La place laissée au rêve


© Jerry Uelsmann, Untitled, 1982

Je suis arrivé un peu en avance sur l’heure dite. On m’a servi une bière. J’étais assis près de la fenêtre, je regardais passer les gens dans la rue. Le serveur, un homme cordial, s’amusait avec des habitués du bar. C’est lui qui m’a procuré ce stylo bic. J’avais très envie d’écrire à cet instant précis. J’ai rangé mon I-Phone dans ma poche (après l’avoir foutu en mode avion, et rien que d’y penser, au mode avion, ça m’a bien fait marrer). J’avais envie de papier. D’encre noire. Pas d’écran, ni d’emails, ni de réseaux sociaux (réseaux sociaux, ça aussi ça me fait bien marrer). J’ai levé la tête et j’ai regardé encore les gens dans la rue et les voitures à travers la vitre. Les phares jaunes, blancs, le scintillement. J’ai laissé mon esprit flotter. La neige avait fondu. Déjà. C’est étrange, ces jours-ci ça change sans cesse. Neige / pas neige / neige / pas neige. Je me suis recueilli au fond de moi-même. J’ai vu passer les gens sans les voir. Il faisait déjà noir. Je suis persuadé qu’il existe peu de choses qui procurent une satisfaction aussi intense qu’écrire à la table d’un bar qu’on ne connaît pas, entouré de gens qu’on ne connaît pas. Jamais l’on ne peut saisir autant l’importance de la vie que lors de ces moments de solitude. L’importance du temps qui passe. Des gens qu’on aime. De la place qu’il faut laisser au rêve.

Matthieu Z.

Ce texte est dédié à Laurie A.

Publicités
Cet article, publié dans Philosophons !, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s