Le « boum » et le « bang » : Cannes, DSK et ce joli mois de mai


Comme je me serais tu si j’étais un éléphant. Comme j’aurais attendu, comme un sage, que passent la tempête et la cacophonie. Prendre une route communale quand l’autoroute est bouchée, quel pied, on redécouvre la campagne. « Se moucher » quand on parle, afficher un air grave, quelque retenue du moins, voilà ce que j’aurais fait si j’étais passé ces jours-ci sur les plateaux télé. Et peut-être que si je n’avais pas perdu mon temps à guetter les tweets en provenance de New York j’aurais vu plus de bons films cette semaine (toujours pas été voir le nouveau Malick, que pourtant j’attendais). Jamais j’aurais si peu suivi le passage des stars, si peu vu se salir à mesure le fameux tapis rouge. Billet libre et sans plan, comme la défense d’un homme à cheval sur le Styx.

Michel Denisot, Grand Journal en direct de Cannes, mardi 17 mai : « Et vous, Catherine Deneuve, que pensez vous de cette affaire ? – Euh… Rien »

Ce mois de mai quel bordel : comme si l’affaire Dreyfus était jugée dans la piscine à boules de Disneyland Paris. Tu zappes et tu passes d’un monde à l’autre. Nagui présente soudain Les Mercredis de l’Histoire. Chacun sent que le boom et le bang nous reviendront des jours passés, qu’on devrait plutôt se planquer en attendant que le beau temps succède à la pluie. Intrusion de « l’affaire » sur les plateaux décontractés, mais c’est comme l’entonnoir qui piège la guêpe en été : l’inverse n’est pas vrai, l’attirance est unilatérale. Je ne sais pas si vous le sentez mais cette année la Croisette a la honte. Le journalisme sérieux s’éloigne des festivités et ceux qui couvrent ces dernières ont l’air de suivre un match de football sous des rafales de bombes. C’est moins drôle qu’avant, quand on savait qu’après Cannes, il y aurait Roland-Garros (où l’on verrait Belmondo tout bronzé), puis l’été, puis Intervilles, puis tout ça, la vie cool et les verres de rosé.

Quelques personnes sont en colère, mais la plupart non. La plupart n’y croient pas à cette histoire mais s’indignent doucement, peu sûres de leur instinct. Imaginez que tout d’un coup l’on apprenne que de Gaulle était une femme travestie ou je ne sais pas, que Zidane était le pseudonyme de Bernard. Ca fait bizarre. On se dit « quel salaud » mais on repasse devant leur portrait, suspendu dans la salle à manger, et l’on ne sait plus que croire. On est tout chose et c’est presque bon quand même, de savoir que la réalité dépasse parfois la fiction, que le JT pour une fois divertit plus que Cannes. On redécouvre que rien n’est figé. Beaucoup s’ennuyaient de savoir déjà si longtemps à l’avance le nom du prochain président. C’est comme si on nous avait dit en septembre que Lille serait champion. Ca n’aurait plus servi à rien de se battre ni même de vivre qui sait, pour certains. Cette affaire nous bouscule. Seuls les Français s’en plaignent, quoique pas tous, quoique non : tous au fond s’en délectent. Ils étaient nombreux, comme des vautours cachés, honteux, déguisés en moines américanophiles, à prendre un plaisir refoulé à voir les tours jumelles en cendre. Ils sont nombreux aujourd’hui déguisés en tenants du complot, en amis excédés (BHL et Lang m’ont peiné cette semaine…) à reconnaître mais seulement pour eux-mêmes que nous sommes passés tout près d’élire un mec tordu. Ils critiquent sans recul une justice étrangère qui a au moins pour elle de donner voix aux faibles.

Le spectacle et la politique ne font pas toujours bon ménage. Lars Von Trier l’a compris cette semaine. Je crois qu’il a voulu blaguer mais ce n’était pas le bon moment. Les gens étaient crispés. Ça m’a rappelé Galliano. On n’attend pas de de Niro qu’il parle de la Syrie. Les gens voient beaucoup de meurtres le dimanche soir sans pleurer. Voir un ponte avec des menottes les émeut plus que tout, et pourtant le même soir, dans le même lit, avec le même cafard lorsqu’ils pensent au lundi. Tant mieux. C’est sain. Surtout quand la victime présumée est réelle. Mais je me désole quand tout un peuple pleure un seul homme (est-il à ce point en recherche de messie ?). Un homme aujourd’hui et un seul devrait pleurer tout un peuple, voilà qui serait normal, voilà qui serait bon.

Sans parti pris, Clément V.

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22 commentaires pour Le « boum » et le « bang » : Cannes, DSK et ce joli mois de mai

  1. cantais dit :

    Bonjour,
    Pourquoi le verbe « devoir » en dernière phrase de texte ?
    prudence c.

  2. Christophe Diaz dit :

    Au début : « Comme je me serais tu si j’étais un éléphant. »

    Plus loin : « …que nous sommes passés tout prés d’élire un mec tordu. Ils critiquent sans recul une justice étrangère qui a au moins pour elle de donner voix aux faibles. »

    Non, apparemment, toi non plus, tu ne te serais probablement pas tu.

  3. Christophe Diaz dit :

    Et c’est dommage.

  4. Rene Nerde dit :

    @Christophe, Je ne comprends pas le point a la lecture du texte…suggerez-vous que le silence s’impose en l’etat ? Ce que du coup je pourrais comprendre ? Rene

  5. Christophe Diaz dit :

    @Rene : Je suggère cela en effet. Si le principe de présomption d’innocence veut encore dire quelque chose pour nous, je ne vois en effet que le silence comme possibilité.

  6. Christophe Diaz dit :

    Je ne plaçais en lui aucun espoir. Je suis convaincu que ce sont les abstensionnistes qui décideront du sort du président sortant en 2012.

  7. Christophe Diaz dit :

    Je ne plaçais aucun espoir en lui. Je suis persuadé que ce sont les abstentionnistes qui décideront du sort du président sortant en 2012.

  8. Clément dit :

    Bonsoir.

    @Christophe: Evidemment le silence s’imposait sur ce sujet que j’ai traité malgré tout et qui me dégoûte et donc m’interpelle. Pour exprimer mon sentiment à l’égard de cette actualité, c’est une page blanche qu’il m’eût donc fallut rendre. Nous n’aurions pu alors discuter.

    Clément V.

  9. Christophe Diaz dit :

    Bonjour Clément,

    J’entends votre réponse mais suis en désaccord.
    Le fait que vous en parliez à provoquer une réaction de ma part certes, mais ni sur le fond (y-a-t-il eu [tentative de] viol) ni sur la forme (exposition médiatique de SK par la Justice US) nous n’avons discuté ni ne discuterons de cette affaire, car j’estime que seul le silence s’impose si la présomption d’innocence est un principe respectable.

    Vous parlez bien évidemment de ce que vous voulez et je me suis seulement permis de vous en faire le reproche car j’estimais que votre commentaire revenait à ne pas respecter ce principe fondamental et surtout parce que vous employez l’expression « mec tordu », qui me paraît terriblement déplacée dans ce contexte. Ni vous ni moi n’avons jamais partagé de relations sexuelles avec DSK et ni vous ni moi n’étions présents dans cette chambre du Sofitel new-yorkais. En clair, ni vous ni moi ne sommes en mesure d’émettre un avis raisonnable sur cette accusation.

    Quant à la justice américaine, elle a ses défauts et ses avantages mais dire qu’elle a pour caractéristique de « donner voix aux faibles » est, à mon avis, faux. Proportion de Noirs en prison ? Proportion de Noirs condamnés à mort ? Un prévenu célèbre ou riche sera-t-il aussi bien défendu qu’un pauvre gars avec un avocat commis d’office ? On peut également dire que, pour des raisons de carrière, certains procureurs n’hésiteront pas à essayer à tout prix de se payer une personnalité. On peut donc dire beaucoup de choses sur cette justice.

    Quant à la jutice française, on ne sait jamais s’il faut en dire Outreau ou pas assez.

  10. Clément dit :

    Merci Christophe

    Vous oubliez de prendre en compte, comme beaucoup, pour contrebalancer ce principe juste de présomption d’innocence que nul ne veut remettre en cause, le principe non moins juste que les féministes françaises défendent et c’est leur droit ces jours-ci de « présomption d’agression », du point de vue de la victime supposée. On ne peut, dans ce genre d’affaire, accorder à l’un ce que l’on refuse à l’autre. J’entends moi votre indignation, qui ressemble moins à du silence qu’à la défense acharnée d’un homme perdu.Je sais qu’il est facile pour une femme de salir la réputation d’un homme, mais dans le cas qui nous occupe, jusqu’à maintenant, rien ne suppose qu’elle agisse par appât du gain.

    Concernant cette expression de « mec tordu », relativement sympa en comparaison des petits mots qu’on entend ici ou là, je m’en justifie facilement: peu importe qu’il soit coupable ou non ici, ses agissements antérieurs et ses pratiques régulières, que même ses collègues admettent, me suffisent à le penser.

    Taisons-nous quand vous voudrez, je vous répondrai volontiers.

    Clément V.

  11. Christophe Diaz dit :

    Pas encore alors.
    Le fait même de vouloir mettre face au principe de présomption d’innocence celui de « présomption d’agression » (comme vous le nommez) est pour moi la négation du premier principe. Pour éviter donc de peser par le qu’en-dira-t-on sur le jugement final, qui lui seul établira si la justice estime que la plaignante est bien « victime », il convient donc de se taire.
    Même les amis, dont on comprend pourtant mieux qu’ils veuillent défendre l’un des leurs, doivent se réserver pour d’éventuels témoignages de moralité et éviter de donner la lance aux délateurs ou autres justiciers de saloon pour qu’ils l’enfoncent dans les flancs du crucifié médiatique risquant de finir ses jours en prison. Car on parle quand même bien de ça : 75 ans de taule. Ca pousse au silence, à la retenue, non ?

    Quant à votre justification facile de votre « mec tordu », je ne peux qu’en déduire que vous étiez bien présents lors des agissements « antérieurs » et « réguliers » du présumé coupable. A moins que le qu-en-dira-t-on vous suffise à vous forger une opinion sur la moralité d’un homme que vous ne connaissez pas.

    Au fait, de quels agissements parlez-vous ?

  12. G-Chantal dit :

    Avouons tout de même que nous manquons d’informations avérées et que de ce fait nos conversations concernant ce sujet sont souvent un peu stériles…

  13. Christophe Diaz dit :

    Cette discussion n’a pas pour but une recherche de la « vérité », qui, même après le procès, n’apparaîtra peut-être pas. La parole des uns aura été opposé à celle des autres et un groupe d’individus décidera en son âme et conscience si DSK finira ou non sa vie en prison.
    La discussion portait sur l’absolue nécessité de ne pas influencer le futur jury par le brouhaha d’une opinion publique qui ne sait rien de ce qui s’est réellement passé.
    La discussion portait sur le fait de considérer comme innocente une personne accusée et pas encore jugée.
    La discussion portait sur le fait de s’interdire même peut-être d’avoir un avis à l’issue du procès si celui-ci a tourné à la mascarade.
    La discussion portait sur le fait que je n’ai pas d’avis à avoir sur la vie privée d’un homme.
    Si DSK est un violeur récidiviste, je regrette juste que la justice ne l’ait pas déjà condamné. Mais je n’en sais rien et, pour l’heure, cela ne me regarde pas.
    La discussion portait juste sur cela, même si bien des choses pourraient être dites sur l’empressement qu’ont eu certains à récupérer cette affaire et à salir la réputation d’un homme. N’est-ce pas Daniel Schneidermann ?
    Bien des choses pourraient aussi être dites sur la satisfaction qu’éprouvent les masses à voir les puissants tomber.
    La vengeance par procuration au lieu de la lutte des classes comme couardise ultime des plus faibles ? Là, pour le coup, j’en serais moins sûr tant j’espère que les « gens » sont peut-être plus sages dans cette affaire que les chroniqueurs et dealers de mots.

  14. Clément dit :

    Merci à vous pour vos messages

    @Chantal: comme vous avez raison. Et, pourtant,une forme de pulsion nous pousse à nous exprimer, à nous débattre et nous battre. Je ne la crois pas pire que celle qui nous presse à entendre, à tout entendre.J’entamais l’article dont il est question ici par un « si », et j’usais ensuite de beaucoup de pincettes lorsque je rentrais dans mon sujet, Notre Sujet. Ce « si j’étais un éléphant » a disparu de l’argumentation qui veut m’accabler. J’adore vous lire. J’espère qu’il en va de même pour vous car je ne suis là que pour le plaisir de la dicussion. Christophe l’a compris.

    Si le « coupable » est coupable, je n’en sais rien. Si la « victime » est victime, je n’en sais rien. Mais vous, Christophe, nous pouvons vous charger sans risque d’être anticonstitutionnels. Je vous remercie alors d’être un simple quidam (bien qu’une courte enquête m’ ait permis de connaître de vous plus que ne vous l’affichiez)car voilà mon propos: on est passé tout près d’élir un mec tordu.

    Cela vous choque, et pourtant je crois résumer ainsi l’opinion de bien des français. La mienne avant tout. J’en ai assez de votre argumentaire unilatéral et je vais vous le démonter ici-même:

    1° S’il est coupable, il est coupable.
    2° S’il est non coupable, il est coupable quand même d’être un queutard de motels sans aucun panache.
    3° S’il est non coupable des faits décrits ci-dessus, il est quand même coupable de m’avoir laissé si facilement l’y piéger, et vous, Christophe, son fan, obligé de le défendre à distance contre l’avis de toutes les femmes de France (vous passez donc pour un machiste, ma copine est d’accord, et vous vous salissez gratuit sans la garantie d’être nommé à des fonctions importantes le jour où il serait blanchi).

    Ces trois derniers points valant uniquement pour un personnage impliqué dans la sphère publique.

    Je ne suis pas un grand admirateur de la justice américaine. Je doute néanmoins qu’une « soubrette » d’origine africaine aie pu s’exprimer en France sur ce genre de délits « supposés ». Si cela, pour vous, constitue un préjudice à l’égard de l »innocent présumé », c’est que vous êtes un partisan invétéré du pouvoir.

    Au plaisir de me taire avec vous,

    Clément V.

  15. Clément dit :

    Je trouve votre propos sur « la lutte des classes facilement évacuée par la chute facile d’un puissant » extrêmement intéressante, car il en va de la justice comme de la com: c’est une arme à double tranchant, et celui qui s’en sert d’abord en est souvent la seconde victime.

    Nous ne nous battrons pas sur ce sujet là car je suis en partie d’accord avec vous.

    Je ne suis pas un dealer de mots. Je suis celui qui vous permet, Christophe, de vous exprimer, et oppose à vos croyances des réponses construites.

    Bien à vous tous,

    Clément V.

  16. G-Chantal dit :

    Oulala ne parlez pas au nom de toutes les femmes de France svp, et toute cette agitation n’aide ni la plaignante ni la condition féminine! Mais pour le coup l’égalité des sexes a avancé d’un grand pas, maintenant le queutard est considéré comme un tordu, exactement comme les femmes sexuellement libérées. Il est vrai aussi qu’en politique nous avons eu très peu de tordus… Quoiqu’il en soit, des cas de ce genre nous en avons pléthore en france, avec des hommes coupables, des femmes victimes et le contraire aussi. Alors gardons notre hargne dans la poche and wait and see. Cordialement.

  17. Clément dit :

    @Chantal: Je ne parle pas, relisez donc, au nom de « toutes les femmes de France », mais relaie un tant soit peu l’opinion des « féministes françaises ». Grosse différence à mon avis car vous ne faites pas partie de ces dernières je crois? Merci de votre soutien. Il vous honore.

    Est-ce que j’ai montré de la hargne? n’hésitez pas à vous justifier.

    Bien à vous!

  18. G-Chantal dit :

    Me justifier… non merci, je préfère clore ce débat ici, laisser aux lecteurs se faire sa propre opinion et aller musarder au soleil couchant. Cordialement.

  19. CINETHINKTANK dit :

    Je pense que Christophe Diaz aurait pu ecrire cet article

  20. CINETHINKTANK dit :

    @Belinski: tu veux dire DS-Keu?

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