Et si vous mettiez vos magazines à plat ?


Plutôt que de fantasmer sur les pieds de votre voisine de plage, reprenez le magazine que vous avez abandonné à côté de votre serviette et ouvrez-le au hasard. Posez-le à plat, première et quatrième de couv’ visibles, comme si vous veniez d’interrompre la lecture d’un article pour vérifier que le drapeau est toujours vert et que vous pourrez donc aller vous baigner plus tard en rentrant le ventre. Le jeu est alors simple, il suffit de faire des liens entre les deux images qui, désormais, se juxtaposent : la première et la quatrième de couv’.

Illustrons par un exemple : le numéro 3200 de Télérama, du 14 mai 2011, que je retrouve dans la pile de magazines abandonnés par les locataires précédents du bungalow. Cela donne ça :

Sur la première de couv’ s’étale le portrait de Denis Podalydès dans La Conquête (de Xavier Durringer, 2011) et sur la quatrième de couv’, une photographie noir et blanc accroche le sourire de Brigitte Bardot. A l’opposé du jeu des 7 erreurs, ce sont les similitudes entre les deux personnages qui sautent au visage.

D’abord ils représentent deux personnalités célèbres qui servent d’étendards pour des produits : Brigitte Bardot est mobilisée pour un sac et Nicolas Sarkozy pour un film. Ensuite les deux personnages font appel à des mythes qui appartiennent au passé: celui de BB partant à la conquête de la France des années 1950 et celui de Sarkozy partant à la conquête – c’est d’ailleurs le titre du film- de la France des années 2000. Enfin, dans le registre du non-dit, ils exhalent tous les deux les relents de l’extrême-droite. D’un côté, Brigitte Bardot a affiché des connivences frontistes marquées par la nostalgie d’un âge d’or fantasmé, de l’autre côté Nicolas Sarkozy laisse son ministre de l’intérieur et son courant de la Droite populaire donner libre cours à leur haine de tout ce qui est étranger et extérieur à la « pensée » française la plus réactionnaire.

Tout cela est trop capillo-tracté et partisan ?

Sans doute. Mais comment ne pas penser que les deux personnages ont été consciemment juxtaposés ? Ce sont en effet deux grands portraits, ils affichent ostensiblement un accessoire griffé, sac Lancel ou lunettes Ray Ban. Même la façon de les nommer utilise la même ficelle en réduisant le prénom ou le prénom à une initiale mise en miroir : d’un côté, « Et Lancel créa… le B. Bardot », de l’autre « Nicolas S. le film ». En fait, que ce soit pour un sac de luxe ou pour un magazine culturel, le traitement publicitaire des êtres humains est bien le même. Et en politique comme en maroquinerie, quand le produit l’emporte sur l’être humain, on imprime le produit.

Marc Gauchée

Publicités
Cet article, publié dans Politique & Société, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s