Gonzo banlieue Ep 4 : de Jackie Robinson à Barak Obama, la longue marche revisitée


Le sport a toujours été un vecteur d’assimilation privilégié dans une communauté nationale. Lorsque le baseball s’est imposé comme le passe-temps national aux Etats-Unis à la fin du XIX° siècle, les minorités du patchwork ethnique US ont toutes envoyé leurs meilleurs éléments marteler à coup de home-runs leur adhésion aux valeurs locales du E Pluribus Unum. Polonais (Bill Mazerocki), italiens (Joe DiMaggio), irlandais (t’en veux ?) et autres réfugiés économiques sont tous entrés dans le moule en démontrant sur le terrain taillé en diamant (égalitaire par essence) leurs capacités à lutter avec les autres pour leur survie dans un environnement concurrentiel où nul – sauf les gens pudiquement dits « de couleur » – ne se verra refuser sa part du rêve américain. Seuls les noirs se virent en effet refuser de jouer professionnellement à ce jeu sophistiqué et un « gentleman’s agreement » entre les propriétaires des ligues de baseball concurrentes maintint cette ségrégation jusqu’à ce que le manager iconoclaste des Brooklyn Dodgers, Branch Rickey, prenne la décision révolutionnaire de faire jouer le légendaire Jackie Robinson en première base lors d’un match du club dans son fief mythique d’Ebbets Field en 1947.

Cette date nous parle plus particulièrement car elle précède de plus de sept ans l’arrêt de la Cour Suprême américaine Brown vs Board of Education, qui a entraîné la déségrégation des écoles américaines. Les performances de Jackie Robinson ont été appréciées à leur juste valeur par le docteur himself, Martin Luther King, qui lui aura confié peu avant sa mort violente que son passage au travers la barrière raciale aura hâté la venue du mouvement des droits civiques. Pour autant qu’il ait été désagréable aux gentlemen de bonne famille chaussés de knickerbockers de voir des « singes » partager leur playground, en risquant de ruiner la noblesse du jeu, il leur aura bien fallu s’y faire, les performances de ces « créatures de la nuit » étant trop flagrantes pour pouvoir les renier (l’effet Jesse Owens).

Jackie Robinson fut ainsi le premier joueur noir à évoluer en ligue majeure de baseball. En 1947, la décision de Branch Rickey a soulevé un vent de panique chez certains (réalistes) qui y ont vu le début d’un engrenage au terme duquel les noirs allaient finir par revendiquer d’être des hommes (ça n’a pas manqué, l’idée a fait recette et les pancartes « I’m a Man » faisaient un tabac autour du bassin du capitole quelques années plus tard). L’assassinat ciblé du prédicateur porté sur la jaquette a remis les pendules à l’heure et rappelé aux ghetto-ites qu’il ne fallait pas s’emporter si vite et que, s’ils avaient leur place sur les terrains de sport ou le black entertainer est devenu un produit d’appel depuis les éclats de Willy Mays dans les 70’s, ils allaient devoir se battre encore longtemps pour des choses aussi anecdotiques que de pouvoir monter à l’avant du bus (t’es pas bien à l’arrière ? – Syndrome Rosa Parks).

Une fois leurs places au Hall of Fame de Cooperstown assurées dans la catégorie « joueur », les afro-americains ont fait valoir que s’ils pouvaient jouer comme les blancs, il ne serait que logique qu’ils puissent entraîner. Là encore il aura fallu passer outre le blocage psychologique qui s’inquiétait de ce que les noirs n’avaient peut-être pas les capacités mentales nécéssaires pour manager une équipe de professionnels. Il fallut attendre 1962 pour que les Cubs de Chicago recrutent Buck O’Neill et mettent les sceptiques en défaut. En football américain le débat fut posé en termes identiques et il aura fallu la victoire des Colts de Tony Dungy en 2007 (seulement !) pour voir un coach noir brandir le Vince Lombardi Trophy. Tony et Barack sont d’ailleurs buddy-buddy avec le manager blacko-hispanique des Chaussettes Blanches de Chicago, club du Southside qui a les faveurs du leader du monde libre. Chacun sa mafia, chacun sa mille-fa !

On aura beau dire, heureusement que nous avons les Etats-Unis pour nous tenir un miroir déformant de la réalité hexagonale, car sans eux nous aurions du mal à nous regarder en face. Alors qu’outre atlantique on a élu un président black/créole et que le débat dans la communauté black consiste à se demander pourquoi aucun afro-americain n’est encore propriétaire d’une équipe (le graal de l’émancipation à la sauce américaine), vous remarquerez que de ce côté-ci de l’océan, il ne nous vient même pas à l’idée de poser le problème en ces termes. Nous en sommes encore au stade de la polémique pitoyable sur le nombre de joueurs noirs en équipe de France et un noir président par génération devrait nous suffire. Je suis prêt à parier que Pape Diouf sera, s’il ne l’est pas déjà, décoré de l’Ordre du Mérite pour services rendus à la Nation.

Votre toujours dévoué,

Raoul Duke

Publicités
Cet article, publié dans Politique & Société, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s