I wish DVD was dead


Guillaume Depardieu dans "Tous les matins du monde"

Il y a peu, Umberto Eco concluait en ces termes une brillante chronique dans les colonnes de Libération : « J’ai eu l’occasion d’écrire que la technologie avance maintenant en crabe, c’est-à-dire à reculons. Un siècle après que le télégraphe sans fil a révolutionné les communications, Internet a rétabli un télégraphe sur fils (téléphoniques). Les vidéocassettes (analogiques) avaient permis aux chercheurs en cinéma d’explorer un film pas à pas, en allant en avant et en arrière et en en découvrant tous les secrets du montage, alors que maintenant les CD (numériques) ne permettent que de sauter de chapitre en chapitre, c’est-à-dire par macroportions. Avec les trains à grande vitesse, on va de Rome à Milan en trois heures, alors qu’en avion, et les déplacements qu’il inclut, il faut trois heures et demie. Il n’est donc pas extraordinaire que la politique et les techniques de communications en reviennent aux voitures à cheval. » (http://www.liberation.fr/monde/01012305696-hackers-vengeurs-et-espions-en-diligence)

Depuis la publication du Nom de la rose, roman dont l’action se tient en 1327, on reconnaît à l’auteur la capacité d’analyser parfaitement les événements de notre temps, en les replaçant dans un contexte plus large. Si ce chef d’œuvre (adapté au cinéma en 1986 par Jean-Jacques Annaud) montre la capacité d’Eco à se projeter dans la passé, il suggère aussi que l’écrivain est apte à penser l’avenir de brillante manière. En ce sens, son don d’anticipation est à rapprocher de celui du philosophe Edgar Morin (cf la théorie de la ré-humanisation de la civilisation que propose Morin pour sortir du marasme économique https://cinethinktank.com/2009/08/05/quel-remede-a-l’apocalypse/). Tous deux aboutissent à des conclusions analogues lorsqu’ils théorisent sur l’avenir : après tant de vain progrès, la tendance est au retour au traditionnel.

En louant hier Tous les matins du monde (Alain Corneau, 1991) au vidéo-club de la butte (75018) – le meilleur de Paris ? -, j’ai pu vérifier la réalité de la théorie des deux hommes. Après une longue discussion avec François (gérant bourru et indispensable du vidéo-club) sur Pascal Quignard (auteur mystique du roman dont est adapté le film), sur Guillaume Depardieu (qui avait pris la bonne habitude de venir louer ses films au club, vêtu des mêmes guenilles que sur le tournage de Versailles – Pierre Schoeller, 2008) et sur Jordi Savall (chef d’orchestre, joueur de viole et auteur de la sublime bande-sonore de Tous les matins…), François m’a remis la boite contenant le film. Pas un DVD, une VHS. Aucun problème, j’ai toujours mon magnétoscope. Et la cassette était de très bonne qualité. Je suis sorti ravi de cette discussion avec François, sans les conseils duquel je n’aurais peut-être pas vu le film. Et je suis ressorti bouleversé de ma séance de cinéma. Ce film est inoubliable, et la VHS, je ne sais dire pourquoi, a conféré au spectacle une certaine saveur. Quand je pense à Vidéo Futur et à la VOD, j’ai de la peine pour le cinéma et pour les spectateurs. Les films que j’ai vus en VHS dernièrement figurent parmi les plus marquants : Tous les matins…, Missing de Costa-Gavras (1982), La Ballade de Narayama de Shōhei Imamura (1983). La nuit dernière, j’ai fait un rêve : le DVD disparaissait, et les vidéo-clubs refleurissaient partout dans Paris…

Matthieu Z.

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2 commentaires pour I wish DVD was dead

  1. Christophe Diaz dit :

    Eco confond-il le CD et le DVD ou fait-il volontairement l’amalgame pour faire passer en contrebande une idée fausse qui permet de servir son propos ?
    Si ma mémoire ne me trahit pas, la progression image par image, en accéléré, au ralenti, en avant, en arrière, voire la possibilité de se rendre à un « instant » précis du film (à la seconde près), étaient loin d’être aussi faciles avec un magnétoscope VHS qu’elles le sont avec un lecteur DVD.

  2. CINETHINKTANK dit :

    Le DVD, rappelons-le, est avant tout un disque numérique, mais ne chipotons pas. Je peux te trouver un magnétoscope à très bon prix. Tu pourras vérifier par toi-même que la VHS permet une recherche image par image plus précise que le DVD. Après, pour se rendre à un endroit du film, je te concède que c’est moins rapide.

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