La dictature du « woaw ! »


"Leviathan", Anish Kapoor (Monumenta 2011, Grand Palais) © Valérie Oddos

« Woaw ! », voilà ce que le sculpteur Anish Kapoor espère que le public se dise en découvrant son encombrante œuvre d’art, Leviathan, actuellement exposée dans la Nef du Grand Palais*. Woaw, soit un mini-mot pour une méga-sculpture. Woaw, soit aussi le cri qu’il est devenu normal de pousser à l’écoute des incroyables événements dont nous abreuvent les médias ces derniers temps.

Fukushima ? Woaw ! Ben Laden ? Woaw ! DSK ? Woaw ! Woaw de dépit, woaw d’effroi, woaw d’hébétement. Depuis quelques semaines, nous avons franchi un cap : à l’écoute des « news », nous voilà plus que jamais privés de la possibilité de réagir autrement qu’avec ce drôle de petit mot. Pas vraiment un mot d’ailleurs, juste un terme un peu sot, conséquence légitime de la répétition avec laquelle on nous assène l’alarmante information.

Car il n’est plus question de se borner à servir de l’info brute. Il s’agit désormais de faire une montagne de tout événement, en disproportionnant les conséquences d’une catastrophe, en prédisant d’imminentes répercussions terroristes, en dramatisant la descente aux enfers d’un politique. C’est le règne du too much, dans les arts plastiques comme dans l’actu.

Pascal Brukner expliquait récemment, dans une pertinente analyse livrée au Monde (La Séduction du désastre**), les conséquences de l’actuel catastrophisme ambiant. Situant celui-ci « dans les pays occidentaux, comme s’il était la résidence secondaires des peuples privilégiés », l’auteur relevait ce curieux paradoxe : « en voulant nous persuader du chaos planétaire, (le discours apocalyptique) intègre notre disparition éventuelle à la tiédeur quotidienne. Il voudrait nous réveiller, il nous engourdit. ». Avant de conclure que « le tambour de la panique propage découragement et désespoir au lieu d’encourager la résistance. ».

Il faut se souvenir de cette analyse que c’est à nous, peuples privilégiés, qu’il revient de garder la tête froide. A nous d’éviter de prononcer ce « waow » autant qu’il est possible. A nous de relativiser la situation dans laquelle nous nous trouvons. Au diable la stupéfaction contraignant l’action. A chaque drame, bien au contraire, sa solution constructive.

Reste maintenant à savoir ce que proposera le sculpteur invité dans le cadre de la prochaine édition de Monumenta. Une œuvre qui englobera toute l’armature du Grand Palais ? Et quel cri alors serons-nous censés pousser ?

Matthieu Z.

* selon les dires du sculpteur : http://www.lejdd.fr/Culture/Expo/Actualite/Anish-Kapoor-est-le-nouvel-invite-du-Grand-Palais-309999/

** http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/30/la-seduction-du-desastre_1515097_3232.html

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