« Les Neiges du Kilimandjaro », vers une renaissance des idéaux


On croyait les avoir perdus, doucement, mais sûrement. Ou les avoir vu s’estomper par ces temps de crise, nos idéaux de solidarité, d’entraide. Le climat politique ambiant n’avait pas aidé, il faut l’admettre, à les garder intacts. A l’écoute du dernier discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, on s’était senti grignoté par la peur de l’autre, submergé par la vague catastrophiste, alarmé par le piteux état de notre bonne vieille France, pourtant gouvernée par la droite ces dernières années. En voyant le dernier numéro d’Envoyé spécial, on s’était laissé convaincre de l’urgence qu’ont les « pompiers de l’état » à éteindre l’incendie européen, à endiguer la crise de la monnaie unique. Pour finalement, petit à petit, doucement mais sûrement, mettre entre parenthèses l’action collective au profit de l’effort individuel, du confort personnel, de l’illusoire bien-être.

Et puis Les Neiges du Kilimandjaro, de Robert Guédiguian, est sorti en salle pour remettre un peu de lien social au centre des préoccupations. Dans le film, quand Michel et Marie-Claire, bientôt retraités, se font braquer par le jeune Christophe, fraîchement licencié, le couple voit sa vie bouleversée. Le drame vient remettre en cause le voyage qu’ils ont reçu en cadeau pour leurs trente ans de mariage, mais surtout les certitudes qu’ils avaient jusqu’ici. Et les nôtres, par la même occasion, le spectateur étant invité, par un irrésistible effet de contagion, à se poser bien des questions, à s’interroger sur ses propres convictions. A réfléchir au cinéma, enfin, tout en étant confortablement assis sur son siège.

Guédiguian, qui ne verra pas d’objection à ce qu’on l’appelle Robert, est un grand cinéaste. Ce génie de la communauté arménienne a fait d’un film simple en apparence une œuvre d’une grande complexité, puisqu’il a su cerner l’homme dans ses profondes contradictions, l’analyser dans ses multiples nuances. Robert a compris qu’il n’y avait pas qu’une vérité, mais plusieurs réalités (celle de Michel, celle de Christophe…) et des dizaines de points de vue sur le drame qui a frappé le groupe marseillais. Les acteurs qu’il dirige le lui rendent bien : Jean-Pierre, Gérard, Ariane, Grégoire, Anaïs et tous les autres sont fabuleux. Ils incarnent tout en retenue leur rôle d’être humain plein de failles, de doutes, mais capable d’agir sur son destin. Et si chacun est amené à revoir sa copie, à reformuler ses idéaux, il adresse un message d’espoir à tous les spectateurs qui n’ont plus que faire, dès lors, du catastrophisme ambiant. Pourquoi ? Parce qu’ils sont appelés à tendre la main vers l’autre, en dépit des défis qu’impose un monde en constante évolution.

Faut-il y voir une définition du socialisme ? Qu’importe. Que Robert soit remercié de nous rappeler les valeurs pour lesquelles nous devons nous battre.

Matthieu Z.

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Un commentaire pour « Les Neiges du Kilimandjaro », vers une renaissance des idéaux

  1. Marc Gauchée dit :

    Matthieu, tu as été le plus rapide sur « Les neiges du Kilimandjaro »! J’envisage quand même de te retrouver sur cette piste jamais si noire.

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