Sous le charme de Sofia Coppola


J’ai été envoyé à Los Angeles (faux) voir le dernier film de Sofia Coppola (vrai). Coïncidence prémonitoire, le film porte le même nom qu’une marque de vêtement sans goût et sans audace : Somewhere. Il sortira en France le 5 janvier 2011. Il vous faudra trépigner encore d’interminables semaines pour découvir le film le plus consternant de l’année.

La chance, que dis-je l’honneur, d’avoir vu ce film m’oblige à faire le boulot correctement. D’abord raconter l’histoire. « Rien ! » Deux semaines dans la vie d’un acteur à succès qui s’ennuie. « Rien je vous dis ». Ah si, il passe quelques jours avec sa fille, donc il réalise des trucs sur la vie mais on ne voit pas trop quoi. Pour bien visualiser le film, imaginez un épisode spécial de Beverly Hills 90210 où nous aurions découvert, ébranlés, ce qu’est devenu Dylan McKay 10 ans après sa disparition. Dylan a toujours beaucoup d’argent, il est comédien mais voilà, il s’ennuie. L’histoire de Somewhere n’est déjà pas très palpitante, mais pour être sûre que le spectateur n’y trouve vraiment aucun plaisir, elle choisit de ne filmer que des moments d’ennuis profonds et totalement clichés.

Sofia Coppola et son film incarnent à peu près tout ce que je déteste. Elle n’est pas la seule, mais elle a le mérite de compiler les griefs.

Elle n’a pas pu avoir le désir de faire ce film. Cela n’a pas pu être un besoin absolu. Ma théorie, qu’elle n’avouera jamais, c’est qu’elle a fait ce film pour s’occuper. S’occuper ! Mobiliser de l’argent, des équipes, du temps pour remplir son agenda. H&M lui aurait proposé de dessiner sa nouvelle collection, elle aurait décalé ou mis aux oubliettes son film dans la seconde. Je le pressens comme ça.

Sofia Coppola est la fille de Francis. Le problème des « enfants de » n’est pas seulement la très problématique tendance à l’aristocracité des milieux artistiques, mais aussi leur incapacité à parler d’autres choses que d’eux-même. Nés dans des cocons, ils en arrivent très vite à ne parler que de cela. Il y a aussi quelque chose d’effrayant à penser que personne autour de Sofia Coppola n’a osé lui dire que son film allait dans le mur. On imagine sans mal la bande de laquais prospérant autour de l’enseigne Sofia Coppola, lui devant leur subsistance, acquiescant à toutes ses idées, aussi banales soit-elles. Rien ne risque de la réveiller car le Lion d’or du festival de Venise vient de lui être décerné pour ce film.

Et puis son cinéma est tellement chic. De bon goût et toujours à la pointe des tendances : scènes de lapdance validées par le retour en grâce de cet exercice il y a peu ringard, ou la bande originale toujours tellement à la pointe. Ses films donnent l’impression de feuilleter un magazine de mode spécial « tendances de l’année ». C’est pénible. Pour masquer sans doute toute imagination artisitique, Sofia Coppola s’est érigée en inconditionnelle des plans fixes. Nous avons donc le droit dans Somewhere à quelques plans de belles piscines turquoises et de jolies voitures italiennes. Jean-Luc Godard disait qu’il ne fallait pas filmer une belle image mais bien filmer une image. Sofia ayant écouté trop rapidement notre suisse ronchon, elle a choisi la première solution et va nous mettre en colère, Jean-Luc et moi-même. Bravo Sofia.

Augustin B.

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