Longtemps qu’on n’avait pas ri


Longtemps qu’une moustache ne m’avait pas fait rire. Longtemps qu’un film tout court. Dernier rire ? Loin. Pas Dujardin. Pas l’autre con de Boon. Les one man shows non plus : pas le dernier Debouze, non, médiocre, pas le dernier Semoun, à chier, pas même Elmaleh, d’ordinaire plaisant. Pas le Coluche, mort, pas le Jugnot, fatigant. Le Dupontel ? Ah non, vraiment, c’était chiant comme la pluie. Le Garcia, pas mal, ouais, cocasse. Eric et Ramzy ? Ouais ok, ça j’aime bien.

Mais mieux que ça la moustache. Oh cette moustache. Et les dialogues, au poil. Blanc fume un joint dans un squatte loin du seizième. Lanvin en bas joue du saxo. Panique au rez-de-chaussée : le gringalet grelotte en été. Voilà François (Lanvin) quatres à quatres et l’autre Denis (Blanc) qui claque des dents. Réconforté par son pote ce dernier dégaine la moustache : « J’ai été attaqué par des renards », « Si je parle mal c’est parce que j’ai les dents qui poussent », ou encore : « Il neige, tu m’aideras ». Du sur-mesure pour Michel Blanc, hypocondriaque en verve. Des types costauds lui ont éclaté une guitare sur la tête dans les couloirs du métro. Il chantait pourtant un bon Renaud, mais les cutters brillaient plus. Sa meuf est naze, baise ajournée. Journée de merde familière, coucher sévère. C’est pas grave on fourguera des manteaux contrefaits, demain, pour manger.  Et cela de manière honnête.

Marche à l’ombre (Michel Blanc, 1984), Viens chez moi, j’habite chez une copine (Patrice Leconte, 1981), voilà deux films drôles. Qui font rire car l’acteur l’accepte, ad hominem. Ceux-là jouaient les nazes, et faisaient rire les bourgeois, comme moi. Mais les pauvres tout autant, car ils se mettaient en deçà. Les gars d’aujourd’hui font les fiers après deux ou trois succès : il ne faut plus rire d’eux maintenant, il faut les envier. Ils ne jouent plus les nazes, ils jouent les riches, et leurs gags portent sur le gratin. Du coup, c’est moins drôle. Et puis l’époque a changé.

Il a fallu la TNT pour revoir ces films, et enfin après longtemps, messieurs-dames, rire. Oh, peut-être sont-ce les mêmes fonds, les « fonds du rire » secrets que se passent et repassent M6 et TF1 jusqu’en leur filiales. Voilà un bien à leur décharge. Voyez comme je ne suis pas rancœur. J’ai aimé, oui sans honte, et ri de revoir ces films. C’est éculé, c’est usé sans-doute, mais c’est drôle. Et je vous emmerde. On ne fait plus ça aujourd’hui.  Pourquoi ? Voilà qui mérite un rire.

A mon avis, en tant que modeste journaliste non salarié d’un site pourtant sérieux : (1) Le clodo fait peur tant il est réel. Jadis son personnage offrait de mettre toutes choses à distance, et permettait l’humour semblable à celui du fou, du grelot, du palefrenier.  Aujourd’hui il est le sujet d’un fait divers trop fréquent.  (2) Le rire n’est plus de mise car la société a perdu les longueurs qui la séparaient d’elle-même. La vie n’est pas amusante,  il faut travailler plus pour gagner plus. Cela n’est pas un jeu, là se joue l’être. (3) L’humour ne peut porter sur les valeurs, car il n’en est plus beaucoup qui soit générales ou abstraites. Les valeurs collent au réel et donc le réel est tous les jours en jeu : celui qui trompe le réel par des jeux d’acteur ou des blagues trompe ces valeurs et n’est pas bon sociétaire. D’où ce (4) La vie est devenue hyper chiante et l’on ne peut rire que d’un sujet lointain, ou de la crétinerie non matérialiste.

Je ne suis pas sociologue, ni nostalgique, mais je note comme faisant partie du contexte de l’humour de Blanc : l’agneau grillé à vingt-huit francs (4 euros, aujourd’hui le prix du parking) au bar du coin, le squat communautaire et gratuit qui semble plus agréable et salubre que mon appartement actuel, la facilité qu’on a de « pécho des meufs » quand on est clodo dans les années quatre-vingt (essaye aujourd’hui, tu verras), la clope partout, le maillot de bain une pièce,  l’effet super sur les filles de la guitare et des muscles.

Bien sûr, la fiction reste la fiction, et l’époque reste l’époque. Rions, ça ne coûte rien.

Clement Van de Velde

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