Wikileaks, un nouveau combat


Zuckerberg le nerd milliardaire a donc été préféré à Assange le journaliste high-tech. La frileuse rédaction du Time a désigné « homme de l’année » le créateur de Facebook. The Social Network, n’y est pas pour rien. Il n’empêche. Ce choix est une erreur ; la vraie révolution de l’année 2010, c’est Wikileaks.

Il faut tout de suite préciser que toutes les informations révélées par Wikileaks sont vraies et incontestées. Ni rumeur, ni supputation ; de la vérité brute. L’importance de la révolution Wikileaks se mesure au déchaînement qu’elle provoque. Et là c’est impressionnant. Une rare alliance des Pouvoirs s’est formée pour intimider et discréditer la plus grande divulgation d’informations de l’Histoire.

Le coup de menton politique. Tous les pays, à l’exception de l’Amérique du Sud, y sont allés de leur couplet sur « l’extrême gravité » et « la dangerosité » de ces révélations. Joe Biden considère qu’Assange est un « terroriste high tech ». Terroriste, l’accusation est grave. En France, c’est notre Eric Besson national (décidément, celui-là) qui a tiré le gros lot en allant dire au monde qu’il se diversifie en expulsant, après les sans-papiers, des sites internet.

Le nœud coulissant économique. Les hébergeurs de sites, dont Amazon, se défaussent un par un alors que rien légalement ne les y oblige. Mastercard et Paypal tentent de les asphyxier financièrement en bloquant toute possibilité de transferts de fonds.

Le maelström judiciaire. Le 7 décembre, Julian Assange a été arrêté par la police britannique et mis en détention pour des accusations de viol. Le tribunal suédois a déjà requalifié ces accusations en « sexe par surprise », c’est-à-dire le fait de refuser de mettre un préservatif. Il semblerait que toute cette affaire ne tienne pas débout. La concordance des temps entre les révélations de Wikileaks et son arrestation laisse peu de doute sur l’instrumentalisation de la justice. C’est grave.

L’écran de fumée intellectuel. Le débat s’est vite orienté vers « la tyrannie de la transparence ». Cette question n’est pas sans intérêt mais la collusion incroyable des pouvoirs que révèlent les affaires Bettencourt, Karachi et même Wikileaks montrent que le secret et donc l’impunité finissent toujours par favoriser les intérêts particuliers. Si la transparence peut questionner socialement (l’auto-surveillence du peuple créée par les réseaux sociaux), elle n’a pas de sens quand on vit un tel rejet des élites.

Les hourras et les ooooouhs médiatiques. Pour que la sauce prenne bien, il faut ajouter à cela un tapage médiatique d’où ressort qu’Assange, violeur et mégalomane, et son équipe de pirates, anarchistes, paranoïaques, font des indiscrétions gênantes sur la taille de Sarkozy, le lifting de Berlusconi, etc. Bref, Wikileaks serait donc un numéro spécial fin d’année de Voici ; en lieu et place d’un travail de journalisme d’investigation avec des informations majeures de politiques internationales.

Wikileaks a publié en juillet dernier des milliers de notes sur la guerre en Afghanistan autrement plus embarrassantes. Il est effrayant mais révélateur de constater que ces révélations sur l’horreur de cette guerre (civils tués, bavures en séries) n’ont pas provoqué le dixième des réactions qu’ont suscité la publication des coteries de la diplomatie mondiale.

Wikileaks pose les bases d’un combat nouveau. Les luttes se déplacent en permanence. D’assaillant, on peut un jour devenir l’assiégé, et inversement. La lutte des classes, sans être totalement disqualifiée, ne peut plus être une grille de lecture. Les frontières ont un sens culturel mais ne sont plus un enjeu vital. Il y a plus de solidarité entre un banquier finlandais et un banquier hong-kongais qu’avec leurs propres voisins de palier. Ils défendent les mêmes intérêts.

Wikileaks est à mon sens intéressant car il révèle une nouvelle lutte, celle entre les Insiders et les Outsiders.

Les Insiders ont les pouvoirs, les positions, le contrôle. Jusqu’à présent, le Policier, le Judiciaire, l’Économique et le Médiatique permettaient aux Insiders de garder la main sur le cours des événements. Lorsque les banques mondiales ont menacé de s’effondrer, elles ont été sauvées, mondialement, unanimement et immédiatement. Les dégâts causés aux populations, non.

Les Outsiders gravitent autour, font des embuscades de temps en temps, mais finissent par revenir d’où ils viennent. Ça, c’est ce que nous vivions. L’informatique et Internet changent tout. Les attaques se font à distance, anonymement et au cœur du pouvoir. Bradley Manning, le soldat américain à l’origine des fuites et qui risque 25 ans de prison, a copié les 125 000 câbles diplomatique sur un CD de Lady Gaga ! Ils promettent déjà des révélations sur Israël et une grande banque américaine. Ils le feront, aucun État n’a la capacité de les en empêcher.

Wikileaks, comme les forums internet en Chine, les blogs iraniens et les vidéos birmanes participent à ce mouvement historique, plein de ratés, et permettent de construire une démocratie plus horizontale où les choses peuvent être sues sans filtre, sans tri ; une démocratie plus directe où la participation aux décisions ne se limiterait pas à bulletin de vote par an. La technologie le permet. Comme toute nouveauté, c’est à la fois une chance et un danger. Let’s try ?

Augustin B.

Publicités
Cet article, publié dans Politique & Société, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Wikileaks, un nouveau combat

  1. Magnifique billet ! Entièrement d’accord avec vous!
    Gérard Foucher
    le Mini-Show sur Wikileaks :

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s