Quand l’Américain renonce à faire le gendarme


À la fin du Train sifflera trois fois (High Noon de Fred Zinnemann, 1952), Will Kane (Gary Cooper) jette son étoile de shérif par terre puis quitte, avec sa femme Amy (Grace Kelly), le village où il officiait. À la fin d’Inspecteur Harry (Dirty Harry de Don Siegel, 1972), Harry abat le tueur en série Scorpion (Andrew Robinson) et lance au loin, dans l’eau, son étoile de policier de San Francisco.

Will a de quoi être dégoûté. Il a passé les 85 minutes du film à essayer de recruter des assistants. En vain. Le juge s’enfuit ; le shérif-adjoint rend son étoile car Will en l’a pas aidé à devenir shérif ; les amis se cachent ; le maire a convaincu les paroissiens que la meilleure des solutions est que Will quitte la ville… L’ancien shérif (Lon Chaney Jr) refuse aussi toute aide « pour une étoile en ferraille » (The Tin Star est la nouvelle de John W. Cunningham dont s’inspire le scénario). Un comble, la seule aide viendra d’Amy, pourtant non-violente, qui abat dans le dos l’un des bandits pendant qu’il rechargeait son arme.

Harry a autant de raisons d’être dégoûté. Le maire n’a jamais suivi ses préconisations de fermeté face aux chantages de Scorpion ; le procureur a dû le relâcher parce que les preuves et les aveux qu’avaient obtenus Harry n’étaient pas juridiquement valables ; même le chef de la police demande à Harry d’arrêter de le suivre et de l’espionner. Si bien que quand Scorpion prend en otage un car scolaire, Harry refuse d’aller porter l’argent et affronte une ultime fois Scorpion.

Les étoiles finissent donc soit dans la poussière, soit dans l’eau. Ces fins très théâtrales doivent pourtant être nuancées. D’abord parce que le geste d’Harry renvoie directement au début du film, au plan sur le mémorial du Hall de Justice de San Francisco orné d’une étoile et « en hommage aux policiers de San Francisco qui sacrifièrent leur vie en faisant leur devoir ». Ensuite parce que 4 autres films mettront en scène le personnage d’Harry, preuve qu’il n’a pas vraiment décroché. Plus intéressant est la nuance en commun avec Le Train sifflera trois fois : au début, Will épingle son étoile sur son pistolet accroché à un porte-manteau, il n’est plus shérif. Mais, à la fin, il ne jette que son étoile, son arme reste à sa ceinture. Will est moins fétichiste qu’Harry qui vante son « 44 Magnum, le plus puissant soufflant qu’il y ait au monde, un calibre à vous arracher toute la cervelle »… Mais dans les deux cas, ce serait vraiment dommage de s’en débarrasser. Quand l’Américain renonce –temporairement- à faire le gendarme en balançant son insigne, il garde quand même son arme. On ne sait jamais.

Marc Gauchée

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