Quand la publicité flingue la cause


Le chemin pour reconnaître la responsabilité française dans la rafle du vélodrome d’hiver (vél d’hiv) a été long à parcourir. Il a fallu attendre le 16 juillet 1995 lorsque Jacques Chirac, alors président de la République, reconnut : « La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable ». La Rafle de Rose Bosch est sorti en mars 2010, le film se propose de suivre le destin réel des victimes et des bourreaux de cette histoire. Cela devait donc en être fini avec ce « passé qui ne passe pas » (Éric Conan et Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, Fayard, 1994). Mais à regarder l’affiche retenue pour ce film, d’où vient le sentiment de ratage ? De ratage et même de complète irréalité, ce qui peut sembler un comble pour un film avec une indéniable dimension historique et un souci de fidèle reconstitution ?

Trop de symboles

Première piste : l’affiche n’est composée que d’une accumulation de symboles. Il y a d’abord la croix gammée en surplomb dans le ciel gris qui rappelle combien la rafle du vél d’hiv marque la parfaite collaboration des autorités françaises à la déportation des Juifs. Selon les accords passés entre Vichy et les Allemands, les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 Juifs ont été arrêtés par la police française puis déportés. Le Sacré-Cœur ensuite comme décor de fond est également un symbole lourd, voire pesant. Il fut érigé « pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l’infini miséricorde du Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ le pardon de nos fautes »… après l’année 1870 où le Vatican fut envahi par les Italiens, la France par les Prussiens et Paris vécut sa Commune. Contrepoint de l’énorme croix gammée, les deux petites étoiles de David brillent comme seules touches de couleur avec le rouge du titre. Enfin, un ours en peluche désarticulé et abandonné sur les pavés parisiens rappelle l’innocence des enfants embarqués par le policier.

Une esthétique numérique

Deuxième piste : le traitement pictural consacre enfin la désincarnation commencée avec l’accumulation des symboles précédents. La scène représentée est irréaliste à plus d’un titre. Les personnages sont réduits à des fantômes, car ils n’ont pas une ombre cohérente avec la lumière censée venir du réverbère et des phares de la Citroën. Le policier porte bizarrement un fusil, arme très mal adaptée pour entraîner, seul, deux enfants… alors que les clichés de l’époque montrent plus les matraques bien blanches, voire les pistolets des policiers. À tout cela s’ajoute l’anonymat des personnages dont le visage reste dans l’ombre. D’une façon générale, le grain de l’image trahit l’esthétique numérique et vient parachever l’irréalité de la scène.

Le choix du visuel est sans doute le résultat – raté – du compromis entre un film « historique », un film de fiction avec des vedettes qui y « jouent » des rôles et une démarche commerciale. La typographie du titre qui met assez étrangement un point après La Rafle semble laisser croire que le débat est clos alors que cette affiche fait précisément l’inverse, elle fait naître toutes les interrogations sur la représentation de la réalité la plus immonde.

Marc Gauchée

Publicités
Cet article, publié dans Politique & Société, The Movie Library, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Quand la publicité flingue la cause

  1. Pierre Perelmuter dit :

    vous avez toute afait raizon,mais personne
    ne seras interresse de lire cette maniere intelectuelle de diseque ce drame ,moi meme
    je suis un enfant cache raison pour laquelle
    j ecrit tres mal et je m en excuse,mais le fait
    c est que tout ca est dramatique,
    merci

  2. helena Novak dit :

    je ne suis pas de tout d’accord avec M. Gauchée: une affiche représente l’intérêt du film, pas une excuse pour l’avoir fait.
    C’en est pas fini, le point au titre montre que pour certains, l’affaire est clos_mais les fantômes d’enfants montre bien qu’il ne l’est pas, il nous hante! l’antisémitisme grandissant en France est aussi alimenté par les positions ambiguës des intellectuels ; cela me rappelle la phrase répétée par un grand ami, journaliste  » les gens autour de moi disaient « vivement que la guerre soit finie et qu’on puisse à nouveau être tranquillement antisémite « 

  3. Marc Gauchée dit :

    Merci de vos commentaires.
    Juste un mot: mes remarques se fondent sur l’affiche et son rapport pour le moins étonnant à la représentation du réel.
    Bien sûr, on peut y voir l’image de fantômes qui hantent encore la société française et son histoire. Pour ma part, j’y ai surtout vu une façon maladroite de représenter une « réalité » qui ne passe pas dans une image au service d’un film de « fiction ».

    Merci aussi au commentaire qui m’est parvenu par l’administrateur du blog et rappelant que le Sacré-Cœur peut également symboliser le silence de l’Eglise catholique (voir « Amen » de Costa-Gavras)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s