L’Art de ses artères


Il existe un indéniable phénomène Amour (de Michael Haneke, 2012). Son palmarès est impressionnant. D’abord Palme d’or au festival de Cannes 2012. Puis, pour 2013 : il remporte 3 Prix Lumières ; 2 Étoiles d’or du cinéma français ; le Prix Méliès du meilleur film français et 5 César ! Et cela, rien que pour la France. Ce palmarès vient sans doute récompenser toutes les qualités du film, mais il peut aussi être lu comme la consécration de l’évolution du public –vieillissant- des salles. Après tout, les dernières données sur la composition du public des salles peuvent explique l’intérêt grandissant pour Amour qui raconte quand même l’histoire de deux octogénaires.


Jack Crabb (Dustin Hoffman) dans Little Big Man (Arthur Penn, 1970)

L’étude publiée par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) relative à l’évolution du public des salles de cinéma entre 1993 et 2011 semble d’abord minimiser le phénomène en le ramenant à « un constat déjà établi dans la population française totale, celui du vieillissement de la population ». Mais le CNC reconnaît bien vite qu’« au-delà du vieillissement de la population, la fréquentation cinématographique concerne ainsi de plus en plus de seniors » puisque la progression des seniors (50 ans et plus selon le CNC) dans la population cinématographique est supérieure à leur progression dans la population totale !

C’est ainsi que pour la première fois en 2011, la part des seniors dans le public et dans les entrées est supérieure à celle des jeunes. En 1993, les seniors représentaient 18,2% du public et 14,3% des entrées contre, respectivement, 43,9% et 48,2% pour les jeunes (moins de 25 ans). En 2011, les courbes se croisent : les seniors représentent 33,6% du public et 34,2% des entrées contre, respectivement, 31,3% et 31,8% pour les jeunes.

Certes, le taux de pénétration du cinéma chez les seniors est le plus bas de toutes les tranches d’âge (un peu plus de 57% alors qu’il est supérieur à 65% dans toutes les autres tranches d’âge), mais c’est chez les seniors que ce taux a progressé le plus.

Et, pour se limiter à la tranche d’âge de 60 ans et plus, leur progression entre 1993 et 2011 est impressionnante : +173,9% de la population cinématographique et +343,6% des entrées. En 2011, 21,7% du public et 23,1% des entrées concernent ainsi des 60 ans ou plus… ce qui en fait la tranche d’âge la plus importante (les 35-49 ans représentent 21,3% du public en 2011) ! Enfin, les 60 ans et plus vont en moyenne annuelle 5,8 fois au cinéma, soit plus que la moyenne de la population (5,4 fois) et en seconde position des tranches d’âge après les 20-24 ans (7,7 fois). Reste à vérifier que cette évolution annonce plus d’Amour et moins de Harry Potter.

Marc Gauchée

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