France-Amérique, images du Bien et du Mal


Les images choquantes (dans leur reproductive habitude) qui nous parviennent ces derniers jours depuis les Etats-Unis trouvent leur écho en France. Après la tragédie de Tucson, nous parviennent les éclats d’une Amérique de plus en plus polarisée et dont les extrêmes semblent aujourd’hui enfermés dans une logique que rien ne peux venir briser. Fort heureusement, quelques heures seulement après le discours terrible de Sarah Palin, posté sur son site internet, se posant en victime et rajoutant de l’huile sur le feu d’une vision binaire du monde, la plupart des analystes (y compris ses détracteurs) s’accordent à dire que celui de Barack Obama fut remarquable, tant par la hauteur de vue qui sied à un président que par l’évidente sincérité et empathie qui s’en est dégagé (http://thecaucus.blogs.nytimes.com/2011/01/13/praise-for-obama-from-the-right-and-left/). On doute cependant que l’accalmie ne se transforme en réel principe de gouvernance politique.

Pendant ce temps, notre douce France ne se défait pas de son historique attraction pour le nouveau continent. Certains de nos ténors politiques, qui se croient bien malins, lorgnent sur les nouvelles méthodes de communication mises en place outre-Atlantique et le langage radical qui les accompagne. Ainsi François Copé qui prétend dénoncer à l’aide de sa batterie de jeunes propagandistes les « mensonges de la gauche » ( http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/01/13/cornaques-par-cope-les-jeunes-ump-s-attaquent-aux-mensonges-de-la-gauche_1464941_823448.html). Il est en effet bien connu que le mensonge est une tare génétiquement ancrée bien à gauche et que personne ne saurait évidemment y voir la même chose de l’autre coté.

A ceux qui se prétendent détenteurs d’une vérité absolue, ici ou ailleurs, René Char rétorquait que « le doute se trouve à l’origine de toute grandeur », suivant en cela l’héritage de la pensée grecque, qui l’aurait qualifiée sans doute de « premier pas » vers la sagesse. Le doute est une vertu qui, nous devons bien l’admettre, se fait plutôt rare à l’heure actuelle où l’image et son instantanéité imposent une vison unilatérale et monolithique du réel. Par une sorte de régression mentale, nous avons peu à peu dénié à l’autre la capacité de nous comprendre (et réciproquement). Dans une perspective un peu plus psychologique, Carl Jung aurait ajouté, non sans un brin d’ironie, que « penser est difficile, c’est pourquoi la plupart se font juges ». L’Amérique possède toujours dix ans d’avance sur le vieux continent, dit-on souvent. C’est vrai. Soyons attentifs. Ne laissons pas une subjectivité primaire nous couper de la réalité des choses et des hommes.

Je pense notamment au champ lexical usé par notre bien-aimé président, qui possède une tendance naturelle à l’emphase : on ne peut déclarer la guerre partout, tout le temps, et à tout le monde, y compris lorsque les ennemis, mêmes délinquants, appartiennent de plein droit à votre société, en faisant fi des conséquences sur la perception par les citoyens de cette même société ? Sommes-nous tous en guerre contre tous ? N’est-ce pas précisément pour éviter cela que nous nous sommes érigés en société, puis en civilisation ?

Songeons également aux risques potentiels que peuvent parfois représenter certains espaces dits d’expression libre. A titre d’exemple, je vous laisse consulter la page Facebook de Sarah Palin (http://www.facebook.com/sarahpalin) que M. Copé prétend copier : les commentaires négatifs y sont systématiquement effaces pour ne laisser la place qu’aux louanges de Dieu et des Etats-Unis, « nation élue ». Cela fait peur, très peur. Peut-être plus par le contrôle implicite de l’information que par le fanatisme des militants. Mais la peur ne passera pas. La peur est la petite mort de l’esprit. Le dialogue est toujours possible. Ne suivons pas ce mauvais exemple. Comme l’écrivait magnifiquement Fernando Pessoa : « Des convictions profondes, seuls en ont les êtres superficiels. Ceux qui ne font pas attention aux choses ne les voient guère que pour ne pas s’y cogner, ceux-là sont toujours du même avis, ils sont tout d’une pièce et cohérents. Ils sont du bois dont se servent la politique et la religion, c’est pourquoi ils brûlent si mal devant la Vérité et la Vie. ». En 2011, soyons vivants, échangeons !

Mathieu V.

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