L’État de l’exercice


Marc Gauchée, chroniqueur à CINETHINKTANK, a eu la chance de rencontrer Nathalie Kosciusko-Morizet le 25 octobre 2011. Ils ont pu échanger sur l’actualité politique.

MG : Comment jugez-vous le quinquennat de Nicolas Sarkozy ?

NKM : Je le trouve un petit peu désespérant…

MG : Vous pensez à sa campagne où il promettait d’être le « président du pouvoir d’achat » puis, moins d’un an plus tard, le 8 janvier 2008, il est obligé d’avouer « S’agissant du pouvoir d’achat, qu’est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ? Qu’il faut que je donne des ordres à des entreprises à qui je n’ai pas à donner d’ordres » ?

NKM : On ne comprend pas vraiment quelle est sa motivation. D’où cette impression de tristesse, de vide, de désespérance. Pour faire ce travail, il faut être porté par une vision qui dépasse tel ou tel sujet ponctuel.

MG : C’est sûr que les Français ont du mal à voir quelle est sa vision. Les exemples de brouillages abondent. Par exemple : d’un côté en 2007, il demande que la dernière lettre de Guy Môquet soit lue dans les lycées et, d’un autre côté en 2009, il laisse son ministre de l’éducation nationale rendre l’histoire optionnelle en terminale scientifique. Où est le sens en effet ?

NKM : Que les choix politiques soient durs, qu’il y ait de la violence dans le monde politique, certes, mais il y a un sens derrière les décisions.

MG : À chaque fois que vous revenez au sens, vous butez sur la réalité du quinquennat de Nicolas Sarkozy, fait de déclarations intempestives suivies de voltefaces. Il a même carrément dit en mars 2010 : « Au second semestre 2011, le gouvernement marquera une pause pour que le Parlement puisse, s’il le souhaite, délégiférer », comme s’il savait déjà qu’il avait eu tout faux. Et puis il y a l’entourage…

NKM : Il y a toujours en politique des égarés qui, dans la pratique, finissent toujours par s’avouer à eux-mêmes et à révéler aux autres qu’ils n’ont rien à faire là.

MG : Mais cela fait quand même beaucoup d’« égarés » qu’il a fallu recaser. Citons quelques exemples : la nomination, en mai 2007, de Laurent Solly, son ex-directeur adjoint de campagne électorale, à la Direction générale de TF1 ; la nomination, en octobre 2008, de Pierre Mariani, son ex-directeur de cabinet au ministère du budget, directeur exécutif de la banque franco-belge Dexia et la nomination, en février 2009, de François Pérol, son ex-secrétaire général-adjoint de l’Élysée, à la tête de la banque issue de la fusion entre la Caisse d’Épargne et la Banque Populaire.

NKM : Il est vrai qu’il y a beaucoup de simulacres et de mensonges en politique. Mais la vérité finit toujours par sortir !

MG : Quelle vérité ? Celle qui fait se succéder, en octobre 2007, l’augmentation de 172% du salaire du président puis, en novembre 2007, qui fait déclarer au même président : « Les Français savent très bien qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses » ? Il y a  de quoi s’interroger sur le rôle du politique !

NKM : Le travail du politique est de produire du sens, d’être utile.

MG : Encore le sens ! Mais tout le quinquennat n’est que subversion du langage et du sens. Les seuls pour qui le sens est resté le même, ce sont les privilégiés. Là, les réformes vont en effet toujours le même sens : de 2007 avec le « paquet fiscal » et le « bouclier fiscal », qui sont des cadeaux d’au moins 12 milliards d’euros, jusqu’en 2011 avec la réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune qui est un cadeau de 2 milliards d’euros… Pour les autres, pour l’écrasante majorité des Français, l’État coule.

NKM : On ne peut pas dire que l’État prenne l’eau.

MG : Je suis plus pessimiste que vous. Regardez ce qui s’est passé avec le site d’Arcelor-Mittal à Gandrange. Le 4 février 2008, Nicolas Sarkozy prend l’engagement suivant : « L’État est prêt à prendre en charge tout ou partie des investissements nécessaires ». Mais quand il revient en Lorraine en octobre 2009, il évite les ouvriers de Gandrange. Et pour cause ! Depuis, le site a été fermé et 575 emplois ont été supprimés. Là, l’État n’a pas pris l’eau, il a carrément bu la tasse !

***

Post-scriptum : toutes les citations de Nathalie Kosciusko-Morizet sont extraites des propos recueillis par Louis Guichard et Vincent Rémy dans Télérama, 26 octobre 2011… à propos du film L’Exercice de l’État de Pierre Schoeller.

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