Au cinéma, l’agriculture a-t-elle le droit d’être moderne ? (3/3)


Résumé des épisodes 1 et 2 : notre imaginaire est encore prisonnier d’une vision bucolique et immuable de l’agriculture, une vision d’avant la mécanisation (épisode 1). Dès lors tout appareil mécanique est connoté négativement (épisode 2). La réconciliation de l’agriculture avec la modernité a-t-elle encore une chance cinématographique ?

Il faut le reconnaître, et cela quelle que soit la qualité de l’œuvre, La Soupe aux choux de Jean Girault (1981) donne une idée de ce que serait l’entrée dans la modernité. Un rapide résumé permet d’en retracer le parcours : le Glaude (Louis de Funès) et le Bombé (Jean Carmet) vivent dans le petit village des Gourdiflots. Un concours de pets au clair de lune attire la soucoupe d’un extra-terrestre bientôt surnommé la Denrée (Jacques Villeret). Enchantée par la soupe aux choux des terriens, la Denrée emmène les deux compères sur la planète Oxo.

D’abord, l’histoire se passe dans ce que les dessineurs de patates de la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR) appellent le « rural profond ». Les deux héros sont donc âgés, derniers témoins d’une population en déclin. Rien d’étonnant à ce que, comme au XIXe et XXe siècles, le salut passe par l’émigration, ici intergalactique.

Mais, plus original, nos deux héros ne sont pas des agriculteurs, l’un est sabotier, l’autre est puisatier. Deux métiers ruraux qui, bien qu’en voie d’extinction, prouvent que nos deux compères ont su, en leur temps, faire leur place au sein du milieu agricole. Par ailleurs, la fameuse soupe aux choux qui déclenche l’enthousiasme de la Denrée, est un produit transformé à partir de matières premières agricoles, il ne s’agit pas d’un produit brut. L’extra-terrestre est la représentation de l’urbain, à la recherche de l’authenticité perdu (ici un concours de pets), ayant rompu tout lien avec l’agriculture et ne sachant plus cuisiner. C’est pour cela qu’il n’adopte pas les choux, mais la soupe aux choux. Autrement dit, le produit agricole ne trouve des débouchés que s’il est retravaillé. Toute la modernité de l’agriculture est là : à partir de ses traditions et de la saveur de son terroir, savoir proposer des produits élaborés qui répondent à un besoin.

Marc Gauchée

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