Une fille et une fille !


Mardi 12 février à 16h45, l’Assemblée nationale doit voter solennellement le projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe…

L’image de deux filles s’embrassant constitue un classique des fantasmes… masculins, parce qu’il relève à la fois de la provocation sociale et de l’angoisse masculine. Provocation sociale par le spectacle de deux personnes de même sexe s’embrassant, mais angoisse masculine à l’idée que les femmes puissent éprouver du plaisir sans les hommes. Quand Madonna embrasse Britney Spears puis, plus furtivement, Christina Aguilera, lors des MTV Video Music Awards de 2003, la scène se situe bien dans ce registre : des filles provoquent la planète devant les caméras et montrent leur « autonomie » sexuelle entre elles.

Le baiser échangé par Julia et Auriane, le 23 octobre 2012 à Marseille, en est une variante tronquée. Certes, la provocation est toujours là : le baiser se déroule en plein milieu d’une manifestation anti « mariage pour tous » et les témoins en restent bouche bée. Mais le baiser est échangé devant une foule de femmes, ce qui prouve que la provocation s’inscrit plus dans le registre politique, moral ou religieux. De plus, Julia et Auriane ont confirmé qu’elles étaient hétérosexuelles et qu’il s’agissait d’un « geste de solidarité pure et simple ». Le « spectacle » lesbien de Julia et Auriane peut donc rassurer la virilité inquiète des hommes.

En 1991, Thelma (Geena Davis) et Louise (Susan Sarandon) avaient livré une version beaucoup plus noire du baiser entre filles. Confrontées à des hommes violents et bas de plafond, elles avaient basculé dans l’illégalité et finissaient par échanger un baiser avant de lancer leur voiture dans le vide pour échapper aux forces de l’ordre. Thelma et Louise avaient construit une relation d’amitié, d’affection et d’amour que le monde leur refusait. Elles ont donc décidé de quitter ce monde avec un baiser, main dans la main et un plongeon motorisé. Susan Sarandon confie, dans le documentaire The Celluloid Closet (de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, 1996), que, selon elle, Paul Newman et Robert Redford auraient dû faire de même à la fin de Butch Cassidy and the Sundance Kid (de  George Roy Hill, 1969), c’est-à-dire s’embrasser avant d’affronter la mort. Mais ça, c’est une autre histoire…

Marc Gauchée

(À suivre… « Un gars et un gars »)

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