Quand la fin ne justifie plus les moyens


En fin de journée, l’employé équipé avec Windows clique sur « Démarrer » puis sur « Arrêter » et là, la fenêtre de dialogue lui propose, parmi les choix du menu déroulant : « Arrêter le système ». Tout un programme. « Arrêter le système », carrément. C’est ainsi que l’employé a chaque jour le sentiment de changer le cours des choses. Le sentiment seulement. Parce que le système, même quand il dysfonctionne, réprime, devient complètement absurde, est plus fort. Pour l’employé, il ne reste plus que le retrait. Sans moi. Non merci, vraiment pas. Je passe mon tour.

Je revois alors le cardinal Melville (Michel Piccoli) au balcon, place Saint-Pierre, renonçant à être pape dans la dernière scène d’Habemus papam de Nanni Moretti (2011). Le merdier est total, les fidèles attendaient depuis si longtemps. Mais le cardinal choisit de laisser tout en plan. Il doit d’abord s’occuper de lui.
Je me souviens surtout de la fin d’Adieu poulet de Pierre Granier-Deferre (1975). Lorsqu’Antoine Portor (Claude Brosset), assassin et membre du service d’ordre de Pierre Lardatte (Victor Lanoux), notable du Parti républicain unifié de Rouen, prend en otage ledit Lardatte et réclame de négocier avec le seul commissaire Verjeat (Lino Ventura). Le commissaire se souvient alors qu’il a été « promu » à Montpellier suite aux pressions de Pierre Lardatte pour l’écarter de l’enquête sur Portor. Il saisit le haut-parleur et a ce mot : « Verjeat ? Il est à Montpellier, Verjeat ! »… avant de tourner les talons, plantant là sa hiérarchie au milieu d’un système complètement bloqué.

Il y a, dans ces renoncements, dans ces refus de participer à la mascarade, un accomplissement personnel que certains, en d’autres temps et pour faire oublier leur propre collaboration, ont qualifié de désertions. Mais qui n’a pas rêvé, secrètement ou non, de prononcer à la face d’un système qui tout à coup nous réclame, auquel nous serions devenus subitement indispensables et qui resterait dans l’incompréhension la plus grande : « Verjeat ? Il est à Montpellier, Verjeat ! ».

Marc Gauchée

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