Le monde est ennuyé de moy, – Et moy pareillement de lui‏


Telle est la citation de Charles d’Orléans qui ouvre le dernier roman de Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire. Un roman misanthrope, qui se situe aux antipodes de l’ouvrage de Stéphane Hessel, dont le claironnant Indignez-vous ! invite à l’engagement citoyen. Deux best-sellers pour deux visions opposées du monde, qui nous amènent à nous interroger, en ces temps d’instabilité économique et politique, sur celle qu’il convient de rallier. Un choix qu’il est finalement assez simple d’effectuer.

Le marketing aura donc fait une nouvelle victime, l’indignation, puisqu’il est devenu de bon ton d’être « en désaccord » tandis qu’en réalité rien ne change dans notre France sclérosée. Chacun s’indigne dans son coin et se rassure avec l’idée qu’il décidera désormais de ne plus accepter son (pas si) triste sort. Retraites, immigration, sécurité (…) toutes les mesures prises à la va-vite par Sarko sont contestables et il ne sera question de laisser passer tant d’affront sous silence ! C’est cette histoire que raconte le succès en librairies du bouquin d’Hessel, lequel se borne à dire qu’il convient tout au mieux de se montrer insatisfait. Creux, consensuel, ce sursaut citoyen donne la nausée, à l’image du bio dont on on nous gave, à l’image des films larmoyants (cf Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet) qu’on nous inflige.

En pareilles circonstances, le roman de Houellebecq, dernier prix Goncourt en date, est salutaire. Comment en effet ne pas accompagner l’auteur dans ses visions désespérées de notre société décadente ? Comment ne pas constater l’absolue solitude des individus dans un monde gangréné par les tendances, l’art, le cuisine « à l’ancienne », la globalisation et l’absence de réflexion ? Une réalité bien douloureuse, c’est certain, mais après tout « il n’y a que la vérité qui blesse », selon l’expression consacrée.

Il faut toutefois noter que la plaie béante laissée par la plume de Houellebecq, et la dépression généralisée qui résulte de son cynisme plein de lucidité, sont des domaines encore non récupérés par le marketing. Ce qui remonte un peu le moral… pour un court instant : trois films dont on était en droit d’attendre beaucoup, Black Swan (Darren Aronofsky), True Grit (Joel et Ethan Coen) et Carancho (Pablo Trapero) se sont révélés à l’écran d’une violence désagréable et d’une banalité déplorable. True Grit réhabilite sans originalité le western pour rassurer des Américains en crise sur l’existence d’un mythe depuis longtemps disparu ; l’argentin Carancho est embourbé dans un scénario à l’américaine peu aventureux ; l’intrigue de Black Swan ne présente plus d’intérêt dès lors qu’elle est infectée par la ronflante schizophrénie de l’actrice principale. Bref, des films assez semblables, faits par et pour des gens qui se ressemblent (les bobos). L’uniformisation prédite par Houellebecq se vérifie chaque jour un peu plus dans des salles de cinéma bondées, et si souvent gênées par le bruit du popcorn craquant sous la dent.

Matthieu Z.

Publicités
Cet article, publié dans Politique & Société, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s