Si vous ne m’aimez pas, sachez que je ne vous aime pas non plus


C’est ce que devrait répondre Guillaume Canet à tous ceux qui n’aiment pas son dernier film, Les Petits Mouchoirs. A tous ceux qui n’ont pas eu besoin de se rendre en salle pour juger qu’il s’agissait d’un film mauvais, tant ils ont été indisposés par la promotion nauséabonde entourant sa sortie. Et c’est sans doute la couverture du magazine Première, qui montre notre réalisateur ému jusqu’aux larmes d’avoir réalisé « le film de (sa) vie », qui remporte dans ce domaine la palme de l’indécence.

Tout ce battage autour de Canet et de son nouveau film rappelle ce qu’on avait déjà eu l’occasion d’entendre lors de la sortie de Ne le dis à personne, précédent long métrage du réalisateur. On se souvient du drame provoqué par l’hospitalisation d’un homme au planning surchargé et éreinté par un tournage épuisant. De qui se moque-t-on ? Depuis quand les choses se font-elles d’un claquement de doigt, sans qu’on se donne la peine d’y arriver ? Depuis quand ne faut-il plus suer pour obtenir ce qu’on veut ? Cette mise en scène déplacée autour du bel et fragile Canet a de quoi convaincre le spectateur de boycotter tous ses films, y compris les bons dans lesquels il joue (cf Espion(s) de Nicolas Saada ou L’Affaire Farewell de Christian Carion).

Le pire dans tout ça, c’est qu’un film comme Ne le dis à personne, sans être un chef d’œuvre, n’est pas mauvais à proprement parler. Quant aux Petits Mouchoirs d’acteurs à la botte de réalisateurs « bankable », on doit pouvoir s’y moucher sans trop de difficulté. Mais au fond, à quoi ça sert ? A quoi bon cet étalage de petits tourments et de bons sentiments qui font qu’ « après tout la vie est belle » ? Pourquoi n’être plus aventurier dans le propos et plus audacieux dans la forme ? Pourquoi rester sur l’autoroute quand on a les moyens d’œuvrer à la marge ? Sans doute parce que l’expérimentation a trop rarement sa place au JT de Pujadas, où Guillaume aime parader. Un journal où l’on n’imagine guère l’homme dire : « Si vous ne m’aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Car à la différence d’un Pialat brut et authentique – qui avait tenu ce discours lors de la remise de la Palme d’or à Cannes (1987) pour Sous le Soleil de Satan (cf http://www.ina.fr/media/petites-phrases/video/CAB87019039/palme-d-or-a-maurice-pialat-pour-son-film-sous-le-soleil-de-satan.fr.html) – Canet désire avant tout qu’on l’aime. Et c’est ce qui le conduit à réaliser de si écœurants Petits Mouchoirs.

Peter W.

Publicités
Cet article, publié dans J'irai pas, Les mots du cinéma, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Si vous ne m’aimez pas, sachez que je ne vous aime pas non plus

  1. Bozz dit :

    Je vais aller le voir et je te dirais 🙂 le film pas guillaume 😉

  2. Brigitte dit :

    Pour ma part très déçue par ce film, pourtant moi j’aime Canet ……..

  3. Antoine Doinel dit :

    « Ah non, je ne me mouche jamais dans du papier! »

  4. Ping : GRRRRRRuillaume Canet ! | CinéThinkTank

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s