Achetez-moi, je suis éthique !


Qui n’a pas remarqué la présence de plus en plus évidente des produits à connotation « positive » dans tous les domaines ? Depuis les plus standards, comme le café ou le chocolat issus du commerce équitable, en passant par les produits en provenance de l’agriculture biologique, et jusqu’aux panneaux solaires et autres matériaux à faible consommation d’énergie ou fort rendement (isolation, éclairage) utilisés dans la construction, on ne compte plus aujourd’hui les champs de notre vie quotidienne dans lesquels ils s’insèrent. J’ai même vu dans un supermarché londonien une pizza « équitable ». A se demander ce qu’est, ce que contient, et surtout comment est fabriquée la pizza « non équitable », non ?

Trêve de plaisanteries. Au delà de l’intérêt marchand des ces produits labellisés, la plupart du temps bien compris lorsque l’on découvre que seule une infime partie du prix dudit produit contribue effectivement a quelque chose d’autre que la marge de son distributeur, tournons-nous un instant vers leur destinataire. Vous, moi, le consommateur lambda.

On pourrait se dire, en premier lieu, que la pulsion d’acheter des produits ayant un caractère « bon » pour autre chose que soi-même (la planète, le paysan de l’autre bout du monde, le « pauvre ») provient avant tout du sentiment que « consommer, par principe, c’est mal », sentiment charriant avec lui toutes les valeurs de l’éthique protestante fondant l’esprit originel du capitalisme (cf. Max Weber). Malgré toute cette incitation, que dis-je, toute cette propagande, toute cette tendance totalitarisante (osons le mot) à consommer sans retenue, la petite voix de la conscience se rappelle à notre bon souvenir au moment de l’acte d’achat, et nous murmure (oh, très brièvement certes) qu’il y a peut-être là un problème. Si l’on rajoute à cela tout un contexte culturel et moral judéo-chrétien fondé sur le pêché originel, nul doute que le consommateur trouve dans l’achat de ces produits une rédemption salvatrice, une communion moderne en quelque sorte, qui nous absout symboliquement de ce même pêché.

En second lieu, il apparaît tout aussi clairement que nous espérons, par l’acte d’achat, conférer à notre être un peu du caractère « bon » du produit, à l’exemple de l’interprétation ethnologique des cannibales qui dévorent la chair de leur ennemi pour s’en approprier l’esprit et la force. D’ailleurs, ces produits, nous les ingérons physiquement la plupart du temps. Le produit revêt un caractère « éthique » ou « positif », non pas tant par ses caractéristiques objectives que parce que nous lui conférons, symboliquement là encore, ce caractère dont nous nous savons a priori dépourvus.

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le bien-fondé de l’existence et de l’usage de ces produits qui, somme toute, représentent une évolution qu’il convient par principe de saluer, mais plutôt de questionner notre comportement à leur égard. Acheter « éthique » ne nous permet en aucun cas de faire l’économie d’une réflexion sur notre manière d’être, sur notre rapport au monde et surtout notre comportement vis-à-vis d’autrui.

L’éthique personnelle est un ensemble, un tout qui habite notre conscience et fournit le cadre dont découlent nos actes au quotidien. Un système de comportement. La consommation de produits éthiques n’a qu’un caractère incident, pour ne pas dire insignifiant, au regard de ce que peut être notre attitude envers autrui quel qu’il soit, ici ou ailleurs. C’est la conséquence et non la cause artificiellement justificatrice de notre comportement. L’éthique guide nos actes politiques et sociaux. Elle est bien plus qu’une simple étiquette. Elle est en nous, et non au supermarché. Elle est la première étape du changement, la première étape qui permet d’influer sur le cours du monde.

Mathieu V.

Publicités
Cet article, publié dans Philosophons !, Politique & Société, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s