Running out of flesh


« Je voulais pourtant que tout soit parfait. »

Je ne garantis pas le verbatim de cette phrase tirée de la VF de Grimm Love (Rohtenburg en allemand et Confessions d’un cannibale en français), mais c’est ainsi que je veux m’en souvenir. Ce passage très court, où le personnage fraîchement émasculé regrette la mauvaise cuisson de son pénis, me revient régulièrement à l’esprit depuis bientôt une semaine.

Certes, le film de Martin Weisz déçoit par sa structure abâtardie. Ses créateurs donnent l’impression de n’avoir pas eu le courage d’en faire un moyen métrage franc, direct et refermé sur les personnages de l’ogre et de sa victime consentante. Encore une fois, la tyrannie des « 90 minutes en moyenne », qui permet de justifier une sortie en salles et des prix de billets exorbitants, aura ruiné une belle idée et l’aura transformée en spectacle (presque) grand public.

Il faut donc attendre la fin pour que le film arrête d’hésiter entre plusieurs sujets et décide de remiser, pendant un (trop) court moment, ses atours putassiers de mauvais téléfilm à sensation pour enfin se concentrer sur l’essentiel : la rencontre de deux êtres décidés à aller jusqu’au bout de leurs fantasmes de dévoration. Rien de novateur ou d’exceptionnel dans la représentation du cannibalisme, mais, photographiés dans une ambiance contrapuntique à la David Hamilton, les deux acteurs arrivent à donner chair à ce qui avait toutes les chances de pulvériser les limites du ridicule. Corsetés dans une interprétation minimaliste, leur retenue koulechovienne permet une identification fugace mais intense, qui met le cerveau en ébullition. A ce moment-là, ces deux êtres m’apparurent presque admirables dans leur détermination à accomplir ce « happening » ultime.

Heureusement pour le spectateur, et comme c’est généralement le cas dans les histoires d’amour, celle-ci va finir mal avant même d’avoir commencé. L’ogre est loin d’être un mauvais bougre, mais, comme tout homme politique ou VRP pressé d’emballer le chaland, il n’hésite pas à faire des promesses qu’il n’est pas sûr de pouvoir tenir. Et comme toujours, c’est l’électeur, le prospect, l’amant ou, en l’occurrence, le dévoré qui seront victimes d’y avoir cru. Tout l’intérêt du film, à mon avis, réside dans ces quelques minutes où rien ne se passe comme la « victime » en avait rêvé toute sa vie. Quand le cannibale se retrouve incapable d’arracher le sexe de son complice avec les dents, comme il le lui avait promis, et a recours à la lame, je n’ai pu m’empêcher d’être ému et de voir, dans toute la séquence qui suit, une métaphore parfaite des relations amoureuses et des rapports toujours déçus entre les bonimenteurs et leurs victimes.

A l’heure où certains commencent déjà à préparer leurs banderoles pour les manifestations de la rentrée, je ne saurais trop leur conseiller de jeter un œil sur Grimm Love (joli titre, quand même). « Casse-toi, pauv’ con !» étant maintenant ringard, je propose de le remplacer par la phrase en exergue de ce papier. Précédée d’une question : « Les dents ou le couteau ? »

Christophe Diaz

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5 commentaires pour Running out of flesh

  1. GL dit :

    Ca m’a l’air d’une sorte de Trouble Everyday sans les pillules, ni Béatrice Dalle, ni la bande-son des Tindersticks ! Est-ce bien raisonnable ?

  2. Christophe Diaz (doppelgänger de Rodrigo Lopez) dit :

    Le rapprochement entre le Denis et Grimm Love ne m’a pas sauté aux yeux. Raisonnable de claquer 9 € pour le voir ? Peut-être pas. En ce qui concerne TED, je n’avais trouvé le film ni beau ni bien foutu ni très intéressant à sa sortie.
    Je reconnais toutefois que le choix des Tindersticks pour la bande-son était très appréciable. Ces marques de bon goût sont malheureusement rarissimes. Dans 99% des cas, l’utilisation de la musique au cinéma constitue un véritable cancer.

  3. CINETHINKTANK dit :

    La BO de Tindersticks sur White Material de la meme Claire Denis etait egalement formidable (on dirait du A Broken Consort). A croire que les Tindersticks conctituent a eux seuls le 1% restant…
    Matthieu Z

  4. Frédéeric the king of the soap dit :

    La question mérite d’être posée
    Ne ferait tu pas une fixette ?
    Sarkozieeeeee mérite il une castration chimique ou mécanique ?
    Dois je te considéré comme le David Vincent du XXI unième siècle ?

    I waaaaatching you

  5. Christophe Diaz dit :

    Dear King,

    Je vous sais infiniment gré d’avoir pris un peu de votre précieux temps pour vous pencher sur ce modeste papier. La question mérite d’être posée et maintenant qu’elle l’est, je vais me surveiller un peu plus, car il serait en effet bien fâcheux que j’accorde plus d’importance qu’il n’en mérite à votre collègue monarque.

    Je vois que vous avez opté, en ce qui concerne la conclusion du papier, pour une interprétation qui n’est – je l’espère en tout cas – pas la seule qui puisse venir à l’esprit des lecteurs (rares, je vous rassure.)

    Please, keep on watching me.

    PS : votre clavier dérape sacrément. Vous devriez demander à l’un de vos nombreux valets de le changer.

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