La série de l’été : « Les bons vœux de celui qui se cherche » – Un président présidentiel en vain [2° épisode / 31 décembre 2008]


La belle machine se détraque, les Français ne marchent plus, ce qui libère également les critiques de la presse. Motivé par l’ouvrage Storytelling. La Machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits de Christian Salmon (La découverte, 2007), le commentaire des trucs et des ficelles présidentiels devient un sport national. En réaction le bel ordonnancement stratégique se brouille, la girouette s’affole : le 17 janvier, Nicolas Sarkozy, pourtant divorcé, ose un discours particulièrement cul-béni, met à mal la laïcité tout en se re-remariant le 2 février ;  le 8 août, il assiste à l’ouverture des jeux olympiques à Pékin mais réussit à fâcher la Chine en rencontrant le Dalaï Lama le 6 décembre.

En fait, les Français ne digèrent pas le «  Casse-toi, pauv’con ! » adressé le 23 février à un quidam qui refusait de lui serrer la main au Salon international de l’agriculture de Paris.

Pour s’en sortir, le président cherche à prendre de la hauteur, il adopte la posture internationale. La présidence française de l’Union européenne de juillet à décembre fournira le cadre, les crises qui se succèdent les occasions. C’est ainsi que le 8 août, il fait croire qu’il résout la crise géorgienne alors que les troupes russes ne se retirent pas et que les 200 observateurs européens sans armes se retrouvent spectateurs déprimés de la mise en scène de l’impuissance européenne. En octobre, il fait croire qu’il sauve l’Europe alors qu’il ne fait que sauver les banques en sacrifiant les services publics et les systèmes de protection sociale des Etats membres.

Pour ses vœux, le 31 décembre 2008, il lui faut à tout prix continuer à se présidentialiser. La mention « Palais de l’Élysée » apparait, les Français apprécient le mot « Palais ». Des livres, pleins de livres en fond, comme un vrai président sensible à l’esthétique littéraire, lui qui n’a cessé de réduire La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette à des blagues d’almanach Vermot. Les mains disparaissent pour éviter de trahir la moindre nervosité, le moindre tic. L’inspiration est celle des photographies officielles, de de Gaulle à lui-même en passant par Pompidou et Mitterrand.

En vain. Le mauvais pli demeure : le 14 juillet le président syrien Bachar el-Assad est invité à assister au défilé du 14 Juillet sur les Champs-Elysées et le 3 septembre le coordonnateur de la sécurité de Corse est limogé suite à l’occupation par des nationalistes de la villa de l’ami Christian Clavier. Nicolas Sarkozy reste le président de ses seuls copains, riches ou dictateurs. Pour les Français, il réserve dans ses vœux le leitmotiv compassionnel qu’il entonnera toutes les années suivantes : « L’année 2008 s’achève, elle a été rude ». Tu l’as dit bouffi.

Marc Gauchée

[À suivre]

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