Paul Thomas Anderson, cinéaste californien


Paul Thomas Anderson n’est pas un inconnu, loin de là. Non, mais ses films sont plus connus que lui et c’est très bien ainsi. Ça nous change. Il a réalisé quatre films à une cadence raisonnable de plus ou moins trois ans. Le temps humain nécessaire pour nourrir l’envie d’un film, le sentir, le voir puis le filmer.

Portait des rejetons Anderson. L’ainé Boogie Nights a aujourd’hui treize ans, il est toujours aussi drôle et bien… bâti. Sa sœur Magnolia a été une bénédiction pour son père, elle a été adulée, sera courtisée. Punch-Drunk Love, le petit frère était plus timide et en retrait mais avec les années, il est devenu très attachant et charmant. La petite dernière There Will Be Blood était la plus belle, la plus désirée, au point de finir par rendre jaloux et irrités certains. Ce semblant de bonheur familial cache, comme toujours, des drames. La non-reconnaissance en France de son premier fils, Sydney, qui n’y est jamais sorti. Plus récemment, le petit The Master a été annoncé comme mort-né. Le tournage du film sur le fondateur de la Scientologie a été reporté sin die.

Chacun des films d’Anderson m’a impressionné et touché, ce qui est finalement ma définition d’un bon film. Un plaisir visuel qui chatouille l’homme que je suis. Anderson n’est pas un surdoué. Les frères Coen le sont, pas lui. Il aime filmer et ça se sent. Sa mise en scène n’est pas démonstrative mais pleine de bonnes idées et de trouvailles. La timidité a rarement été si sensiblement mise en images que dans Punch-Drunk Love. Dans There Will Be Blood, il y a un très beau mouvement de caméra dans un train où un lent travelling arrière, très élégant, nous fait comprendre que le père abandonne – sans remord – son fils. Le réalisateur se renouvelle à chaque fois. Sa mise en scène ne se transforme pas au fil des films en système, en truc maîtrisé et dupliqué d’un film à l’autre (cf S. Coppola).

Anderson a raconté deux fois des histoires : Boogie Nights (plongée à la cool dans le milieu du porno entre les 70’s et le début des 80’s) et There Will Be Blood (magistrale parabole sur la naissance de l’esprit capitaliste) et il a raconté deux fois des névroses : Punch-Drunk Love (un garçon mal dans sa peau qui cherche l’amour) et Magnolia (une névrosée, un névrosé, des névrosés). Il n’a rien assené, rien revendiqué, mais a toujours parlé de nos vies en mouvements, de nos aspirations et de nos blocages.

Au dessus de tous, je place l’immense There Will Be Blood. L’ambition folle de filmer une parabole où le dollar et la Bible, les deux mamelles de l’Amérique, s’affrontent, se dénient, se corrompent, se pervertissent pour… réussir. Bref, ce que nous sommes tous devenus. Le sujet est aussi lourd que son traitement est gracieux. J’ai un souvenir plus éloigné de Punch-Drunk Love. Peu d’images me reviennent de ce film mais par contre, vivant, le souvenir que je m’étais rarement senti aussi proche d’un personnage de film. Le dernier a été vu récemment, Boogie Nights. Là, c’est la récrée, comme une après-midi d’été à se la couler douce avec des potes et des nanas. Magnolia, je dois faire l’impasse. Je l’ai vu sur un PC portable posé sur une pseudo table basse autour de cinq larrons (« tu vois là ? plus bas ? et comme ça ? oui, bah c’est sombre – vas-y lance »). C’est sûr, Tom Cruise et Philip Seymour Hoffman y étaient géniaux.

Anderson est un cinéaste américain et même plus que ça, il est californien. Terre de jubilations et de névroses, du Prozac et du monoï. Ses films en sont le reflet parfait. Voilà, l’article se termine et j’en arrive à l’essentiel : Paul Thomas Anderson est Mon cinéaste U.S.

Augustin B.

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2 commentaires pour Paul Thomas Anderson, cinéaste californien

  1. Moi qui croyait que c’était MON cinéaste U.S. à moi tout seul…

  2. CINETHINKTANK dit :

    Magnolia est excellent, bien qu’il pompe pas mal, six ans après, le non moins excellent Short Cuts de Robert Altman (destins croisés, face B de LA, durée 3 heurers). On peut en outre lui reconnaître la pertinence de cette réplique: « We may be through with the past, but the past ain’t through with us » (on en a peut-être fini avec le passé, mais il n’en a pas fini avec nous ».
    Matthieu Z.

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