Le moulin, la croix et le fusil à pompe


Le titre annonçait la couleur et il fallait s’attendre à du lourd ! Hobo with a Shotgun ! Dès les premières minutes, je sus que l’on tenait là un film explosif et ce Hobo tint résolument toutes les promesses de son affiche diaboliquement vintage. Un comic book rafraichissant, de chair et d’os broyés, dans lequel l’hémoglobine gicle à haute pression comme dans l’inspirant Lady Snowblood de Toshiya Fujita. Hobo reprend tous les codes du genre et les presse jusqu’à la moelle jusqu’à en sortir une pellicule corrosive et extrêmement jouissive. On ne s’était pas autant éclaté depuis longtemps. Pour le coup, on est sur du Grindhouse à la canadienne Jason Eisener, le réalisateur avait d’ailleurs participé au diptyque de la maison en réalisant une fausse bande annonce de ce Hobo with a Shotgun qu’il finit par réaliser. La recette de Machete (faire un long métrage à partir d’un trailer imaginaire, nda) est reprise avec plus de bonheur que la version originale et le doublage québécois donne un relief particulier aux dialogues d’anthologie.

Sur l’axe Un justicier dans la villePlanète Terreur, et dans la lignée du cultissime Street Trash de Jim Muro, on suit pas à pas le chemin de croix d’un clodo au destin messianique qui débarque à HopeTown, ville sous l’emprise de Drake et de ses deux fils, dont l’empire du crime à gangréné toutes les institutions. La « ville de l’espoir » où se déroule l’action est à situer quelque part entre Gotham City et le Manhattan fin de siècle de John Carpenter. Drake, le Joker organise des freak shows où les sans-abris sont torturés pour le plaisir de foules en délire. Et à peine a-t-il sauté du train qu’on propose à notre vagabond poussant péniblement son cadis de prendre dix billets pour se faire tabasser et filmer dans une vidéo de bumfights. Le ton – hardcore – est donné et la justice sera rendue par notre Hobo « one shell at a time ».

Mais quel lien peut bien unir Hobo with a Shotgun et Le Moulin et la Croix, deux films qu’au demeurant tout oppose, me demanderez vous sûrement. Et bien ce n’est autre que Rutger Hauer. J’ai nommé  le « Paul Newman batave ». C’est le dit Rutger, plus prolifique que jamais en 2011 avec 14 apparitions, qui interprète Bruegel dans le film de Lech (prononcer lair) Majewski. Un grand écart exécuté sans claquage pour le performer hollandais aperçu dans Sin City qui n’accuse pas ses 67 printemps. Rutger incarne ici le maître flamand Pieter Bruegel, qui assemble les éléments de son œuvre Le Moulin et la Croix sous les yeux du spectateur, lequel entre dans le tableau grâce au film qui nous fait partager la vie de ses personnages. L’œuvre du maître flamand prend miraculeusement vie sous la patte du pinacophile réalisateur polonais, qui dans la série picturale avait déjà coproduit un certain Basquiat. D’une esthétique sublime, ce film nous replonge dans la période depuis longtemps oubliée de la domination espagnole sur les Flandres, lorsque les capes rouges des cavaliers du roi d’Espagne semaient la désolation, résolus à faire rendre gorge aux hérétiques. C’est cette période agitée que nous permet de revivre Majewski au travers de la lecture qu’en fait le maître flamand. Le moulin égrène une histoire de l’art en mouvement au rythme dangereusement hypnotique. Peut-être trop pour certains qui comme votre serviteur se seront doucement assoupis. Mais la lenteur du mouvement n’enlève rien à sa beauté et l’on aura plaisir à faire plusieurs lectures du film.

Guillaume L.

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