Le prince Jean


Il n’y en a pas beaucoup, des petits gars de Rueil-Malmaison qui ont été aux Oscars. Pas seulement dans la salle de cérémonie d’ailleurs, ce qui serait déjà une performance en soi, mais carrément sur le podium des nominés. Depuis Nous C nous en 1995 puis Un gars une fille dès 1999, qui, inutile de le rappeler, changea sa destinée, Jean Dujardin traça sa voie. Mais rien n’était acquis pourtant de ce massif succès populaire. Je n’ai jamais intégré jean Dujardin dans mon panthéon personnel, aux cotés de Jack Nicholson, Steve Buscemi ou Gary Oldman. Mettre leurs noms côte à côte me paraît toujours aussi incongru, même aujourd’hui. Et pourtant, c’est bien ce qui est en train de se passer sous nos yeux et qu’il va falloir reconnaître. Lorsqu’il montera les marches d’un quelconque palace de Los Angeles dans quelques semaines, il est même fort probable qu’il attirera plus de flashes que les noms précédemment cités. C’est la vie dans le film, et le film dans la vie. La belle vie.

Car qui aurait effectivement pu prédire que de Un gars une fille, il arriverait dans les salons hollywoodiens avec tous les honneurs ? Le monde du cinéma est souvent, bien trop souvent, tellement ingrat. Il en fallait donc du courage, de la force, pour ne pas rester prisonnier d’une image comme tant d’autres (la liste est tellement longue qu’il ne sert à rien d’en citer), qui se sont perdus dans les méandres malsains de la télévision.

Ce qui constitue donc vraiment de fait marquant de cette histoire, c’est bien évidemment la trajectoire et le hasard, leur conjonction incroyable pour la métamorphose de la vie d’un homme. Bien sûr, il y eu du talent, inné mais tout autant travaillé au fil des ans. Puis une motivation sans faille, une croyance inamovible dans la possibilité du destin. Il y a en effet peu d’hommes qui peuvent se targuer d’une telle volonté de fer. Et puis encore notre plus cher ami/ennemi : le hasard. Celui de la rencontre des êtres chers par exemple, ceux qui vous portent dans une vie, vous accompagnent et vous font croire en vous, avec Alexandra Lamy. Celui des mentors et des amis avec Michel Hazanavicius qui lui a fait confiance sur OSS et ensuite, et qui a désormais son destin presque inextricablement mêlé au sien. Et puis le hasard d’un film, enfin, celui qui vous révèle à vous-mêmes autant qu’au public et aux critiques (je mets ici l’influence de Harvey Weinstein de côté).

Il fallait donc The Artist pour voir Jean Dujardin éclater dans un rôle qui ne pouvait être que silencieux. Car le prince Jean a un corps qui parle, comme celui des acteurs anciens auxquels immédiatement on songe en le voyant. Quoi de plus difficile que de parler avec son corps ?

J’aime l’idée magnifique que malgré le fait que le monde offre à la plupart des hommes sa face dure, il n’en reste pas moins toujours une chance pour qu’il offre à quelques-uns la possibilité de se réaliser pleinement. C’est cela le monde, et c’est aussi cela, la magie du cinéma. Souhaitons désormais que cette incroyable chance se poursuive le plus longtemps possible et porte tous ses fruits. Chapeau bas, prince Jean. L’Oscar te revient déjà, et si jamais il devait t’échapper, gageons que tu sauras te montrer plus magnanime que ton illustre prédécesseur.

Mathieu V.

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