L’UMP et le lapsus munichois


Le courant UMP de la « droite populaire », représenté par Thierry Mariani, Lionnel Luca ou Christian Vanneste, n’en finit pas de draguer les électeurs de l’UMP qui seraient tentés de rejoindre le vote en faveur du Front national. Le problème dans cette « droite décomplexée » initiée et soutenue par Nicolas Sarkozy et ses ministres de l’intérieur, est que, du coup, elle s’exprime sans retenue, ni contrôle, laissant échapper des lapsus croquignolés qui sont autant de ponts sémantiques entre la droite républicaine et l’extrême-droite.

Christian Vanneste a ainsi cru déceler « l’esprit munichois » dans la proposition d’Eva Joly de remplacer le défilé militaire du 14 juillet par un « défilé citoyen ». La référence à la conférence de Munich est, une fois de plus, très mal choisie (cf « Sémantique et conférence de Munich 1938-2008, référence extérieure pour rédemption intérieure », La Revue politique et parlementaire, n°1048, juillet-septembre 2008).

Lors de cette conférence de Munich en 1938, les représentants de la France et de la Grande-Bretagne livraient volontairement la région des Sudètes à Hitler sous le regard complice de Mussolini. Les Sudètes faisaient pourtant partie de la Tchécoslovaquie démocratique, non invitée à la table des négociations. Des démocraties libérales et pluralistes mettaient ainsi en scène leur impuissance face aux dictateurs des années 1930. L’esprit munichois est donc cela, le renoncement à défendre ses valeurs démocratiques et, même, la proportion à se couler dans les arguments et la manière de pensée des dictateurs.

Il n’y a pourtant pas de « dictateurs » dans l’affaire du défilé du 14 juillet et Eva Joly ne peut pas être accusée d’être une pacifiste coupable de prôner le désarmement face à l’ennemi. Mais les dictateurs étaient présents ailleurs, ils étaient plus volontiers dans la politique étrangère menée en début de quinquennat.  Et c’est sans doute de cela que s’est souvenu Christian Vanneste commettant un lapsus… et se trompant de Munich.

Il s’est souvenu de Muammar al-Khadhafi reçu avec tous les honneurs à Paris en 2007 ; du parrainage du projet d’Union pour la Méditerranée par Hosni Moubarak et Zine el- Abidine Ben Ali ; de la présence d’Omar Bongo et de Bachir Al-Assad assistant, dans la tribune présidentielle, au défilé du 14 juillet en 2008 et 2009; du faux règlement par Nicolas Sarkozy de la question géorgienne qui aboutit pourtant à laisser 200 observateurs européens désarmés face à l’occupation russe ; de la passivité coupable de la justice française retardant les poursuites sur les « biens mal acquis » des dictateurs africains en exercice, mais diligentant les procédure dès que leur peuple les a chassés. Un joli lapsus, vraiment.

Marc Gauchée

Publicités
Cet article, publié dans Politique & Société, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s