de l’intérieur, quitte à mettre ses propres principes de côté (l’homme est perméable à son environnement), ou faut-il plutôt mener un combat depuis l’extérieur, quitte à s’isoler et à rester incompris (l’homme qui pense différemment est source de méfiance) ?

C’est une question de choix, de personnalité. De complexité. L’homme n’est pas une science exacte. Il est composé d’une multitude de soi qui impactent, ou non, ses choix, ses orientations. Et toutes les facettes de son caractère, complémentaires ou contradictoires, sont liées. D’où ce modèle de civilisation préconisé par Morin, qui est un peu à l’image de l’homme (complexe, où tout est lié), et qui se doit de tenir compte des facteurs culturel et humain pour bien fonctionner.

Le philosophe conclut : « L’Occident a produit une idéologie de la puissance matérielle (…) qui a négligé nos besoins antérieurs, ceux de l’esprit et de l’âme ». Aujourd’hui, c’est à ces besoins de l’âme que nous devons redonner de la valeur, en s’inspirant d’autres cultures, celles de l’Asie ou de l’Inde par exemple. Une époque semble en tout cas bien révolue : l’Occident n’est plus le modèle d’excellence qu’il s’est toujours vanté d’être. Avec ses qualités et ses défauts, il n’est qu’une seule partie d’un monde résolument complexe, dont le fonctionnement ne se limite pas au calcul, mais qui impose de tenir compte des spécificités et des richesses culturelles de chaque pays.

Matthieu Z.

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