Essai de typologie des « méchantes » dans James Bond – épisode 4 (et fin)


Figure la plus riche parce que la plus proche du héros masculin, certaines méchantes sont des versions maléfiques de Bond. Ces femmes très contemporaines revendiquant et vivant l’indépendance et la liberté accordées auparavant aux seuls hommes, jusqu’à les déstabiliser, ne peuvent alors n’être que des malades. Des concurrentes que Bond ne supporte pas.

Cette troisième figure de l’ennemie bondienne se développe alors que les années 1970 ont connu des avancées significatives pour la cause des femmes en Grande-Bretagne : lois sur l’égalité des salaires (1970) et sur la discrimination sexuelle (1975) notamment. Du côté du pouvoir, en 1975, Margaret Thatcher prend la tête du parti conservateur et devient Première ministre quatre ans plus tard.

Ces femmes concurrencent Bond sur tous ses terrains : elles sont belles (la Détente est une grande fille blonde, « tout en elle, semblait flotter dans l’air, sa jupe, ses pieds, ses cheveux »), elles tuent, elles conduisent rapidement (Fiona, Fatima Blush, Xenia Onatopp), elles fument et boivent (Fiona), elles ont des divertissements plutôt connotés « masculins » (ball trap, voiture, escrime, lutte), elles n’hésitent pas à se servir de leur corps pour réussir leur mission. La concurrence avec Bond est explicite lorsque Fiona se moque de la réputation sexuelle de l’espion qui lui explique qu’il a couché « pour la Reine et pour son pays » ou encore lorsque Xenia Onatopp fait une course automobile avec Bond puis commande le même cocktail au bar.

Elles ont également une tendance au sadisme très prononcée et mêlent violence et sexe. Helga Brandt gifle Bond attaché à une chaise, le menace d’un bistouri puis l’embrasse et le libère. May Day embrasse son patron après un combat dans une salle d’armes. Xenia Onatopp couche avec un amiral français qu’elle tue en l’étouffant avec ses jambes. Elle jouit quand elle mitraille le personnel d’une base soviétique ou quand son train, lancé à vive allure, est en instance de percuter un char. Enfin, elle mène un combat sado-maso très hot contre Bond dans un hammam. Quant à Elektra, elle chevauche Bond pendant qu’elle le garrotte.

Elles meurent toutes, car vouloir égaler le grand homme est évidemment fatal : tuées par Bond (Fatima Blush, Xenia Onatopp, Elektra) ou son alliée (Miranda Frost), par une bavure de leur propre camp (Fiona), par leur patron déçu (Helga Brandt) ou par suicide (May Day). Seule exception : la Détente que Bond blesse à la main au lieu de l’abattre comme il en avait l’ordre, attendri par cet agente chargée « d’une mission presque identique à la sienne ».

Mais plus les femmes ressemblent à James Bond, plus elles sont dangereuses et plus il faut les éliminer vite. Deux femmes ont cru avoir dompté Bond, leur orgueil leur est toujours fatal : Fatima Blush dit à Bond : « Vous savez que faire l’amour avec Fatima était le plus grand plaisir de votre vie ». Quant à Elektra, elle ne se satisfait pas de vouloir atomiser les réserves de pétrole du Moyen-Orient, elle affirme : « Vous ne me tuerez jamais. Je vous manquerais tellement ! »… Bond les abat donc.

***

L’univers de James Bond est un monde où les femmes ne seront jamais les égales des hommes et du héros en particulier. Celles qui cherchent à devenir –presque- égales aux méchants ou –presque- égales à Bond se révèlent des criminelles sadiques, des traîtresses, des orgueilleuses et sont toujours punies. Du « boudin masculin » à la « salope atomique », les femmes qui agissent ou, pire, qui jouissent, ne sont que dangers.

Il n’en demeure pas moins qu’il existe quelque part une femme parfaite, idéale. C’est Tracy Draco. Selon Bond qui le reconnaît (dans le roman Au service secret de sa majesté, 1963) : « Je ne retrouverai jamais une fille comme celle-là. Elle possède tout ce que j’ai toujours désiré rencontrer chez une femme. Elle est magnifique, au lit et hors du lit. Elle est intrépide, courageuse, pleine de ressources, toujours excitante. Elle semble m’aimer. Elle m’a laissé faire ma vie. C’est une fille solitaire, qui n’est pas encombrée d’amis, de relations, de parents. Avant tout, elle a besoin de moi. Finies, les aventures sans lendemain ! Et ça ne me gênerait pas  d’avoir des enfants. Nous formons un couple, réellement. Pourquoi hésiter ? »… Il la demande en mariage, il l’épouse. Heureusement, elle est bientôt assassinée et tout rentre donc dans l’ordre : Bond n’aura jamais d’égale.

Marc Gauchée

Publicités
Cet article, publié dans The Movie Library, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s