« Les Petits Mouchoirs » des petits bourgeois


Imaginez un film qui ne serait qu’un miroir, un simple miroir qui ne ferait que représenter nos petitesses, nos lâchetés, nos mesquineries, notre incapacité à faire des choix, à changer nos vies, à écrire l’histoire. Et même pire. Imaginez un film qui ne s’écarterait du simple miroir uniquement pour étaler les bienfaits d’avoir un ami ostensiblement généreux qui permet de passer des vacances à Arcachon. Guillaume Canet l’a fait avec ses Petits Mouchoirs (2010), patchwork de début d’idées jamais abouties, de commencements de conflits jamais vraiment traités, de complaisances pour se satisfaire de la vie telle qu’elle est, parce que, finalement, on est tellement beaux, formidables et on croit tellement s’aimer. Entre soi et entre deux, tout le film de cette bande de copains-copines est ainsi bâti sur la demi-mesure plate et l’auto-célébration de parvenus à pas grand-chose.

Le prétexte d’abord. Des amis qui partent en vacances alors que Ludo (Jean Dujardin) est hospitalisé dans un état critique suite à un accident de deux roues. Mais, attention, hein, comme c’est un pote, ils ne partent que 15 jours au lieu d’un mois entier. C’est bô l’amitié.

Quelques intrigues ensuite. Vincent (Benoît Magimel), marié avec enfants, fait une déclaration à Max (François Cluzet). Mais attention, hein, juste quelques regards, aucun geste, aucune tentative de vivre son désir. C’est bô l’homosexualité. Une autre. Isabelle (Pascale Arbillot), alors que son mari Vincent veut enfin l’honorer, court s’habiller de dessous affriolants. C’est tellement crédible de prévoir l’attirail olé-olé pour réveiller son homme quand on part en vacances avec ses enfants et des potes au bord de l’océan. C’est bô le mariage.

Une scène enfin. Une seule scène où le ridicule atteint le sommet du ratage. C’est l’enterrement de Ludo, à la fin, parce qu’il finit par mourir, l’apothéose lacrymale où, pour une fois, Marie (Marion Cotillard) a une bonne raison de pleurer. Ils sont tous là, les potes, en noir, ils échangent des regards tristes. Mais, à Arcachon, Jean-Louis (Joël Dupuch) l’ostréiculteur mûr, en short mais au regard profond, ne prend pas le temps de se changer, démarre son utilitaire et fonce au cimetière pour jeter sur le cercueil de Ludo un peu de sable de là-bas. Il ne reste plus aux « amis » qu’à faire le tas de larmes et de bisous. Même les pseudos homosexuels se réconcilient et tout le monde pourra repartir en vacances l’année prochaine à voir dans Les Grandes Serviettes.

Mais que signifie le geste de Jean-Louis? A la fin de Land and Freedom de Ken Loach (1994), la petite fille jette de la terre espagnole sur le cercueil de son grand-père dont elle vient de découvrir l’histoire. Le geste a un sens : le grand-père s’est battu pendant la Guerre civile de 1936 et a souffert pour cette terre espagnole, il a aimé sur cette terre. Jeter cette terre sur son cercueil marque un juste retour puisque c’est le grand-père lui-même qui avait gardé cette poignée de terre. Et le geste de Jean-Louis ? Il est d’abord destiné à émouvoir, comme dans le film de Ken Loach. Mais, pour le reste, le message sur le cadavre de Ludo c’est : « Tiens, ça te fera tes vacances ! »

Marc Gauchée

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