Le Poids des images


À quelques mois de distance, Télérama a choisi d’illustrer deux films très différents par deux photogrammes à la même mise en scène. Les films sont Chaque jour est une fête de Dima El-Horr (2010) dans le numéro du 2 juillet 2011 et Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone (1968) dans le numéro du 13 octobre 2012. Pour ces deux films, l’hebdomadaire cathodique choisit le même cadre où un personnage venant de face et au loin s’inscrit entre les jambes d’un autre très proche et de dos.

Ce sont des extraits des films, donc ces scènes existent vraiment dans lesdits films. Elles s’inscrivent dans une histoire et une séquence alors qu’ici, il ne sera question que des photogrammes. C’est la limite de l’exercice.

Mais, à propos de ces photogrammes, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que la personne chargée de trier les illustrations a précisément sorti ces images parce qu’elles renvoient à des clichés faciles encore confortablement installés dans nos esprits et immédiatement déchiffrables : la femme gouverne par son sexe, l’homme gouverne par son colt. C’est ce que nous disent ces deux images et il n’était pas nécessaire de les rapprocher pour le relever, même si le rapprochement rend le discours encore plus criant.

Le pessimiste reconnaîtra avec Marcela Iacub que, « pour les femmes des sociétés démocratiques contemporaines, le sexe continue à être quelque chose qu’elles échangent contre des positions sociales, contre des biens matériels et symboliques » (Libération, 9 novembre 2012). La photographie de Chaque jour est une fête rappelle les pin-up d’Art Frahm qui, dans les années 1950, s’était spécialisé dans le « oups, j’ai fait tomber ma culotte ! », c’est-à-dire dans la représentation de femmes qui perdaient leur culotte en public en conservant leur air ingénu.

L’optimiste constatera que ces images sont juste instantanément compréhensibles par le lecteur au milieu des foisonnantes pages de programmes des dizaines de chaînes proposées par l’hebdomadaire. Et quoi de mieux que des clichés, sexe (féminin) et violence (masculine), pour attirer l’attention ? Il ne verra là qu’une stratégie de la rédaction pour amener le lecteur à découvrir des films qu’il n’aurait peut-être pas remarqués autrement. Après tout, Billy Wilder disait : « il y a une valeur dans les clichés, car on peut élaborer à partir d’eux. C’est un dénominateur commun entre moi et le spectateur, qui me permet ensuite de faire un commentaire supplémentaire » (entretien avec Michel Ciment, Positif, N°155, janvier 1974). Tout sera donc dans le commentaire.

Marc Gauchée

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